Plus de 100 milliards de promesses
Après l'euphorie, place à la réalité, au bon sens. En attendant le Bafing, et certainement le Denguélé, la région des Savanes a eu sa dose de promesses de la part du chef de l'Etat qui vient d'y effectuer une visite officielle de trois jours. Ces promesses se chiffrent à plus de 100 milliards de nos francs. Trois jours ont suffi, après cette visite mémorable, pour que les populations qui ont été (à raison) fascinées par les promesses mirobolantes à leur faites par Laurent Gbagbo, se posent des questions sur la faisabilité de celles-ci en si peu de temps. Après l'espoir, le doute gagne peu à peu ces braves populations qui, en réalité, ne se méprennent pas sur le personnage du père Noël venu de Mama. Hôpitaux, lycées, électrification, barrages hydrauliques, un canal de 35 km qui part du fleuve Bandama à Korhogo, forages, nouvelles sous-préfectures, des préfectures etc. tout y passe. Ainsi, à partir de février 2008 et ce, à quatre mois des élections présidentielles, la région des Savanes sera en chantier. Les villages et bourgades de celle-ci goutteront aux délices du développement et de la modernité. On serait tenté de dire que le chef de l'Etat a une parfaite connaissance des problèmes du Nord et détient les solutions miracles à y apporter. En réalité, Gbagbo n'a fait que piquer dans le programme post-crise de reconstruction du nord concocté par l'Union européenne avec l'appui des collectivités décentralisées que sont les conseils généraux et les mairies. Ce sont au bas mot entre 100 et 120 milliards de FCFA, selon les experts, qui seront nécessaires à la réalisation de ces promesses aussi fallacieuses qu'électoralistes. Où trouver cette somme d'ici deux à trois mois. En effet, l'une des raisons du ralentissement du processus de sortie de crise est le manque de financement. Le porte-parole de la Primature, Méité Sindou n'a pas manqué récemment de dire que le gouvernement avait besoin de deux milliards pour relancer les audiences foraines. Les bailleurs de fonds internationaux ont été, à cet effet, appelés à prendre toutes les dispositions afin de traduire en acte leur engagement dans le financement du processus. Une mission du gouvernement composée des ministres des Finances Charles Diby et de l'Intégration africaine, Amadou Koné, s'est même rendue chez le facilitateur Blaise Compaoré pour débattre de cette question. En mission en Côte d'Ivoire, le commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire, Louis-Michel a été saisi du problème de financement du programme de sortie de crise par la communauté internationale qui semble traîner les pas. En dépit de réelles difficultés à financier le programme du dialogue direct , Gbagbo fait des promesses à tout bout de champs. Cela s'appelle tout simplement campagne électorale .
Ibrahima B. Kamagaté
Ibrahima B. Kamagaté