Budget 2008 : Le mode de gestion expliqué
Pour une meilleure lisibilité des dépenses publiques, les principaux acteurs ont échangé, hier, à la Caistab. Dès ce vendredi 4 janvier, le budget 2008 est exécutoire. Cette annonce faite par la directeur général du budget et des Finances, Kouassi Kouamé, et confirmée ensuite par le ministre de l'Economie et des Finances, Charles Koffi Diby, a soulevé une salve d'applaudissements des participants à la rentrée budgétaire 2008, qui s'est tenue hier, à l'auditorium de la Caistab. Pour une fois, et ce depuis huit ans, l'exécution du budget retrouve ses procédures normales. Mais au-delà de cette information, cette rentrée budgétaire a été une occasion pour le département de l'Economie et des Finances de démontrer comment le budget 2008 qui s'équilibre en recettes et en dépenses à 2129,1 milliards de francs CFA sera, au cours des douze mois à venir, alimenté et quels en seront les différents emplois. Au titre des recettes, la direction générale des impôts, la direction générale des douanes et la direction générale du trésor et de la comptabilité publique seront aux avant-postes de la mobilisation selon leurs domaines de compétences respectives. Alors qu'apporte chacune des trois régies financières de l'Etat ? Les exposés des différents responsables ont permis à l'assistance d'en savoir davantage. Selon Mme Sarata, directrice générale adjointe des impôts, l'administration fiscale projette de réaliser en 2008, des recettes fiscales de l'ordre de 919,1 milliards de francs CFA dont 748,2 milliards de recettes nettes ou recettes budgétaires. Les recettes fiscales enregistreraient ainsi une hausse de 3% comparées à celles de l'année précédente. Dans ces prévisions fiscales de 2008, la part des recettes provenant des produits pétroliers et du gaz est estimée à 67 milliards tandis que les recettes affectées (FDFP, TVA sur secteur énergie), les revenus domaniaux, les remboursements de crédits TVA, et le transfert aux collectivités se chiffrent respectivement à 16,3 milliards, 8 milliards, 11 milliards et 68,6 milliards de francs CFA. Mais l'analyse des prévisions par principales natures d'impôts, fournit des indicateurs de performance très intéressants. Par exemple, l'impôt sur le bénéfice industriel et commercial (BIC) hors pétrole et gaz va se chiffrer à 126,4 milliards cette année, contre 122,7 milliards en 2007, sous le double effet de la productivité des services fiscaux et de l'impact positif de la réunification du pays. Quant à l'impôt BIC issu du secteur pétrole et gaz, les prévisions le situent à 100 milliards de nos francs, soit une augmentation de plus de 4 milliards motivée par la mise en exploitation de nouveaux gisements. Ici, il importe de relever l'efficacité de la collecte fiscale, car l'impôt BIC dont le taux était de 35% du chiffre d'affaires est depuis la dernière loi de finances ramené à 27%. Et malgré tout, le taux de recouvrement est satisfaisant. Concernant le Droit unique de sortie ou droit d'enregistrement café-cacao, il pourrait procurer à l'Etat environ 62 milliards en 2008 contre 56,5 milliards en 2007. Cette prévision optimiste se fonde sur le niveau de production et d'exportation, de même que l'embellie des cours des deux binômes. L'impôt sur le revenu des valeurs mobilières (IRVM) et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) atteindront respectivement 24 milliards (contre 24,7 en 2007) et 151,5 milliards de FCFA (contre 148,8 milliards en 2007). Dans le premier cas, la relative baisse est imputable à l'amélioration de l'environnement des affaires dont l'une des conséquences sera l'investissement des bénéfices au détriment fort probable de la distribution des dividendes. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'administration fiscale est de plus en plus efficace; puisque que tous les autres natures d'impôts, notamment l'ITS, l'impôt foncier (33 milliards en 2008 contre 30,8 l'an dernier), les patentes, et l'impôt synthétique connaissent des hausses significatives. La réalisation des prévisions dépendra selon la directrice générale adjointe des impôts, de la poursuite et du renforcement des mesures relatives à la réorganisation des services, du contrôle de l'application de la facture normalisée. Quelle sera la contribution des douanes au budget 2008 ? Selon le directeur général de l'administration douanière, Gnamien Konan, le niveau budgétaire de recettes attendues de la fiscalité de porte est de 823 milliards de francs CFA contre 725 milliards en 2007. A cela s'ajoutent 23 milliards de recettes au titre des organisations sous-régionales. Au plan sectoriel, les droits et taxes sur les produits pétroliers sont projetés à 115 milliards en 2008 alors qu'ils étaient de 92,22 milliards. Les droits et taxes à l'importation sont estimés à 440 milliards de nos francs, en augmentation de 40 milliards comparés à l'an passé. Quant aux recettes douanières issues de l'exportation, elles atteindront au dire de Gnamien Konan, le montant de 268 milliards. En ce qui concerne l'apport du Trésor et de la comptabilité publique, il s'exprime en termes de autres ressources intérieures , et est composé de recettes fiscales du trésor, d'autres ressources, divers autres financements, et ressources extérieures. Composées d'impôts directs (foncier et IGR) et d'impôts indirects (droits de timbre et vignettes), les recettes fiscales du trésor se chiffrent à 5 milliards en 2008. Les autres ressources intérieures issues, entre autres, de produits de privatisation, de transferts des entreprises et/ou dettes rétrocédées, et des recettes non fiscales sont évaluées globalement à 71 milliards de nos francs. A cela se greffent, les emprunts sur les marchés financiers et monétaires (95,4 milliards en 2008 contre 75 milliards dernièrement), et les ressources extérieures (échéances rééchelonnables de la dette auprès du Club de Paris et créanciers privés, appuis budgétaires, prêts-projets, et dons-projets, etc.) qui se chiffrent elles à 386,6 milliards de FCFA. Dans l'ensemble, les autres ressources du budget émanant du Trésor atteignent 557,9 milliards de nos francs.
Ces informations ci-dessus montrent donc que les trois régies financières mobiliseront globalement 1576,2 milliards, soit 74,03% du budget 2008. Les 25,97% restant proviennent donc des autres ressources intérieures, des emprunts et des appuis extérieurs, notamment de la Banque mondiale, du FMI, de la BAD et d'autres partenaires. La leçon que l'on en tire, est que la Côte d'Ivoire reste maîtresse de destinbudgétaire. Grâce à sa capacité de mobilisation de ses ressources intérieures. Les grands chapitres de dépenses. La rentrée budgétaire 2008 a permis de mieux apprécier les différentes affectations des ressources publiques au titre de cette année. Dans une présentation détaillée, le directeur général du budget et des finances, Kouassi Kouamé, a d'abord fait savoir que ce budget est conforme au cadre arrêté de commun accord avec le FMI. Avant de s'appesantir sur les grands chapitres de dépenses de l'Etat qui se répartissent de la façon suivante : 26,1% consacrées au service de la dette publique (soit 555,9 milliards de FCFA), 32% aux dépenses de personnels (680,5 milliards), 1,8% aux dépenses d'abonnement (38,4 milliards de FCFA), 23,5% aux dépenses de fonctionnement (soit 501,1 milliards) et enfin 16,6% consacrées aux dépenses d'investissement (353,2 milliards de FCFA). Dans l'exposé du directeur général du budget, il ressort une volonté de l'Etat d'apurer une part considérable de la dette intérieure, c'est-à-dire ce que l'Etat doit au secteur privé, à hauteur de 181,5 milliards de FCFA. Cette décision intéressante pour la relance des activités productives nationales étant entendu que l'accumulation des arriérés intérieurs a toujours créé des problèmes de trésorerie aux opérateurs économiques, et limité leurs capacités d'investissement. Comme l'a reconnu le ministre de l'Economie et des Finances, cet apurement de la dette intérieure va stimuler la concurrence et infléchir l'inflation, parce qu'il n'y a plus de raison de spéculer sur l'incertitude de recouvrer ses créances vis-à-vis de la puissance publique. De même, en réduisant le service de la dette extérieure, l'Etat ivoirien se donne une marge de man?uvre dans ses relations avec les bailleurs de fonds. Cependant, l'on observe dans l'allocation budgétaire, une part importante allant aux dépenses de personnels. Qui connaît une remontée de 11,5% pour se situer à 680,6 milliards de FCFA. Mais comme l'a expliqué Kouassi Kouamé, cette hausse est imputable à l'intégration dans les rangs des Forces armées nationales des recrues des Forces nouvelles et l'impact financier des mesures de revalorisation des indemnités accordées par le gouvernement à certains corps. Pour ce qui est des dépenses liées au fonctionnement, elles croissent de 42,4 milliards pour passer à 501,1 milliards de francs du fait de la volonté de réhabiliter le système éducatif dans la zone Centre-Nord-Ouest. Dans cette allocation budgétaire, 166 milliards sont affectés aux actions de normalisation socio-politique. Par ailleurs, pour combattre vigoureusement la paupérisation croissante de la population ivoirienne, les actions dans ce domaine vont bénéficier de près de 175,8 milliards en vue d'accroître les actions sectorielles dans l'éducation et la santé qui préoccupent au plus haut niveau le gouvernement. Le secteur de la justice n'a pas été occulté, puisqu'il devra disposer d'un crédit de 6,2 milliards pour, entre autres, réhabiliter les maisons d'arrêt et de correction, le palais de justice d'Abidjan, et les tribunaux de l'intérieur. Sans oublier la construction d'un tribunal dans la commune d'Abobo.
Les dépenses budgétaires 2008 n'épargnent aucun secteur. Elles prennent également en compte le renforcement de plusieurs ministères, la réhabilitation des infrastructures sportives et la participation aux compétitions internationales, la lutte contre l'insalubrité urbaine. Option : Bonne année... gouvernance! Vous avez dit bonne gouvernance! Vous avez dit transparence dans la gestion des deniers publics! Nous y sommes avec le ministre Charles Koffi Diby. Qui, hier, a organisé à l'auditorium de la Caistab, une rentrée budgétaire qui a mobilisé du monde. Pour vivre la transparence. Pour toucher du doigt ce qu'est la bonne gouvernance, c'est-à-dire la visibilité et la lisibilité dans l'action de mobilisation des recettes publiques, l'allocation de ces ressources par secteur et par chapitre. C'est fort à propos que le ministre ivoirien de l'Economie et des Finances, Charles Koffi Diby, s'adressant aux représentants des institutions de Bretton Woods, a fait savoir que la bonne gouvernance et le souci de transparence ne préoccupent pas que les grands argentiers du monde, la Côte d'Ivoire en fait sienne aussi. En fait, nous sommes en train de voir naître dans notre pays un nouveau type de gestion des affaires publiques axée sur la rigueur, le respect des procédures, des engagements. En somme sur l'orthodoxie de gestion budgétaire qui a été ignorée du fait d'une multitude de facteurs, au cours des huit dernières années. 2008 replace donc notre pays au c?ur de cette orthodoxie qui implique tous les acteurs. Parce que l'élaboration d'un budget, c'est l'affaire de tous et elle s'appuie sur une maîtrise de l'environnement macroéconomique national et international, sur des données qui permettent de concevoir avec beaucoup plus de certitude le cadre des recettes puis des dépenses clairement identifiées. Le budget ne se conçoit pas ex nihilo, il se fonde sur un environnement , a souligné le ministre Diby. Parce que toute économie sérieuse repose sur deux facteurs clés : le cadre et la confiance. Deux choses que la Côte d'Ivoire réunit aujourd'hui grâce à l'Accord politique de Ouaga qui a impulsé une dynamique de réconciliation, de réunification, de désarmement, et de redéploiement de l'administration qui sont l'expression d'un retour progressif de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire. Mais aussi avec la reprise de la coopération avec le FMI, la Banque mondiale et la BAD. Dans cet environnement devenu plus serein, l'adoption du budget selon les règles de l'art et la volonté affichée par le gouvernement à travers le ministère de l'Economie et des Finances d'apurer les arriérés de la dette intérieure notamment, le secteur privé va aussi retrouver la confiance. La confiance dans un Etat bon payeur désormais. Un Etat qui rassure et qui encourage à traiter avec lui. Simple rentrée budgétaire 2008 ?
On répondrait oui à première vue. Mais cette cérémonie va au-delà d'un symbole. C'est la détermination affichée de construire une Côte d'Ivoire plus sûre, plus transparente, plus dynamique, plus courtisée par les investisseurs. Demain.
Goore Bi Hué
Un taux de croissance de 2,9% attendu
Les prévisions annoncent une croissance réelle de 2,9% pour 2008. Cette croissance, selon les indications du ministère de l'Economie et des Finances, reposera globalement sur une évolution positive des différents secteurs d'activités. Ainsi au niveau de l'offre, on prévoit que le secteur primaire repartira avec une hausse de 2,7%, tiré principalement par l'agriculture d'exportation (4%) et l'extraction minière (2%). Le secteur secondaire hors extraction connaîtra un redressement essentiellement dû à l'industrie agroalimentaire (2,6%), aux produits pétroliers (2,7%) et au secteur des bâtiments et travaux publics. Quant au secteur tertiaire, une confirmation de la reprise est attendue à hauteur de 2,5% sous l'impulsion des télécommunications, du commerce, des transports et d'autres services marchands (services financiers, immobiliers, services rendus aux entreprises). Au niveau de la demande, la croissance continuera d'être portée par les investissements (6%), dont 3% du secteur privé. Elle sera aussi supportée par la consommation finale à 2,1%, la demande extérieure avec 2,8% au niveau des exportations et 2,1% au niveau des importations. Enfin, il y a espoir que l'inflation reste au niveau de la norme communautaire de 3% grâce à un bon approvisionnement des marchés. La croissance attendue en 2008 se réalisera, indique le ministère de l'Economie et des Finances, malgré un environnement international défavorable. Lié, entre autres, aux incertitudes occasionnées par la crise du crédit immobilier à risque aux Etats-Unis et à la volatilité et le niveau très élevé du prix du baril de pétrole, qui, faut-il le noter, a atteint la barre de 100 dollars le 2 janvier dernier. L'année 2007, observe-t-on, s'est aussi déroulée dans un cadre macro-économique marqué par un environnement international défavorable caractérisé par les mêmes paramètres. Cela n'a pas pour autant empêché la Côte d'Ivoire de terminer l'année sur un rythme de croissance du PIB à 1,5%. L'explication vient de ce qu'au plan national, l'activité économique a bénéficié du retour de la confiance des ménages et des entreprises après la signature de l'Accord de Ouagadougou en mars 2007 et la conclusion d'un programme d'assistance d'urgence post-crise et des accords de financement avec le FMI, la Banque mondiale et la BAD. De la description de l'économie en 2007, il apparaît un fait notable au niveau de l'offre: le secteur primaire a connu une baisse de 1,8%, essentiellement à cause du recul de 10,4% de la production de cacao et la contraction de 22,5% de la production pétrolière consécutive à l'ensablement de certains puits. Le secteur secondaire a connu un redressement de 1,5%. Pendant que la croissance du secteur tertiaire était soutenue à 2,6% par le dynamisme des télécommunications, du commerce intérieur et des autres services. La demande a été, quant à elle, caractérisée, entre autres, par une évolution de la consommation et des investissements privés, respectivement, à hauteur de 3,3% et 2,5%. Pendant que les investissements publics et la consommation publique croissaient respectivement de 3,9% et 8,9%. Focus : Retour absolu à l'orthodoxie
La conduite du budget 2008 sera caractérisée par une rigueur sans faille. Le directeur du cabinet du ministre de l'Economie et des Finances, Koffi Ahoutou, a insisté là-dessus. Il y a des mesures strictes d'encadrement qui caractériseront l'exécution du budget actuel. Elles passent par un ensemble de mesures d'accompagnement qu'il a présentées à travers six axes.
Le premier axe est celui de la régulation budgétaire. Ici, il s'agit tout simplement des règles orthodoxes de l'exécution budgétaire. Ainsi, au niveau des dépenses courantes, la consommation des crédits de fonctionnement se fera sur la base du 1/12 de la dotation annuelle allouée à chaque ministère. Au niveau des investissements, la consommation des crédits se fera par tranche trimestrielle de la dotation annuelle de chaque ministère ou institution, etc. Le 2e axe a trait à la recherche de l'efficacité des dépenses. Le directeur de cabinet fait savoir, entre autres, que les grandes opérations de réhabilitation et d'équipement seront exécutées et suivies en gestion centralisée par le ministère de l'Economie et des Finances en liaison avec les ministères techniques et les maîtres d'?uvre. Le 3e axe est le respect des procédures et l'encadrement des exceptions. A ce titre, il est décidé, entre autres, que le recours systématique aux avances de trésorerie sera supprimé. Pour toute opération non prévue au budget, soumise au conseil des ministres ou au ministère de l'Economie et des Finances, le ministère initiateur devra indiquer comment la couverture des dépenses se fera sur son propre budget. Il est désormais exigé que les avances consenties soient systématiquement régularisées par les bénéficiaires avant toute prétention à une nouvelle avance. Il est fortement recommandé que chacun fasse l'effort de rester dans son allocation budgétaire.
Le 4e axe est l'accélération des processus d'exécution de la dépense. A ce niveau, la nouvelle version du Sygfip qui sera opérationnelle cette année, veillera davantage à la transparence. Elle permettra surtout, par Internet d'avoir le suivi de l'exécution de la dépense publique. Le contrôle du service sera renforcé aussi par un contrôle de proximité géographique et dans le temps.
Autre prescription, les diligences liées à la passation des marchés publics devront être accélérées aussi bien par les services initiateurs que par les maîtres d'?uvre. Le directeur du cabinet fait savoir que la programmation des marchés publics devra se faire avant fin janvier. Le 5e axe est relatif à la gestion du plan de trésorerie. On note ici que la priorité sera donnée à l'apurement des arriérés. Et que le rythme d'exécution des dépenses sera mis en adéquation avec l'évolution de la trésorerie. Le dernier axe concerne la mise en ?uvre des mesures d'optimisation de la dépense publique. Celles-ci passent, entre autres, par la poursuite des opérations d'identification des recettes des services et l'installation des régies de recettes dans les services concernés.
Alakagni Hala
Ces informations ci-dessus montrent donc que les trois régies financières mobiliseront globalement 1576,2 milliards, soit 74,03% du budget 2008. Les 25,97% restant proviennent donc des autres ressources intérieures, des emprunts et des appuis extérieurs, notamment de la Banque mondiale, du FMI, de la BAD et d'autres partenaires. La leçon que l'on en tire, est que la Côte d'Ivoire reste maîtresse de destinbudgétaire. Grâce à sa capacité de mobilisation de ses ressources intérieures. Les grands chapitres de dépenses. La rentrée budgétaire 2008 a permis de mieux apprécier les différentes affectations des ressources publiques au titre de cette année. Dans une présentation détaillée, le directeur général du budget et des finances, Kouassi Kouamé, a d'abord fait savoir que ce budget est conforme au cadre arrêté de commun accord avec le FMI. Avant de s'appesantir sur les grands chapitres de dépenses de l'Etat qui se répartissent de la façon suivante : 26,1% consacrées au service de la dette publique (soit 555,9 milliards de FCFA), 32% aux dépenses de personnels (680,5 milliards), 1,8% aux dépenses d'abonnement (38,4 milliards de FCFA), 23,5% aux dépenses de fonctionnement (soit 501,1 milliards) et enfin 16,6% consacrées aux dépenses d'investissement (353,2 milliards de FCFA). Dans l'exposé du directeur général du budget, il ressort une volonté de l'Etat d'apurer une part considérable de la dette intérieure, c'est-à-dire ce que l'Etat doit au secteur privé, à hauteur de 181,5 milliards de FCFA. Cette décision intéressante pour la relance des activités productives nationales étant entendu que l'accumulation des arriérés intérieurs a toujours créé des problèmes de trésorerie aux opérateurs économiques, et limité leurs capacités d'investissement. Comme l'a reconnu le ministre de l'Economie et des Finances, cet apurement de la dette intérieure va stimuler la concurrence et infléchir l'inflation, parce qu'il n'y a plus de raison de spéculer sur l'incertitude de recouvrer ses créances vis-à-vis de la puissance publique. De même, en réduisant le service de la dette extérieure, l'Etat ivoirien se donne une marge de man?uvre dans ses relations avec les bailleurs de fonds. Cependant, l'on observe dans l'allocation budgétaire, une part importante allant aux dépenses de personnels. Qui connaît une remontée de 11,5% pour se situer à 680,6 milliards de FCFA. Mais comme l'a expliqué Kouassi Kouamé, cette hausse est imputable à l'intégration dans les rangs des Forces armées nationales des recrues des Forces nouvelles et l'impact financier des mesures de revalorisation des indemnités accordées par le gouvernement à certains corps. Pour ce qui est des dépenses liées au fonctionnement, elles croissent de 42,4 milliards pour passer à 501,1 milliards de francs du fait de la volonté de réhabiliter le système éducatif dans la zone Centre-Nord-Ouest. Dans cette allocation budgétaire, 166 milliards sont affectés aux actions de normalisation socio-politique. Par ailleurs, pour combattre vigoureusement la paupérisation croissante de la population ivoirienne, les actions dans ce domaine vont bénéficier de près de 175,8 milliards en vue d'accroître les actions sectorielles dans l'éducation et la santé qui préoccupent au plus haut niveau le gouvernement. Le secteur de la justice n'a pas été occulté, puisqu'il devra disposer d'un crédit de 6,2 milliards pour, entre autres, réhabiliter les maisons d'arrêt et de correction, le palais de justice d'Abidjan, et les tribunaux de l'intérieur. Sans oublier la construction d'un tribunal dans la commune d'Abobo.
Les dépenses budgétaires 2008 n'épargnent aucun secteur. Elles prennent également en compte le renforcement de plusieurs ministères, la réhabilitation des infrastructures sportives et la participation aux compétitions internationales, la lutte contre l'insalubrité urbaine. Option : Bonne année... gouvernance! Vous avez dit bonne gouvernance! Vous avez dit transparence dans la gestion des deniers publics! Nous y sommes avec le ministre Charles Koffi Diby. Qui, hier, a organisé à l'auditorium de la Caistab, une rentrée budgétaire qui a mobilisé du monde. Pour vivre la transparence. Pour toucher du doigt ce qu'est la bonne gouvernance, c'est-à-dire la visibilité et la lisibilité dans l'action de mobilisation des recettes publiques, l'allocation de ces ressources par secteur et par chapitre. C'est fort à propos que le ministre ivoirien de l'Economie et des Finances, Charles Koffi Diby, s'adressant aux représentants des institutions de Bretton Woods, a fait savoir que la bonne gouvernance et le souci de transparence ne préoccupent pas que les grands argentiers du monde, la Côte d'Ivoire en fait sienne aussi. En fait, nous sommes en train de voir naître dans notre pays un nouveau type de gestion des affaires publiques axée sur la rigueur, le respect des procédures, des engagements. En somme sur l'orthodoxie de gestion budgétaire qui a été ignorée du fait d'une multitude de facteurs, au cours des huit dernières années. 2008 replace donc notre pays au c?ur de cette orthodoxie qui implique tous les acteurs. Parce que l'élaboration d'un budget, c'est l'affaire de tous et elle s'appuie sur une maîtrise de l'environnement macroéconomique national et international, sur des données qui permettent de concevoir avec beaucoup plus de certitude le cadre des recettes puis des dépenses clairement identifiées. Le budget ne se conçoit pas ex nihilo, il se fonde sur un environnement , a souligné le ministre Diby. Parce que toute économie sérieuse repose sur deux facteurs clés : le cadre et la confiance. Deux choses que la Côte d'Ivoire réunit aujourd'hui grâce à l'Accord politique de Ouaga qui a impulsé une dynamique de réconciliation, de réunification, de désarmement, et de redéploiement de l'administration qui sont l'expression d'un retour progressif de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire. Mais aussi avec la reprise de la coopération avec le FMI, la Banque mondiale et la BAD. Dans cet environnement devenu plus serein, l'adoption du budget selon les règles de l'art et la volonté affichée par le gouvernement à travers le ministère de l'Economie et des Finances d'apurer les arriérés de la dette intérieure notamment, le secteur privé va aussi retrouver la confiance. La confiance dans un Etat bon payeur désormais. Un Etat qui rassure et qui encourage à traiter avec lui. Simple rentrée budgétaire 2008 ?
On répondrait oui à première vue. Mais cette cérémonie va au-delà d'un symbole. C'est la détermination affichée de construire une Côte d'Ivoire plus sûre, plus transparente, plus dynamique, plus courtisée par les investisseurs. Demain.
Goore Bi Hué
Un taux de croissance de 2,9% attendu
Les prévisions annoncent une croissance réelle de 2,9% pour 2008. Cette croissance, selon les indications du ministère de l'Economie et des Finances, reposera globalement sur une évolution positive des différents secteurs d'activités. Ainsi au niveau de l'offre, on prévoit que le secteur primaire repartira avec une hausse de 2,7%, tiré principalement par l'agriculture d'exportation (4%) et l'extraction minière (2%). Le secteur secondaire hors extraction connaîtra un redressement essentiellement dû à l'industrie agroalimentaire (2,6%), aux produits pétroliers (2,7%) et au secteur des bâtiments et travaux publics. Quant au secteur tertiaire, une confirmation de la reprise est attendue à hauteur de 2,5% sous l'impulsion des télécommunications, du commerce, des transports et d'autres services marchands (services financiers, immobiliers, services rendus aux entreprises). Au niveau de la demande, la croissance continuera d'être portée par les investissements (6%), dont 3% du secteur privé. Elle sera aussi supportée par la consommation finale à 2,1%, la demande extérieure avec 2,8% au niveau des exportations et 2,1% au niveau des importations. Enfin, il y a espoir que l'inflation reste au niveau de la norme communautaire de 3% grâce à un bon approvisionnement des marchés. La croissance attendue en 2008 se réalisera, indique le ministère de l'Economie et des Finances, malgré un environnement international défavorable. Lié, entre autres, aux incertitudes occasionnées par la crise du crédit immobilier à risque aux Etats-Unis et à la volatilité et le niveau très élevé du prix du baril de pétrole, qui, faut-il le noter, a atteint la barre de 100 dollars le 2 janvier dernier. L'année 2007, observe-t-on, s'est aussi déroulée dans un cadre macro-économique marqué par un environnement international défavorable caractérisé par les mêmes paramètres. Cela n'a pas pour autant empêché la Côte d'Ivoire de terminer l'année sur un rythme de croissance du PIB à 1,5%. L'explication vient de ce qu'au plan national, l'activité économique a bénéficié du retour de la confiance des ménages et des entreprises après la signature de l'Accord de Ouagadougou en mars 2007 et la conclusion d'un programme d'assistance d'urgence post-crise et des accords de financement avec le FMI, la Banque mondiale et la BAD. De la description de l'économie en 2007, il apparaît un fait notable au niveau de l'offre: le secteur primaire a connu une baisse de 1,8%, essentiellement à cause du recul de 10,4% de la production de cacao et la contraction de 22,5% de la production pétrolière consécutive à l'ensablement de certains puits. Le secteur secondaire a connu un redressement de 1,5%. Pendant que la croissance du secteur tertiaire était soutenue à 2,6% par le dynamisme des télécommunications, du commerce intérieur et des autres services. La demande a été, quant à elle, caractérisée, entre autres, par une évolution de la consommation et des investissements privés, respectivement, à hauteur de 3,3% et 2,5%. Pendant que les investissements publics et la consommation publique croissaient respectivement de 3,9% et 8,9%. Focus : Retour absolu à l'orthodoxie
La conduite du budget 2008 sera caractérisée par une rigueur sans faille. Le directeur du cabinet du ministre de l'Economie et des Finances, Koffi Ahoutou, a insisté là-dessus. Il y a des mesures strictes d'encadrement qui caractériseront l'exécution du budget actuel. Elles passent par un ensemble de mesures d'accompagnement qu'il a présentées à travers six axes.
Le premier axe est celui de la régulation budgétaire. Ici, il s'agit tout simplement des règles orthodoxes de l'exécution budgétaire. Ainsi, au niveau des dépenses courantes, la consommation des crédits de fonctionnement se fera sur la base du 1/12 de la dotation annuelle allouée à chaque ministère. Au niveau des investissements, la consommation des crédits se fera par tranche trimestrielle de la dotation annuelle de chaque ministère ou institution, etc. Le 2e axe a trait à la recherche de l'efficacité des dépenses. Le directeur de cabinet fait savoir, entre autres, que les grandes opérations de réhabilitation et d'équipement seront exécutées et suivies en gestion centralisée par le ministère de l'Economie et des Finances en liaison avec les ministères techniques et les maîtres d'?uvre. Le 3e axe est le respect des procédures et l'encadrement des exceptions. A ce titre, il est décidé, entre autres, que le recours systématique aux avances de trésorerie sera supprimé. Pour toute opération non prévue au budget, soumise au conseil des ministres ou au ministère de l'Economie et des Finances, le ministère initiateur devra indiquer comment la couverture des dépenses se fera sur son propre budget. Il est désormais exigé que les avances consenties soient systématiquement régularisées par les bénéficiaires avant toute prétention à une nouvelle avance. Il est fortement recommandé que chacun fasse l'effort de rester dans son allocation budgétaire.
Le 4e axe est l'accélération des processus d'exécution de la dépense. A ce niveau, la nouvelle version du Sygfip qui sera opérationnelle cette année, veillera davantage à la transparence. Elle permettra surtout, par Internet d'avoir le suivi de l'exécution de la dépense publique. Le contrôle du service sera renforcé aussi par un contrôle de proximité géographique et dans le temps.
Autre prescription, les diligences liées à la passation des marchés publics devront être accélérées aussi bien par les services initiateurs que par les maîtres d'?uvre. Le directeur du cabinet fait savoir que la programmation des marchés publics devra se faire avant fin janvier. Le 5e axe est relatif à la gestion du plan de trésorerie. On note ici que la priorité sera donnée à l'apurement des arriérés. Et que le rythme d'exécution des dépenses sera mis en adéquation avec l'évolution de la trésorerie. Le dernier axe concerne la mise en ?uvre des mesures d'optimisation de la dépense publique. Celles-ci passent, entre autres, par la poursuite des opérations d'identification des recettes des services et l'installation des régies de recettes dans les services concernés.
Alakagni Hala