La Rue Princesse, notre PanthéonHonteux
Dans un pays normal, fier de son image dans le monde, lorsqu'on reçoit un hôte de marque, on le fait passer devant la vitrine aux mille facettes de chez soi. Et Dieu seul sait combien jalouse est la Côte d'Ivoire de son image.
Il est donc arrivé, le camarade socialiste. C'est un hôte de haut rang. En pareille occasion, on se devait de :
l lui faire découvrir l'Université qui est l'icône de l'Ecole ;
l lui montrer les plantations jalousement entretenues par nos laborieux planteurs ;
l lui permettre de s'entretenir avec le monde du travail chez nous ;
l faire une virée dans une ville de province, pour qu'il apprécie nos infrastructures, notamment routières, qui ne se confinent pas que dans la capitale ;
l l'immerger dans la culture de chez nous par un bref passage à la Maison de la Culture et connaître de la créativité de nos artistes ;
l le conduire au marché, n'importe lequel, pour qu'il ait, ne serait ce qu'une petite idée, du coût de la vie ;
l lui montrer l'hôpital qui refuse, avec son personnel dévoué et heureux dans son travail, personnel sans problèmes donc, d'être un mouroir ;
l lui faire traverser une partie du pays, en allant par exemple et par la route de la capitale économique à la capitale politique, afin qu'il soit convaincu de ce que le pays a d'énormes potentialités qui l'ouvrent à des perspectives heureuses pour son développement ;
l le conduire devant nos honorables têtes couronnées pour montrer que nous avons su, ici, allier tradition et modernisme ;
l lui ouvrir l'Hémicycle pour qu'il se rende compte que les Elus du Peuple planchent consciencieusement sur le sort du Peuple ;
l lui montrer une école pour handicapés ? l'Ecole des Aveugles de Yopougon par exemple, pas trop loin d'une célèbre et fameuse rue ? afin qu'il se rende compte des efforts faits par l'Etat pour cette catégorie de citoyens ;
l lui montrer la décharge d'Akouédo, après celles nombreuses des trottoirs de la ville d'Abidjan, pour le sensibiliser sur nos problèmes d'insalubrité et de pollution ;
l lui montrer les traces des déchets toxiques dans la chair de pauvres victimes;
l faire en sorte qu'il serre la main du Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie qui lui aurait certainement fourni des arguments objectifs pour la nécessité du retour des investisseurs chez nous.
Notre hôte est Français. Un petit tour au Collège Mermoz ainsi qu'au Centre Culturel français aurait pu l'édifier sur la grande estime, le grand amour qu'a notre pays pour le sien.
L'hôte est de surcroît Socialiste. Il a dû avoir le temps d'apprécier notre Journal télévisé, à sa plus grande heure d'écoute, à 20 heures et comprendre que notre Chef est tellement populaire, que le Peuple des téléspectateurs souhaiterait que pendant trente minutes, on affiche son portrait pour nous remplir d'extase, tant on l'aime. Quelques minutes consacrées à la Première Dame, à la galaxie patriotique et aux Elus du camp présidentiel qui développent , feraient une bonne chute du Journal.
Comme notre hôte n'a pas eu le temps de suivre l'actualité de chez nous à la télévision, on lui a fabriqué une édition spéciale avec bien sûr le grand chef. Nous avons donc eu droit à la galerie des portraits .
Au cours de son séjour chez l'ami socialiste, il a dû avoir des échos du gazage par les Forces de l'Ordre et de la Sécurité (FDS), de pauvres et très pauvres femmes à Cocody, femmes qui simplement, voulaient dire qu'elles ont faim et que la vie devenait de plus en plus chère et donc insupportable.
Bref. Ce que le visiteur, notre très honorable hôte socialiste retient, c'est que la vie en Côte d'Ivoire est devenue vivable, et que l'intoxication dont il a été victime lui-même par la Presse, lui et ces amis bien aimés de Franceoui de France, est désormais oubliée et qu'elle sera désormais inopérante. La Francesocialistetournera la page. Et la Côte d'Ivoire aimera comme par le passé, la France, que le grand Chef aime puisque aimé lui-même par son Peuple.
La rue Princesse a montré sa popularité. Que veut le Peuple ?
Voici comment un homme politique d'envergure, pour quelques instants passés à la Rue Princesse, dresse un constat, parle, se convainc que la Côte d'Ivoire est guérie de ses contradictions.
Prendre la mesure du drame ivoirien à la Rue Princesse !
l La Rue Princesse de toutes les dépravations ;
l La Rue Princesse des bas-fonds de la société ;
l La Rue Princesse du proxénétisme, de la drogue et de l'alcool ;
l La Rue Princesse de la criminalité gratuite;
l La Rue Princesse de l'amoralité et de l'immoralité ;
l La Rue Princesse des fantasmes, des délires et des folies ;
l La Rue Princesse de la grande prostitution.
La Rue Princesse devient, par la volonté du grand Chef, notre Panthéon ; la facette la plus significative du miroir de la Côte d'Ivoire. Elle l'est, en effet. Et c'est cela désormais, la Côte d'Ivoire des beuveries, du luxe et de la luxure ; Côte d'Ivoire de la déchéance humaine.
Il est donc allé, notre hôte, au Panthéon, à la Rue Princesse, sur invite de son ami socialiste. Il a vu la horde des éthyliques l'ovationner et dire que la Côte d'Ivoire, bien que vacillante, est debout. Il faut en effet tenirquelque chosela barre pour ne pas tomber.
Là-bas, il a gagné lui aussi en popularité, parce que tout simplement son guide est vraiment populaire .
Comme lui est un bon Français , qui foule le sol de Yopougon à 23 heuresprotégé par des tanks et sous haute surveillance, une sortie de détente se peut faire !
Triste et honteux que tout celade la par du Chef !... Mépris même pour le Peuple!
Non ! L'excuse serait trop facile de dire : autre temps, autres m?urs !
La Côte d'Ivoire découvre donc son image, dans un miroir embué d'effluves éthyliques, affolée par des postérieurs féminins respectables, frétillants et généreux.
Non, ce n'est pas ça la Côte d'Ivoire, et il faut changer tout ça.
Par le Professeur
Alassane Salif N'Diaye
Il est donc arrivé, le camarade socialiste. C'est un hôte de haut rang. En pareille occasion, on se devait de :
l lui faire découvrir l'Université qui est l'icône de l'Ecole ;
l lui montrer les plantations jalousement entretenues par nos laborieux planteurs ;
l lui permettre de s'entretenir avec le monde du travail chez nous ;
l faire une virée dans une ville de province, pour qu'il apprécie nos infrastructures, notamment routières, qui ne se confinent pas que dans la capitale ;
l l'immerger dans la culture de chez nous par un bref passage à la Maison de la Culture et connaître de la créativité de nos artistes ;
l le conduire au marché, n'importe lequel, pour qu'il ait, ne serait ce qu'une petite idée, du coût de la vie ;
l lui montrer l'hôpital qui refuse, avec son personnel dévoué et heureux dans son travail, personnel sans problèmes donc, d'être un mouroir ;
l lui faire traverser une partie du pays, en allant par exemple et par la route de la capitale économique à la capitale politique, afin qu'il soit convaincu de ce que le pays a d'énormes potentialités qui l'ouvrent à des perspectives heureuses pour son développement ;
l le conduire devant nos honorables têtes couronnées pour montrer que nous avons su, ici, allier tradition et modernisme ;
l lui ouvrir l'Hémicycle pour qu'il se rende compte que les Elus du Peuple planchent consciencieusement sur le sort du Peuple ;
l lui montrer une école pour handicapés ? l'Ecole des Aveugles de Yopougon par exemple, pas trop loin d'une célèbre et fameuse rue ? afin qu'il se rende compte des efforts faits par l'Etat pour cette catégorie de citoyens ;
l lui montrer la décharge d'Akouédo, après celles nombreuses des trottoirs de la ville d'Abidjan, pour le sensibiliser sur nos problèmes d'insalubrité et de pollution ;
l lui montrer les traces des déchets toxiques dans la chair de pauvres victimes;
l faire en sorte qu'il serre la main du Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie qui lui aurait certainement fourni des arguments objectifs pour la nécessité du retour des investisseurs chez nous.
Notre hôte est Français. Un petit tour au Collège Mermoz ainsi qu'au Centre Culturel français aurait pu l'édifier sur la grande estime, le grand amour qu'a notre pays pour le sien.
L'hôte est de surcroît Socialiste. Il a dû avoir le temps d'apprécier notre Journal télévisé, à sa plus grande heure d'écoute, à 20 heures et comprendre que notre Chef est tellement populaire, que le Peuple des téléspectateurs souhaiterait que pendant trente minutes, on affiche son portrait pour nous remplir d'extase, tant on l'aime. Quelques minutes consacrées à la Première Dame, à la galaxie patriotique et aux Elus du camp présidentiel qui développent , feraient une bonne chute du Journal.
Comme notre hôte n'a pas eu le temps de suivre l'actualité de chez nous à la télévision, on lui a fabriqué une édition spéciale avec bien sûr le grand chef. Nous avons donc eu droit à la galerie des portraits .
Au cours de son séjour chez l'ami socialiste, il a dû avoir des échos du gazage par les Forces de l'Ordre et de la Sécurité (FDS), de pauvres et très pauvres femmes à Cocody, femmes qui simplement, voulaient dire qu'elles ont faim et que la vie devenait de plus en plus chère et donc insupportable.
Bref. Ce que le visiteur, notre très honorable hôte socialiste retient, c'est que la vie en Côte d'Ivoire est devenue vivable, et que l'intoxication dont il a été victime lui-même par la Presse, lui et ces amis bien aimés de Franceoui de France, est désormais oubliée et qu'elle sera désormais inopérante. La Francesocialistetournera la page. Et la Côte d'Ivoire aimera comme par le passé, la France, que le grand Chef aime puisque aimé lui-même par son Peuple.
La rue Princesse a montré sa popularité. Que veut le Peuple ?
Voici comment un homme politique d'envergure, pour quelques instants passés à la Rue Princesse, dresse un constat, parle, se convainc que la Côte d'Ivoire est guérie de ses contradictions.
Prendre la mesure du drame ivoirien à la Rue Princesse !
l La Rue Princesse de toutes les dépravations ;
l La Rue Princesse des bas-fonds de la société ;
l La Rue Princesse du proxénétisme, de la drogue et de l'alcool ;
l La Rue Princesse de la criminalité gratuite;
l La Rue Princesse de l'amoralité et de l'immoralité ;
l La Rue Princesse des fantasmes, des délires et des folies ;
l La Rue Princesse de la grande prostitution.
La Rue Princesse devient, par la volonté du grand Chef, notre Panthéon ; la facette la plus significative du miroir de la Côte d'Ivoire. Elle l'est, en effet. Et c'est cela désormais, la Côte d'Ivoire des beuveries, du luxe et de la luxure ; Côte d'Ivoire de la déchéance humaine.
Il est donc allé, notre hôte, au Panthéon, à la Rue Princesse, sur invite de son ami socialiste. Il a vu la horde des éthyliques l'ovationner et dire que la Côte d'Ivoire, bien que vacillante, est debout. Il faut en effet tenirquelque chosela barre pour ne pas tomber.
Là-bas, il a gagné lui aussi en popularité, parce que tout simplement son guide est vraiment populaire .
Comme lui est un bon Français , qui foule le sol de Yopougon à 23 heuresprotégé par des tanks et sous haute surveillance, une sortie de détente se peut faire !
Triste et honteux que tout celade la par du Chef !... Mépris même pour le Peuple!
Non ! L'excuse serait trop facile de dire : autre temps, autres m?urs !
La Côte d'Ivoire découvre donc son image, dans un miroir embué d'effluves éthyliques, affolée par des postérieurs féminins respectables, frétillants et généreux.
Non, ce n'est pas ça la Côte d'Ivoire, et il faut changer tout ça.
Par le Professeur
Alassane Salif N'Diaye