Débat autour de la liste électorale de 2000-Martin Sokouri Bohui - L'opposition cherche un alibi pour justifier sa débâcle inévitable
Le PDCI et le RDR ont engagé, ces derniers jours, une véritable offensive contre la liste électorale de 2000 qui leur a été remise par la Commission électorale indépendante(CEI) pour faire leurs observations. Le député Martin Sokouri Bohui, secrétaire national du FPI chargé des élections estime qu'il s'agit d'un débat inutile. Il explique pourquoi.
Notre Voie : Monsieur le secrétaire national, comment interprétez-vous les critiques acerbes du PDCI et du RDR contre la liste électorale de 2000 ?
Martin Sokouri Bohui : Je vous remercie de l'occasion que vous m'offrez de prendre part à ce débat sur la liste électorale de 2000 ; un débat qui, à notre avis, n'en est pas un. Mais, avant de répondre à votre question, permettez-moi de planter le décor des forces en présence. Nous avons, aujourd'hui, en Côte d'Ivoire deux blocs. D'un côté il y a l'opposition qui est amenée par deux leaders qui sont des candidats déclarés à l'élection présidentielle prochaine. Cette opposition qui est à l'origine de la guerre en côte d'Ivoire et qui a soutenu la rébellion durant la crise, perd de ce fait du terrain. Elle perd, également, du terrain, parce que ses deux leaders ne peuvent rien apporter aux Ivoiriens. L'un a atteint la ménopause politique et l'autre, véritable père de la rébellion, et qui ne jure que par ses parents pour gagner une élection en Côte d'Ivoire, est en train d'être lâché par ces derniers.
En un mot, ces deux ne peuvent pas gagner ensemble comme individuellement la prochaine élection présidentielle.
De l'autre côté, il y a la mouvance présidentielle. Elle est amenée par l'actuel président de la République qui, porté au pouvoir par les Ivoiriens sur la base d'un programme de gouvernement révolutionnaire, a subi, 18 mois seulement après son élection, une guerre qui l'a empêché de réaliser le programme pour lequel il a été élu. Le président de la République a montré, pendant les cinq années que la guerre a duré, qu'il est un combattant pour la vraie indépendance de l'Afrique.
Aujourd'hui, il fait la fierté des peuples africains. Seul contre tous, il a pu tenir et il est en train de sortir le pays de la crise. Les Ivoiriens, qui ont compris le sens de sa lutte se déversent par vagues dans son parti pour lui donner un second mandat. D'autres, quoique restant dans leurs partis, ont juré de porter sur lui leurs suffrages, parce qu'ils ont compris que, dans cette période, il est le seul leader capable de mener à bon port le navire Ivoire.
Voilà donc le décor planté. Une opposition qui perd du terrain et un président en fonction de plus en plus proche de sa réélection.
Les opposants, convaincus qu'ils ne gagneront pas les élections, tentent de ternir l'éclat de la victoire inéluctable du président Gbagbo à la prochaine élection présidentielle. C'est pourquoi ils parlent déjà de fraude, de manipulation et de tripatouillage pour dire demain que c'est parce que le président Gbagbo a triché qu'il a gagné. L'opposition cherche un alibi pour justifier sa débâcle inévitable. Voilà la seule raison pour laquelle le PDCI et le RDR s'agitent.
N.V : Ils rejettent justement cette liste, parce qu'ils estiment qu'elle n'est pas bonne.
M.S.B. : Mais la liste électorale de 2008 sera différente de celle de 2000. C'est une évidence. Donc parler de manipulation concernant la liste de 2000, c'est comme tirer sur un cadavre. Ça n'a aucun sens de s'acharner sur une liste qui n'aura aucune influence significative du point de vue de la transparence sur la liste de 2008.
N.V : Mais pourquoi le dites-vous ?
M.S.B : Par le passé, ce sont les agents recenseurs qui passaient de cour en cour pour établir la liste électorale. En 2008, ce sont les électeurs qui iront vers les agents recenseurs pour s'enrôler. Ces agents recenseurs seront en des lieux précis, probablement sur les futurs lieux de vote. Celui qui est en âge de voter se rendra en ces lieux pour se faire inscrire sur la liste électorale avec un acte de naissance ou un jugement supplétif, seule pièce exigée par l'Accord de Ouagadougou.
On distingue trois groupes de populations concernées. Il y a les omis. C'est-à-dire les personnes en âge de voter, mais qui, pour une raison ou une autre, ne figurent pas sur la liste de 2000. Il y a les nouveaux majeurs. Ce sont les personnes qui n'avaient pas l'âge de voter à la dernière présidentielle et qui, depuis lors, sont devenues majeures. Ces personnes ont entre 18 et 25 ans aujourd'hui. Il y a, enfin, les inscrits sur la liste de 2000.
J'ai participé à tous les séminaires organisés par l'Institut national de la statistique (INS). Et voici ce qui nous est régulièrement indiqué : les personnes des deux premières catégories qui iront s'enrôler devront décliner toute leur identité. Celle-ci sera transcrite dans le registre par l'agent recenseur. Ce dernier prendra ensuite leurs empreintes digitales et leur photo. Il prendra plus de temps avec elles, parce qu'elles ne sont inscrites nulle part.
Par contre, avec les personnes déjà inscrites sur la liste de 2000, l'agent recenseur interrogera l'ordinateur qui sortira toute leur identité. Elles prendront leur photo et apposeront leurs empreintes digitales. Avec cette dernière catégorie, il y aura moins de temps à perdre.
Voilà à quoi sert la liste de 2000 et à rien d'autre. Si vous êtes sur la liste de 2000, et que vous ne vous présentez pas physiquement devant l'agent recenseur, vous ne serez pas sur la liste de 2008. En résumé, ne figureront sur la liste de 2008 que ceux qui se seront physiquement présentés devant les agents recenseurs et à qui on aura pris les photos et les empreintes digitales.
Je demande donc à ceux qui se lamentent d'aller mobiliser leurs militants à s'inscrire plutôt que de jeter l'opprobre sur l'Institut national de la statistique (INS), un organisme qui a déjà fait ses preuves et dont l'expertise est sollicitée par d'autres pays africains. En l'occurrence en RDC.
N.V : Pour être plus précis, le PDCI et le RDR disent que des noms de personnes décédées figurent sur la liste de 2000. Et c'est la raison pour laquelle ils la rejettent. Ont-ils tort ?
M.S.B : Cette récrimination est tout simplement puérile. Parce que sur toutes listes électorales au monde figurent des noms de morts. La liste en question a été faite en 2000. Elle comporte un peu plus de 5 400 000 électeurs. Pensez-vous sincèrement qu'aucun de ces électeurs n'est mort entre 2000 et 2007 ? Pour vous donner un exemple, mon père Maurice Sokouri, dont le nom figure sur cette liste, est mort en 2005. Même la liste de 2008 que nous allons confectionner comportera des noms de morts le jour du vote.
N.V : Ils disent, également, que des villages entiers ont été exclus de la liste électorale de 2000
M.S.B : J'ai participé à la dernière rencontre que le directeur général de l'INS a organisée pour répondre à ces accusations gratuites faites par un quotidien de la place. Le DG de l'INS a montré, à cette occasion, preuve à l'appui, que les villages concernés étaient bel et bien sur la liste. Et même si cela avait été le cas, ceux qui auraient été exclus ont encore la possibilité de s'inscrire à l'occasion du recensement électoral. A ce que je sache, l'INS n'a pas enfermé dans une prison à double tour ces soi-disant populations exclues de la liste de 2000.
N.V : Vous avez dit tout à l'heure que l'extrait de naissance ou le jugement supplétif est la seule pièce exigée pour être enrôlé. N'est-ce pas la porte ouverte aux inscriptions frauduleuses ?
M.S.B : Sur ce point, le directeur général de l'INS n'a eu de cesse de rassurer tout le monde. Ce que je peux dire, sur la foi de ce que M. Mathieu Meleu ne cesse de répéter, c'est que tous ceux qui viendront s'enrôler garderont définitivement et pour le restant de leur vie, l'identité qu'ils déclareront. Parce que leurs empreintes digitales et leur photo seront enregistrés en même temps. Donc s'il y en a qui déclarent une fausse identité tout simplement parce qu'ils veulent faire plaisir à un candidat, ils y perdront gros. Ceux qui sont déjà mariés et ont fait des enfants et acquis des biens avec une identité perdront tout ce qu'ils ont acquis et même leurs enfants et femmes, s'ils déclarent une fausse identité. En tout état de cause, l'INS dispose de fichiers pour faire les croisements. Il y a le recensement de 1998, le fichier carte de séjour, le fichier CNPS Si vous êtes inscrit comme étranger en 1998 et qu'en 2008, vous vous déclarez ivoirien, alors qu'entre-temps vous n'avez pas obtenu de décret de naturalisation, vous passez à la trappe. Vous serez donc rayé purement et simplement de la liste. Tout pétitionnaire ayant plus de 10 ans et qui ne figure pas sur le recensement de 1998 est déjà suspect. Parce qu'en 1998, même les bébés ont été enregistrés.
N.V : Ne craignez-vous pas que cela soit l'occasion de nouvelles protestations sous le prétexte que des personnes disposant de leurs jugements supplétifs et s'étant enrôlées ont été rejetées par l'INS ?
M.S.B. : C'est possible que des gens protestent. Mais nous voulons construire une démocratie. La démocratie suppose la lutte contre la fraude sous toutes ses formes. Croyez-vous qu'il est possible d'accepter la fraude sous prétexte qu'on veut éviter les protestations? Non !
Je voudrais d'ailleurs profiter de votre question pour lancer un appel à la communauté nationale et internationale. Je voudrais dire que ce sont les mêmes qui ont soutenu la guerre en Côte d'Ivoire qui s'apprêtent à faire du faux au moment des inscriptions sur les listes électorales. Nous savons que les mêmes ont déjà distribué de faux jugements supplétifs à leurs militants pour s'inscrire sur la liste électorale. Je dois dire aux personnes détentrices de ces jugements qu'au moment des croisements, elles passeront à la trappe. Elles seront tout simplement rejetées sans parler des sanctions pénales auxquelles elles s'exposent.
Je voudrais donc demander à la communauté internationale d'inviter l'opposition ivoirienne, parce que c'est d'elle qu'il s'agit, à éviter le chemin du désordre.
Parce que, tout le monde le sait, on ne sortira définitivement de cette crise que par des élections propres. La communauté internationale, généralement si prompte à brocarder le pouvoir, devrait également regarder du côté de l'opposition qui est à la base des problèmes que la Côte d'Ivoire connaît.
Pour la prochaine présidentielle, un des indicateurs de la fraude devrait être le nombre d'électeurs. Ce nombre était autour de 5.400.000 en 2000. En 2008, il ne devrait pas excéder 8 millions en tenant compte du taux de croissance de la population. Si le nombre de 8 millions était largement dépassé, on devrait logiquement se poser des questions sur la fiabilité de la liste. Nous osons croire que la sagesse habitera les abonnés à la fraude pour éviter à la Côte d'Ivoire de nouvelles tensions. Car le FPI n'acceptera pas, quelles que soient les intimidations, que ceux qui n'ont pas le droit de vote participent aux prochaines élections.
Interview réalisée par Augustin Kouyo
Notre Voie : Monsieur le secrétaire national, comment interprétez-vous les critiques acerbes du PDCI et du RDR contre la liste électorale de 2000 ?
Martin Sokouri Bohui : Je vous remercie de l'occasion que vous m'offrez de prendre part à ce débat sur la liste électorale de 2000 ; un débat qui, à notre avis, n'en est pas un. Mais, avant de répondre à votre question, permettez-moi de planter le décor des forces en présence. Nous avons, aujourd'hui, en Côte d'Ivoire deux blocs. D'un côté il y a l'opposition qui est amenée par deux leaders qui sont des candidats déclarés à l'élection présidentielle prochaine. Cette opposition qui est à l'origine de la guerre en côte d'Ivoire et qui a soutenu la rébellion durant la crise, perd de ce fait du terrain. Elle perd, également, du terrain, parce que ses deux leaders ne peuvent rien apporter aux Ivoiriens. L'un a atteint la ménopause politique et l'autre, véritable père de la rébellion, et qui ne jure que par ses parents pour gagner une élection en Côte d'Ivoire, est en train d'être lâché par ces derniers.
En un mot, ces deux ne peuvent pas gagner ensemble comme individuellement la prochaine élection présidentielle.
De l'autre côté, il y a la mouvance présidentielle. Elle est amenée par l'actuel président de la République qui, porté au pouvoir par les Ivoiriens sur la base d'un programme de gouvernement révolutionnaire, a subi, 18 mois seulement après son élection, une guerre qui l'a empêché de réaliser le programme pour lequel il a été élu. Le président de la République a montré, pendant les cinq années que la guerre a duré, qu'il est un combattant pour la vraie indépendance de l'Afrique.
Aujourd'hui, il fait la fierté des peuples africains. Seul contre tous, il a pu tenir et il est en train de sortir le pays de la crise. Les Ivoiriens, qui ont compris le sens de sa lutte se déversent par vagues dans son parti pour lui donner un second mandat. D'autres, quoique restant dans leurs partis, ont juré de porter sur lui leurs suffrages, parce qu'ils ont compris que, dans cette période, il est le seul leader capable de mener à bon port le navire Ivoire.
Voilà donc le décor planté. Une opposition qui perd du terrain et un président en fonction de plus en plus proche de sa réélection.
Les opposants, convaincus qu'ils ne gagneront pas les élections, tentent de ternir l'éclat de la victoire inéluctable du président Gbagbo à la prochaine élection présidentielle. C'est pourquoi ils parlent déjà de fraude, de manipulation et de tripatouillage pour dire demain que c'est parce que le président Gbagbo a triché qu'il a gagné. L'opposition cherche un alibi pour justifier sa débâcle inévitable. Voilà la seule raison pour laquelle le PDCI et le RDR s'agitent.
N.V : Ils rejettent justement cette liste, parce qu'ils estiment qu'elle n'est pas bonne.
M.S.B. : Mais la liste électorale de 2008 sera différente de celle de 2000. C'est une évidence. Donc parler de manipulation concernant la liste de 2000, c'est comme tirer sur un cadavre. Ça n'a aucun sens de s'acharner sur une liste qui n'aura aucune influence significative du point de vue de la transparence sur la liste de 2008.
N.V : Mais pourquoi le dites-vous ?
M.S.B : Par le passé, ce sont les agents recenseurs qui passaient de cour en cour pour établir la liste électorale. En 2008, ce sont les électeurs qui iront vers les agents recenseurs pour s'enrôler. Ces agents recenseurs seront en des lieux précis, probablement sur les futurs lieux de vote. Celui qui est en âge de voter se rendra en ces lieux pour se faire inscrire sur la liste électorale avec un acte de naissance ou un jugement supplétif, seule pièce exigée par l'Accord de Ouagadougou.
On distingue trois groupes de populations concernées. Il y a les omis. C'est-à-dire les personnes en âge de voter, mais qui, pour une raison ou une autre, ne figurent pas sur la liste de 2000. Il y a les nouveaux majeurs. Ce sont les personnes qui n'avaient pas l'âge de voter à la dernière présidentielle et qui, depuis lors, sont devenues majeures. Ces personnes ont entre 18 et 25 ans aujourd'hui. Il y a, enfin, les inscrits sur la liste de 2000.
J'ai participé à tous les séminaires organisés par l'Institut national de la statistique (INS). Et voici ce qui nous est régulièrement indiqué : les personnes des deux premières catégories qui iront s'enrôler devront décliner toute leur identité. Celle-ci sera transcrite dans le registre par l'agent recenseur. Ce dernier prendra ensuite leurs empreintes digitales et leur photo. Il prendra plus de temps avec elles, parce qu'elles ne sont inscrites nulle part.
Par contre, avec les personnes déjà inscrites sur la liste de 2000, l'agent recenseur interrogera l'ordinateur qui sortira toute leur identité. Elles prendront leur photo et apposeront leurs empreintes digitales. Avec cette dernière catégorie, il y aura moins de temps à perdre.
Voilà à quoi sert la liste de 2000 et à rien d'autre. Si vous êtes sur la liste de 2000, et que vous ne vous présentez pas physiquement devant l'agent recenseur, vous ne serez pas sur la liste de 2008. En résumé, ne figureront sur la liste de 2008 que ceux qui se seront physiquement présentés devant les agents recenseurs et à qui on aura pris les photos et les empreintes digitales.
Je demande donc à ceux qui se lamentent d'aller mobiliser leurs militants à s'inscrire plutôt que de jeter l'opprobre sur l'Institut national de la statistique (INS), un organisme qui a déjà fait ses preuves et dont l'expertise est sollicitée par d'autres pays africains. En l'occurrence en RDC.
N.V : Pour être plus précis, le PDCI et le RDR disent que des noms de personnes décédées figurent sur la liste de 2000. Et c'est la raison pour laquelle ils la rejettent. Ont-ils tort ?
M.S.B : Cette récrimination est tout simplement puérile. Parce que sur toutes listes électorales au monde figurent des noms de morts. La liste en question a été faite en 2000. Elle comporte un peu plus de 5 400 000 électeurs. Pensez-vous sincèrement qu'aucun de ces électeurs n'est mort entre 2000 et 2007 ? Pour vous donner un exemple, mon père Maurice Sokouri, dont le nom figure sur cette liste, est mort en 2005. Même la liste de 2008 que nous allons confectionner comportera des noms de morts le jour du vote.
N.V : Ils disent, également, que des villages entiers ont été exclus de la liste électorale de 2000
M.S.B : J'ai participé à la dernière rencontre que le directeur général de l'INS a organisée pour répondre à ces accusations gratuites faites par un quotidien de la place. Le DG de l'INS a montré, à cette occasion, preuve à l'appui, que les villages concernés étaient bel et bien sur la liste. Et même si cela avait été le cas, ceux qui auraient été exclus ont encore la possibilité de s'inscrire à l'occasion du recensement électoral. A ce que je sache, l'INS n'a pas enfermé dans une prison à double tour ces soi-disant populations exclues de la liste de 2000.
N.V : Vous avez dit tout à l'heure que l'extrait de naissance ou le jugement supplétif est la seule pièce exigée pour être enrôlé. N'est-ce pas la porte ouverte aux inscriptions frauduleuses ?
M.S.B : Sur ce point, le directeur général de l'INS n'a eu de cesse de rassurer tout le monde. Ce que je peux dire, sur la foi de ce que M. Mathieu Meleu ne cesse de répéter, c'est que tous ceux qui viendront s'enrôler garderont définitivement et pour le restant de leur vie, l'identité qu'ils déclareront. Parce que leurs empreintes digitales et leur photo seront enregistrés en même temps. Donc s'il y en a qui déclarent une fausse identité tout simplement parce qu'ils veulent faire plaisir à un candidat, ils y perdront gros. Ceux qui sont déjà mariés et ont fait des enfants et acquis des biens avec une identité perdront tout ce qu'ils ont acquis et même leurs enfants et femmes, s'ils déclarent une fausse identité. En tout état de cause, l'INS dispose de fichiers pour faire les croisements. Il y a le recensement de 1998, le fichier carte de séjour, le fichier CNPS Si vous êtes inscrit comme étranger en 1998 et qu'en 2008, vous vous déclarez ivoirien, alors qu'entre-temps vous n'avez pas obtenu de décret de naturalisation, vous passez à la trappe. Vous serez donc rayé purement et simplement de la liste. Tout pétitionnaire ayant plus de 10 ans et qui ne figure pas sur le recensement de 1998 est déjà suspect. Parce qu'en 1998, même les bébés ont été enregistrés.
N.V : Ne craignez-vous pas que cela soit l'occasion de nouvelles protestations sous le prétexte que des personnes disposant de leurs jugements supplétifs et s'étant enrôlées ont été rejetées par l'INS ?
M.S.B. : C'est possible que des gens protestent. Mais nous voulons construire une démocratie. La démocratie suppose la lutte contre la fraude sous toutes ses formes. Croyez-vous qu'il est possible d'accepter la fraude sous prétexte qu'on veut éviter les protestations? Non !
Je voudrais d'ailleurs profiter de votre question pour lancer un appel à la communauté nationale et internationale. Je voudrais dire que ce sont les mêmes qui ont soutenu la guerre en Côte d'Ivoire qui s'apprêtent à faire du faux au moment des inscriptions sur les listes électorales. Nous savons que les mêmes ont déjà distribué de faux jugements supplétifs à leurs militants pour s'inscrire sur la liste électorale. Je dois dire aux personnes détentrices de ces jugements qu'au moment des croisements, elles passeront à la trappe. Elles seront tout simplement rejetées sans parler des sanctions pénales auxquelles elles s'exposent.
Je voudrais donc demander à la communauté internationale d'inviter l'opposition ivoirienne, parce que c'est d'elle qu'il s'agit, à éviter le chemin du désordre.
Parce que, tout le monde le sait, on ne sortira définitivement de cette crise que par des élections propres. La communauté internationale, généralement si prompte à brocarder le pouvoir, devrait également regarder du côté de l'opposition qui est à la base des problèmes que la Côte d'Ivoire connaît.
Pour la prochaine présidentielle, un des indicateurs de la fraude devrait être le nombre d'électeurs. Ce nombre était autour de 5.400.000 en 2000. En 2008, il ne devrait pas excéder 8 millions en tenant compte du taux de croissance de la population. Si le nombre de 8 millions était largement dépassé, on devrait logiquement se poser des questions sur la fiabilité de la liste. Nous osons croire que la sagesse habitera les abonnés à la fraude pour éviter à la Côte d'Ivoire de nouvelles tensions. Car le FPI n'acceptera pas, quelles que soient les intimidations, que ceux qui n'ont pas le droit de vote participent aux prochaines élections.
Interview réalisée par Augustin Kouyo