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Éditorial : ... Du poing sur la table!

Dans un pays, il y a des références, des symboles et des monuments auxquels on ne touche pas aussi facilement. Si l'on n'a rien à leur donner, qu'on les laisse tranquilles. Ce qui est plus grave, c'est que ce sont les représentants de l'Etat qui l'ont agressé. Ces jeunes policiers ont perdu le sens de l'uniforme. Ce n'est pas normal que nous leur donnions nos treillis et nos fusils pour qu'ils se retournent contre nous. Qu'est-ce que cela veut dire ? J'ai comme l'impression qu'il y a un problème au niveau de la formation des nouveaux policiers. Tant qu'on n'aura pas réglé ce problème de fond, ce sera difficile. Où allons-nous ? Que faire si tu es en danger et que tu ne peux plus être protégé par les policiers? Depuis le début de la guerre, toutes les valeurs se perdent. Il n'y a plus de référence. C'est effrayant! ça fait mal et ça me donne à réfléchir. Heureusement que c'est arrivé à une célébrité. ça nous amène à nous préoccuper des cas de simples citoyens L'on se souvient encore de ces propos du Président de la République, lors de la visite de réconfort qu'il a rendue récemment à Laurent Pokou. Ancienne gloire du football africain, l'homme a été battu à sang par 5 policiers, à la suite d'un contrôle dit de routine. Quelle réaction aurait eue le Chef de l'Etat s'il avait vu Laurent Pokou aussitôt après le forfait de ces agents fous furieux contre le meilleur buteur de son époque? Quel discours aurait tenu le Président de la République s'il s'était retrouvé devant un Laurent Pokou, méconnaissable, et s'il avait entendu ses cris de douleur? Quelle attitude aurait eue le Président Gbagbo si la direction générale de la police nationale, soutenue par la tutelle, n'avait pas déjà présenté ses excuses à celui qui a fait vibrer les stades d'Afrique, pendant de nombreuses années? Aujourd'hui, victime de cette catégorie de policiers qui, non seulement, ignore les symboles de la République, mais n'a aucun respect de la dignité humaine?
Populaire ou pas, tout citoyen attend et a besoin d'être traité avec égard par son prochain. Quel qu'il soit ! Une semaine après la barbarie dont il a été l'objet, Laurent Pokou présentait, le jour où le Président de la République lui manifestait sa compassion, un physique plus rassurant que celui des premiers jours de sa bastonnade, on ne peut plus copieuse. Le Chef de l'Etat se sera montré, malgré tout, excédé par le comportement de certains membres des forces de l'ordre. Il s'est élevé contre les mauvais comportements de ceux et celles qui, sur le terrain, représentent, pourtant, les institutions de la République. Et qui en portent les insignes visibles, connus de tous.
Porter un uniforme de la République. Celui-ci ne doit pas être revêtu par n'importe quel citoyen. Ce costume fait des policiers, gendarmes et militaires, les garants de l'autorité républicaine. Des communiqués de presse sont d'ailleurs diffusés, de temps à autre, par les ministères de tutelle pour mettre en garde les esprits malins, qui tentent de se faire confectionner des tenues - assorties d'écussons, de grades et de de souliers - semblables à celles des forces de l'ordre. Pour créer la confusion dans l'esprit des citoyens. Eux, n'ignorent pas la valeur de l'uniforme. Porter une arme de la République. Cela ne doit pas être permis à n'importe quel citoyen. Elle accroît la responsabilité de tout élément des forces de défense et de sécurité. Prolonger, dans les quartiers, dans les rues et sur les routes, l'autorité du premier magistrat ivoirien est une mission noble qu'il faut avoir à c?ur de réussir. Le chef de l'Etat attend que chacun(e) mérite la confiance que la République lui accorde. Quand il réalise que ce n'est pas le cas, il doit lever le ton et exiger que les responsabilités soient établies. C'est ce qu'il vient de faire. Surtout qu'il lui revient que les forces de l'ordre font l'objet, quotidiennement, de beaucoup de plaintes. Des plus fondées aux plus farfelues. Parce que ces garants de l'autorité donnent le sentiment de lui compliquer la tâche plus que de la lui faciliter, le chef de l'Etat se fait menaçant. A la satisfaction des citoyens ordinaires, plus exposés que Laurent Pokou.
Eux, sont convaincus que les zéros en conduite des forces de l'ordre peuvent s'améliorer, si l'autorité ne ferme pas les yeux sur leurs comportements exécrables. Eux, sont convaincus que les réactions véhémentes de la hiérarchie, en même temps qu'elles dissuadent les mauvaises graines, s'inscrivent comme un soutien aux éléments consciencieux. Et même valeureux. Parce qu'il y en a. Les citoyens ordinaires sont également convaincus que des hold up et cambriolages souvent très bizarres, pour le moins, et autres détournements orchestrés, s'arrêteront si l'autorité frappe du poing sur la table et montre qu'ils ne lui profitent pas. Tout aussi menaçant, comme pour vulgariser davantage le message du chef de l'Etat, est le général Guiai Bi Poin, commandant du Centre de commandement des opérations de sécurité, CeCOS. Selon le patron de cette unité, il y a des dysfonctionnements qu'on ne peut pas nier. Le racket est réel. 95 % de nos barrages n'ont aucune raison d'être Tout se passe comme si tout le travail de police se fait sur les routes, sans compter que les agents ne respectent pas leur territoire de compétence. Chaque fois qu'il y a eu des attaques, ils abandonnent les corridors qui, en principe, représentent la limite de sécurité infranchissable. C'est inadmissible que ces corridors servent à autre chose qu'à la sécurisation des populations. Le CeCos n'a pas pour mission de contrôler les pièces des véhicules de transport. Nous avons beaucoup à apprendre. La meilleure police est celle qu'on ne voit pas . C'était mardi, 15 avril 2008. Les populations attendent de savoir jusqu'où ira le chef de l'Etat dans sa volonté de comprendre les origines du mal qui ronge leur sécurité. Elles sont curieuses et impatientes de connaître la nature des décisions qu'il va avoir à prendre, une fois en possession des résultats des études et enquêtes que lui soumettront les ministres en charge de la Sécurité et de la Défense. Pourvu que l'événementiel ne fasse pas perdre de vue cette actualité plutôt quotidienne. En attendant que les responsabilités soient enfin établies, les mêmes populations réalisent, presque au même moment, que la menace de Laurent Gbagbo s'étend à un autre secteur, aussi sensible que la sécurité : la première présidentielle ouverte à tous. Parce qu'elle est plusieurs fois reportée, elle commence à devenir un sujet gênant. Pour les Ivoiriens ordinaires. Qui se sentent floués par la classe politique. Gênant, également, pour le Président de la République. Accusé, par certains animateurs de la vie politique, de vouloir retarder les échéances électorales, le garant des institutions républicaines veut montrer patte blanche.
.... Aussi bien en matière de sécurité que dans le domaine de la sortie de crise par les élections, il veut mettre la pression sur les acteurs de premier ordre. Et frappe, là aussi, du poing sur la table, à leur attention. Je demande à la SAGEM et à l'INS de ne pas nous retarder et de ne pas nous mettre des bâtons dans les roues , disait-il, lundi 14 avril 2008, à la faveur du Conseil des ministres extraordinaire consacré à la sortie de crise. L'acte que nous posons est pour eux technique. Mais, pour nous, il est hautement politique. Cela veut dire qu'il nous faut aller aux élections en 2008. Et nous avons fixé le 30 novembre. Faites tout pour qu'à cette date, de 7 h du matin à 17 h, le scrutin présidentiel ait lieu Messieurs de l'INS et de la SAGEM, ne me faites pas mentir Ne me faites pas mentir. Je n'aime pas passer pour un menteur. Faites tout. Vos problèmes techniques, réglez-les et que le 30 novembre 2008, nous allions aux élections.
Pour la première fois dans l'histoire des chronogrammes de sortie de crise et du processus du retour à la paix, la précision a atteint la dimension horaire. De 7 h à 17 h. Le 30 novembre 2008. Précédé à la tribune du Conseil de sécurité de l'ONU, à New York, par ce discours, Laurent Gbagbo aura montré son engagement à aller vite, à la présidentielle. Et même très vite, prenant de cours nombre de ses interlocuteurs, partenaires et collaborateurs. En venant en Côte d'Ivoire cette, semaine, le secrétaire général de l'ONU entend vivre, de très près, cette atmosphère d'empressement. Il va recueillir, sur place, toutes les réactions en rapport avec la nouvelle date du 30 novembre 2008. Et s'assurer ainsi qu'elle est l'émanation de toutes les parties et de tous les partenaires stratégiques, en présence. A travers son séjour en terre ivoirienne, il remet en scelle le processus de sortie de crise qui ne semblait plus préoccuper l'ONU, d'autres chantiers s'étant ouverts ailleurs, entre temps. Lourde responsabilité pour tous. Pour le secrétaire général de l'ONU. Qui tient son mouchard en main. Parce qu'il lui faudra bien vérifier si la Côte d'Ivoire sera respectueuse ou non des engagements qu'elle prend en ce mois d'avril 2008. Pour les Ivoiriens. En même temps que le Président ne veut passer que pour un homme de parole, la majorité de ses compatriotes n'entend plus se faire rouler dans la farine des dates qu'on fixe facilement et qu'on respecte difficilement, sinon jamais. Elle a hâte de retrouver les valeurs qui fondent la grandeur d'une nation sortie de crise. Cinq ans de crise doivent édifier la Côte d'Ivoire. Et, c'est maintenant que les signes visibles doivent commencer à apparaître. Au grand jour ! Aussi, chacun(e) doit-il rentrer au labo - comme ces chercheurs qui trouvent - et n'en sortir qu'avec des résolutions fermes. Pour soi-même. Et pour les autres. Elections propres Journalisme respectueux de l'éthique et de la déontologie... Police discrète et efficace Bonne gouvernance Il est une obligation morale pour le pays, celle d'aider les travailleurs à se réconcilier avec les règles de leurs professions respectives, avec les valeurs morales qu'enseignent continuellement la Bible et le Coran. Dans 1O jours, le 1er mai 2008 rappellera à chacun et à chacune ces principes et ces valeurs, au c?ur desquels se trouve l'être humain.
En uniforme ou pas, garant de l'autorité républicaine ou pas, chaque citoyen doit se préoccuper d'une chose fondamentale : mériter la confiance de son pays, de sa hiérarchie, de ses collègues et de ses collaborateurs.

Par Alfred Dan Moussa

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