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Notre Voie
· 3 min de lecture

Le compromis historique de Bouaké

L'Accord de Ouaga nous avait mis le baume au c?ur. Il nous avait invités à l'espoir que la paix était à portée de main. M. Guillaume Soro, Premier ministre, avait jeté la pierre dans le jardin de M. Laurent Gbagbo, président de la République, en l'interpellant, au su et au vu de tous, de transformer cette paix tant désirée en paix durable.
Dans une adresse on ne peut plus cinglante, le maître de la parole lui renvoyait l'ascenseur en lui intimant l'ordre de transformer, à son tour, l'essai. En fait, ce n'était qu'un essai. Il faut qu'il soit suivi d'une action tangible.
En écoutant les deux principaux protagonistes du dialogue direct qui a accouché de l'accord de Ouaga, un souvenir m'est venu à l'esprit. Celui de l'alliance à l'italienne du nom de compromis historique. C'était quoi au juste le compromis historique ?
A un certain moment, la société italienne était bloquée. Sans la démocratie chrétienne, aucune majorité n'était possible. De l'autre côté, le Parti communiste, avec ses méthodes qu'on lui connaît, ne pouvait permettre un véritable débat démocratique, à plus forte raison une majorité parlementaire, donc un possible gouvernement d'union.
C'est alors qu'est née une alliance de raison. Certes précaire, mais alliance quand même. Du nom de compromis historique, c'est-à-dire l'éventualité d'une gestion commune dans le but de sortir la nation des méandres des contradictions politiques, afin d'asseoir une vision patriotique de gestion.
Une alliance de cette nature demeure à tout point de vue précaire. Mais elle a l'avantage de sortir le pays de l'ornière. Le compromis est certes historique, il est aussi dynamique, parce qu'il permet d'entrevoir des issues à explorer. Mais il engage a contrario le pays sur la voie du redressement, on peut dire historique à un certain moment de son histoire.
Quand on examine dans le fond la crise ivoirienne, on constate qu'elle n'avait pas lieu d'être. Et pourtant quels dégâts ! Des hommes en sont morts. D'autres en traînent encore des séquelles. Il y aura toujours des perdants, mais personne n'en sortira vainqueur. Telle est la problématique que l'histoire devra interroger un jour.
Nous sommes partis de la xénophobie prétendue, pour nous trouver au carrefour de l'identification, de l'ivoirité et que sais-je encore ?
Comme dirait quelqu'un, la justice, la vérité et la paix sont les attributs divins sur qui se fonde l'univers. Mais alors comment les concilier les trois ?
Personne n'en est maître et surtout ne possède pas tous les contours de ces concepts. D'ailleurs le prophète Zacherie ne dit-il pas la même chose : Professez dans vos villes des jugements de vérité et des sentences de paix?. (1-16). Mais à quoi bon ?
Mieux vaut en venir au concret, car le droit est antinomique de la paix. Là où il y a paix, il n'y a pas forcément le droit. En certaines occasions, on peut tordre le cou au droit pour avoir la paix et vice-versa. Si on voulait tout juger, tout réparer par le droit, il n'y aurait jamais de paix. Qui peut dire mieux ? Si on tolère, c'est parce qu'on veut la paix. C'est tout !
Gbagbo et Soro l'ont compris. Il vaut mieux un mauvais arrangement qui nous donne la paix que des grands procès à ne plus en finir. C'est ainsi qu'est fait le monde des hommes. La démocratie derrière laquelle tout un chacun court n'est pas un régime sans conflit. Mais c'est un régime dans lequel les conflits sont ouverts et négociables selon les règles d'arbitrage connues.
Ce qui a fait défaut dans le cas de la Côte d'Ivoire, ce sont ces règles d'équité. C'est cela notre drame et le garrot posé par Gbagbo et Soro peut bien arrêter le sang qui a coulé ou qui coule encore. Et c'est tant mieux ainsi.



Jacques Préjean

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Article publié par Notre Voie et référencé par 225.ci.