Mon pays va mal
Une affaire apparemment banale. Aussi insignifiante qu'elle aurait pu passer inaperçue. Le scandale des voitures volées en France sur lequel la justice hexagonale a ouvert une information judiciaire, a fait place à une affaire comme les Ivoiriens les aiment. Depuis quelques jours, la chronique abidjanaise est alimentée par une nouvelle dénomination : Maybach, du nom d'une invention de la marque automobile Mercedes. Une rutilante cylindrée qui se trouve en Côte d'Ivoire et dont on ignore, à ce jour, les conditions d'acquisition. Un homme s'en attribue la propriété, affirmant, sans sourciller, qu'elle lui a coûté près d'un demi-milliard de FCFA. Allégation fâcheuse certes, mais loin d'être surprenante. Pourquoi les Ivoiriens se laissent-ils émouvoir par l'aveu fait par le fils Ekra sur les conditions d'achat et de transport de ce véhicule pas comme les autres ?
Aujourd'hui, le pouvoir en place ne cache plus rien de son impertinence et étale sur la place publique sa gestion épouvantable d'un pays qui avait tout pour sortir de la crise économique. Pis, les populations sombrent dans une misère noire qui les étouffe et qui, en partie, pourrait expliquer, cette sorte de résignation dans laquelle le peuple est plongé.
En effet, au moment où cet Ivoirien dont on sait qu'il est l'un des proches parmi les proches du chef de l'Etat, se bombe la poitrine, se vantant d'avoir importé un véhicule de 500 millions de FCFA, des femmes meurent dans les hôpitaux, faute de médicament et de frais d'accouchement. L'Ivoirien est réduit à n'avoir qu'un seul repas par jour, signe de pauvreté généralisée.
Le contraste, c'est qu'une minorité de nouveaux riches est née. On fait, difficilement du reste, la distinction entre l'origine de leurs biens dits privés et les caisses publiques.
C'est une lapalissade. La Côte d'Ivoire, notre pays, va mal, pour reprendre ce titre d'une chanson, encore d'actualité, de la star mondiale du reggae, Tiken Jah Fakoly. Les Ivoiriens souffrent. Ce constat est accablant. Le pays est en danger et son avenir hypothéqué.
Le dépérissement s'aggrave et s'étend. Le pouvoir d'achat des travailleurs baisse à une vitesse vertigineuse. Le chômage gagne toutes les couches de la population. L'exode rural reprend du poil de la bête, qui vide de leurs forces vives, les campagnes au profit des villes qui, elles aussi, n'ont rien de mieux à proposer.
La disparition d'une classe moyenne dans un pays, et c'est le cas en Côte d'Ivoire, c'est un signe qui ne trompe pas. C'est que la pauvreté prend de l'ampleur par la détérioration des acquis socio-économiques et la nette séparation des classes bourgeoises et prolétaires.
Dans ce laboratoire de mauvaise gouvernance qu'est la Côte d'Ivoire, une nouvelle classe affiche manifestement ses richesses gagnées sur le dos du peuple. Elle roule en 4x4, fait pousser comme des champignons, les stations de distribution d'essence, bâtit des villas luxueuses qui n'ont rien à envier à certains quartiers de Miami ou Las Palmas. Elle s'enrichit indûment et sans le moindre complexe.
Il y a aussi ceux qui se lient aux apparatchiks au pouvoir. C'est au nom de ces liens familiaux ou amicaux qu'ils ont obtenu la clé pour mener à bien leurs affaires . Ils se prétendent des hommes d'affaires.
"Quand le baril est à plus de 100 dollars, et que d'importants pays producteurs de pétrole ne parviennent pas à se développer, la gouvernance est en question. Quand les indicateurs sociaux de ces pays stagnent ou régressent tandis qu'une minorité mène un train de vie luxueux, la gouvernance est en question. Que deviennent ces revenus pétroliers ? Pourquoi la population n'en bénéficie-t-elle pas ? Est-il légitime que notre aide au développement soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ?", s'interrogeait récemment, Jean Marie Bockel, secrétaire d'Etat français chargé de la coopération et de la francophonie. La Côte d'Ivoire, on le sait, est un pays potentiellement riche. Mais où va sa richesse ?
L'un des premiers freins au développement, c'est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l'incurie de structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants. Tout le monde le sait, bien peu le disent", explique Bockel. Mauvaise gouvernance ? Le mot est lâché.
Nous avions, dans une enquête, prouver que la production nationale en pétrole était sous évaluée de moitié. 50000 barils de pétrole passaient en pure perte, dans des caisses noires domiciliées au Palais présidentiel.
Les Députés de l'assemblée nationale se sont calfeutrés entre quatre mûrs pour en ressortir avec une loi votée, clandestinement, les autorisant à multiplier leur train de vie quasiment par dix.
Dans son rapport d'audit de la filière café cacao, qui lui a valu des visites très inamicales des escadrons de la mort, l'ex-inspecteur général d'Etat, Kouadio François, révélait que les patrons de l'ARCC, de la BCC, du FRC, structures dirigeantes de la filière café cacao s'octroyaient des salaires de pachas (4 à 6 millions de Fcfa) et autres avantages ahurissants (1000 litres de dotation en carburant par mois).
Symbole d'une bourgeoisie compradore et arrogante, le chef de l'Etat se fait établir, depuis six ans, un budget de souveraineté de plus de 35 milliards de FCFA. Cela n'a ému personne, sinon quelques journaux qui l'ont dénoncé. Mais, rien n'a bougé. Alors, pourquoi s'étonner qu'une personnalité à qui l'Etat octroie un budget de plusieurs dizaines de milliards s'offre un véhicule de 500 millions ? C'est la moindre de choses. Et les Ivoiriens doivent être logiques. S'ils ont décidé de subir leur histoire en se posant en spectateurs de leur destin, pourquoi refusent-ils d'en assumer les conséquences ?
PAR CHARLES SANGA
Aujourd'hui, le pouvoir en place ne cache plus rien de son impertinence et étale sur la place publique sa gestion épouvantable d'un pays qui avait tout pour sortir de la crise économique. Pis, les populations sombrent dans une misère noire qui les étouffe et qui, en partie, pourrait expliquer, cette sorte de résignation dans laquelle le peuple est plongé.
En effet, au moment où cet Ivoirien dont on sait qu'il est l'un des proches parmi les proches du chef de l'Etat, se bombe la poitrine, se vantant d'avoir importé un véhicule de 500 millions de FCFA, des femmes meurent dans les hôpitaux, faute de médicament et de frais d'accouchement. L'Ivoirien est réduit à n'avoir qu'un seul repas par jour, signe de pauvreté généralisée.
Le contraste, c'est qu'une minorité de nouveaux riches est née. On fait, difficilement du reste, la distinction entre l'origine de leurs biens dits privés et les caisses publiques.
C'est une lapalissade. La Côte d'Ivoire, notre pays, va mal, pour reprendre ce titre d'une chanson, encore d'actualité, de la star mondiale du reggae, Tiken Jah Fakoly. Les Ivoiriens souffrent. Ce constat est accablant. Le pays est en danger et son avenir hypothéqué.
Le dépérissement s'aggrave et s'étend. Le pouvoir d'achat des travailleurs baisse à une vitesse vertigineuse. Le chômage gagne toutes les couches de la population. L'exode rural reprend du poil de la bête, qui vide de leurs forces vives, les campagnes au profit des villes qui, elles aussi, n'ont rien de mieux à proposer.
La disparition d'une classe moyenne dans un pays, et c'est le cas en Côte d'Ivoire, c'est un signe qui ne trompe pas. C'est que la pauvreté prend de l'ampleur par la détérioration des acquis socio-économiques et la nette séparation des classes bourgeoises et prolétaires.
Dans ce laboratoire de mauvaise gouvernance qu'est la Côte d'Ivoire, une nouvelle classe affiche manifestement ses richesses gagnées sur le dos du peuple. Elle roule en 4x4, fait pousser comme des champignons, les stations de distribution d'essence, bâtit des villas luxueuses qui n'ont rien à envier à certains quartiers de Miami ou Las Palmas. Elle s'enrichit indûment et sans le moindre complexe.
Il y a aussi ceux qui se lient aux apparatchiks au pouvoir. C'est au nom de ces liens familiaux ou amicaux qu'ils ont obtenu la clé pour mener à bien leurs affaires . Ils se prétendent des hommes d'affaires.
"Quand le baril est à plus de 100 dollars, et que d'importants pays producteurs de pétrole ne parviennent pas à se développer, la gouvernance est en question. Quand les indicateurs sociaux de ces pays stagnent ou régressent tandis qu'une minorité mène un train de vie luxueux, la gouvernance est en question. Que deviennent ces revenus pétroliers ? Pourquoi la population n'en bénéficie-t-elle pas ? Est-il légitime que notre aide au développement soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ?", s'interrogeait récemment, Jean Marie Bockel, secrétaire d'Etat français chargé de la coopération et de la francophonie. La Côte d'Ivoire, on le sait, est un pays potentiellement riche. Mais où va sa richesse ?
L'un des premiers freins au développement, c'est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l'incurie de structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants. Tout le monde le sait, bien peu le disent", explique Bockel. Mauvaise gouvernance ? Le mot est lâché.
Nous avions, dans une enquête, prouver que la production nationale en pétrole était sous évaluée de moitié. 50000 barils de pétrole passaient en pure perte, dans des caisses noires domiciliées au Palais présidentiel.
Les Députés de l'assemblée nationale se sont calfeutrés entre quatre mûrs pour en ressortir avec une loi votée, clandestinement, les autorisant à multiplier leur train de vie quasiment par dix.
Dans son rapport d'audit de la filière café cacao, qui lui a valu des visites très inamicales des escadrons de la mort, l'ex-inspecteur général d'Etat, Kouadio François, révélait que les patrons de l'ARCC, de la BCC, du FRC, structures dirigeantes de la filière café cacao s'octroyaient des salaires de pachas (4 à 6 millions de Fcfa) et autres avantages ahurissants (1000 litres de dotation en carburant par mois).
Symbole d'une bourgeoisie compradore et arrogante, le chef de l'Etat se fait établir, depuis six ans, un budget de souveraineté de plus de 35 milliards de FCFA. Cela n'a ému personne, sinon quelques journaux qui l'ont dénoncé. Mais, rien n'a bougé. Alors, pourquoi s'étonner qu'une personnalité à qui l'Etat octroie un budget de plusieurs dizaines de milliards s'offre un véhicule de 500 millions ? C'est la moindre de choses. Et les Ivoiriens doivent être logiques. S'ils ont décidé de subir leur histoire en se posant en spectateurs de leur destin, pourquoi refusent-ils d'en assumer les conséquences ?
PAR CHARLES SANGA