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Intervention du Président du Conseil Génér al, porte-parole des cadres et des populations du département de Korhogo

Korhogo, le 30 novembre 2007 - Excellence, Monsieur le Président de la République de Côte d'Ivoire ;

Excellence, Monsieur le Premier Ministre ;

Messieurs les Présidents d'Institutions (Assemblée Nationale, Cours Suprême, Conseil Economique et Social, Grande Chancellerie);

Monsieur le Représentant du Facilitateur,

Mesdames et Messieurs les Ministres ;

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs ;

Monsieur le Préfet de la région des Savanes, Préfet du Département de Korhogo ;

Monsieur le Commandant de la Zone 10 des Forces Nouvelles ;

Mesdames et Messieurs les élus : Députés, Présidents de Conseils Généraux, Maires ;

Mesdames et Messieurs, les Conseillers Economiques et Sociaux ;

Mesdames et Messieurs, les représentants des Parties Politiques ;

Messieurs les Officiers Généraux, Officiers Supérieurs et Soldats de Rang des FDS et des FAFN ;

Messieurs les représentants des Forces impartiales (ONUCI, Force Licorne) ;

Mesdames et Messieurs, les représentants des Organisations Humanitaires et de la Société Civile ;

Mesdames et Messieurs, les Directeur Généraux, Directeurs et Chefs de Service ;

Monsieur le Chef de Canton de Korhogo ;

Messieurs les Chefs de village ;

Honorables Dignitaires religieux et chefs traditionnels ;

En ce jour solennelle du 30 novembre 2007, c'est pour moi un honneur et une grande joie de prendre la parole au nom des élus, des cadres et de l'ensemble des populations du département pour vous souhaiter la bienvenue à vous même Excellence, Monsieur le Président de la République et à l'impressionnante délégation qui vous accompagne. Les vieux, les jeunes, les hommes, les femmes, tous me chargent de vous dire FOTAMANA.

Après Bouaké, où le trente (30) juillet dernier, la flamme de la paix a permis la réunification du Pays durement éprouvé par plus de cinq (5) ans de crise, Korhogo s'honore de vous accueillir à son tour.

Au cours de cette visite d'Etat, vous avez eu l'occasion de prendre le pouls et de vous imprégner des réalités de ce Département phare de la région des savanes.

Votre venue à Korhogo Excellence Monsieur le Président de la République, est la preuve manifeste de l'intérêt que vous portez à notre département et à son peuple, partie intégrante de la Côte d'Ivoire. Avec le Premier Ministre SORO Guillaume, vous nous proposez une paix que nous avons qualifiée en son temps de paix des braves.

Ayant choisi la paix, Monsieur le Président de la République, nous le ressentons comme un honneur que vous veniez ici sur la terre du patriarche Péléforo GBON COULIBALY dont la philosophie politique qui a inspiré feu le Président Félix Houphouët BOIGNY était justement fondée sur la non-violence et la paix. En effet, quelque soit le problème, la préoccupation majeure du patriarche était d'économiser le sang de son peuple. C'est une philosophie que nous cultivons ici. En toute circonstance, le peuple de Korhogo sait rester égal à lui-même, stoïque, constant dans l'effort et Fidèle à ses engagements.

Excellence Monsieur le Président,

ce grand peuple voudrait vous saluer pour votre engagement pour la paix, la réconciliation et la concorde entre les ivoiriens.

Plusieurs accords ont été signés qui ont connus des fortunes diverses. Mais mus par un sens élevé de l'intérêt des populations ivoiriennes, vous avez accepté d'établir avec vos frères et s?urs, un instant ennemis, le dialogue franc et constructif qui a débouché sur l'accord politique de Ouagadougou.

Grâce à cet accord que nous saluons tous, les ivoiriens ont repris goût à la vie et croient à nouveau en leur avenir. Une atmosphère apaisée règne dans le pays. Les visites rendues aux familles du Premier Ministre SORO Kagbafori Guillaume et du Dr Alassane Dramane OUATTARA à la famille GON et à d'autres personnalités, sont un apport à cet apaisement.

C'est le lieu de rendre un hommage appuyé aux acteurs de ce dialogue Ivoiro-Ivoirien avec à leur tête, vous Monsieur le Président de la République et Monsieur le premier Ministre.

Quant à vous, Monsieur le Premier Ministre, permettez que je dise tout haut, que votre mérite est grand et votre courage sans faille. Certes la tâche est ardue et le travail immense mais avec persévérance et détermination, vous êtes à l'?uvre. C'est pourquoi, les populations du Département de Korhogo, par ma voix, vous saluent et vous assurent de leur soutien constant. Elles savent que tout cet espoir n'a été possible que parce que vous avez accepté la main tendue du Président de la République démontrant ainsi, Monsieur le Premier Ministre, votre attachement à la paix et au bien être des populations. Malgré les obstacles et surtout l'odieux attentat dont vous avez été victime, vous vous êtes toujours inscrit dans la quête de la paix. Cela est la marque des grands hommes. Encore une foi, Monsieur le Premier Ministre, toutes nos bénédictions vous accompagneront dans l'application de l'accord politique de Ouagadougou.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Les populations du département de Korhogo saluent votre décision relative à la suppression de la carte de séjour, en raison des dérives auxquels son contrôle a donné lieu. Celles-ci ont engendré d'énormes frustrations parmi les ressortissants de notre circonscription trop souvent assimilés à tors à des étrangers.

C'est le lieu Monsieur le Président, de rappeler que la question de la citoyenneté est une préoccupation majeure pour nos populations.

C'est pourquoi nous souhaitons que les audiences foraines, dont nous saluons le démarrage, puissent connaître enfin leur phase de croisière, afin de permettre à chaque habitant de ce pays, dont la naissance sur notre sol n'a jamais fait l'objet de déclaration, d'avoir une existence légale.

A cet égard, nous nous réjouissons également du compromis trouvé entre le PM et vous-même, sur le choix de l'opérateur technique devant réaliser l'identification et l'établissement de la nouvelle liste électorale.

Nous attendons de cette opération qu'elle permette de régler une fois pour toute, le problème identitaire dans notre pays, par la délivrance à chacun, d'une carte nationale d'identité à laquelle il a droit.

Dans ces conditions, Monsieur le Président de la République, nous sommes certains de la crédibilité de la liste électorale qui en sera issue.

Nous souhaitons vivement que tout ce processus soit conduit avec une diligence qui permette l'organisation d'élections ouvertes, transparentes, et honnêtes, dans les meilleurs délais, pour une sortie de crise définitive.

Excellence Monsieur le Président,

Le Département de Korhogo connaît un grand retard dans son développement économique. Pour rattraper un temps soit peu, le retard accumulé, un plan d'urgence de type Plan Marshall s'impose ; mais surtout, une volonté politique clairement affichée doit s'exprimer en vue de sortir le département de Korhogo de son sous-développement chronique.

Les populations du Département pensent que votre visite constituera à sa manière un nouveau départ qui leur permettra de mieux affronter les défis de l'avenir.

Comme vous le savez, la visite d'un Président de la République est toujours un évènement attendu.

C'est pourquoi je voudrais avec votre permission égrener certaines de nos préoccupations qui nous l'espérons, trouveront un écho favorable auprès de vous.

1. En matière d'hydraulique

De nombreuses pompes villageoises sont en état défectueux malgré les interventions des organisations humanitaires, des services du Ministère des Infrastructures et du Conseil Général. Si l'eau qui est source de vie devient une denrée rare, les populations sont alors exposées à d'énormes risques sanitaires.

Pour certains gros villages qui en remplissent les conditions, la réalisation de l'adduction d'eau par le système d'Hydraulique Villageoise Améliorée sera salutaire.

Il est frappant qu'un chef lieu de Sous Préfecture comme Karakoro n'ait pas de réseau d'adduction d'eau et que Korhogo, la Capitale de la Région des Savanes soit confrontée à cette grave pénurie qui se traduit par un rationnement qui perdure depuis. Cela mérite d'être remédier au plus vite.

2. En matière d'électricité

Des 847 localités que compte Le Département de Korhogo, seules 85 sont électrifiées ; soit 10,03% de taux d'électrification.

Si l'on considère q'au delà de mille (1.000) habitants, l'électrification est non seulement une réalisation contribuant à la commodité de la vie moderne mais aussi, un investissement pour la sécurité collective, les populations de Korhogo vous demandent l'électrification de 85 localités additionnelles, qui fera passer le taux de couverture du Département à 20% correspondant à la moyenne nationale.

Une action vigoureuse dans ce sens comblera l'attente des populations. Il nous faut faire mention spéciale de dix (10) localités qui ont tout l'air de villages électrifiés mais qui ne le sont pas. Elles ont en effet, tous les attributs de l'électricité sauf l'essentiel à savoir, le raccordement au réseau électrique national. Un dossier spécial monté par le conseil Général avec la SOPIE vous sera remis à cet effet.

3. En matière agricole

Si nous pouvons nous féliciter de ce que depuis quelques semaines, les paysans perçoivent une partie de leur dû sur plusieurs campagnes, force est de constater que beaucoup reste à faire pour définitivement soulager ces producteurs de coton. La réalité est que beaucoup de nos compatriotes s'estiment victimes d'une politique délibérée tendant à les sacrifier sur l'hôtel de la crise.

Excellence Monsieur le Président,

Bien que compétitif, le coton africain est confronté aux effets indus de la subvention que les grands pays d'Europe et d'Amérique accordent à leurs cotonculteurs.

A cela s'ajoute la faiblesse du dollar face à l'euro avec lequel nous avons une parité fixe et le coût de renchérissement du pétrole qui rentre dans la fabrication des intrants agricoles.

Ces effets conjugués annihilent les revenus de nos braves producteurs de coton.

C'est pourquoi Monsieur le Président, nous souhaitons votre implication personnelle au coté de vos pairs africains, principalement du Bénin, du Burkina, du Mali, du Niger et du Sénégal, pour l'élimination complète des subventions qu'accordent les pays riches à leurs producteurs de coton.

Dans cette attente, il est urgent, si l'on veut éviter une disparition de cette culture de rente dont la contribution à la lutte contre la pauvreté n'est plus à démontrer, que l'Etat, utilisant la même arme, subventionne le prix d'achat aux producteurs de coton ivoiriens.

Le prix d'achat de l'anacarde n'est pas incitatif non plus et les producteurs rencontrent d'énormes difficultés de la part des spéculateurs véreux avec lesquels ils ne peuvent lutter à armes égales.

Il est impératif de relancer et de développer ces filières, aujourd'hui, les deux mamelles de la région. En particulier, nous suggérons, un rachat des usines de coton de LCCI par de nouveaux investisseurs avec une participation des fils de la région, afin q'ils soient impliqués dans le Management de ces filières essentielles.

4. En matière de santé.

Afin d'améliorer la situation sanitaire générale, nous demandons :

* La réhabilitation des infrastructures ;
* Le renouvellement des équipements ;
* L'affectation du personnel ;
* La création d'un SAMU à Korhogo ;
* La transformation des Centres de Santé Urbains des Chefs-lieux des Sous-préfectures en Hôpitaux Généraux ;
* La transformation du CHR de Korhogo en CHU.

5. En matière d'éducation

Nous devons reconnaître que l'éducation est en crise. Seule une réhabilitation des infrastructures, permettra de venir à bout d'un état de délabrement avancé. Nous appelons de tous nos v?ux le retour des enseignants titulaires. En ce qui concerne les bénévoles, grâce à qui l'école a survécu à la crise, Excellence Monsieur le Président, nous sollicitons votre implication personnelle dans ce dossier afin que ceux d'entre eux qui en remplissent les conditions puissent être recrutés à la Fonction Publique et que les autres reçoivent un intéressement approprié.

6. En matière d'infrastructures routières

Le département de Korhogo a l'un des réseaux routiers les plus importants du pays avec un peu plus de 3.580 Km de pistes. Cette voirie n'est pas praticable en toutes saisons. En plusieurs endroits, des ouvrages de franchissement sont nécessaires pour le traitement des points critiques. Nous demandons que les principaux axes routiers reliant Korhogo aux différents Chefs lieux de Sous préfectures soient butinés, en particulier, l'axe infernal Korhogo ? M'Bengué

Enfin, cinq années de crise sans entretien rendent indispensable un reprofilage lourd hors de la portée du budget du Département.

Nous comprenons bien entendu, la rareté actuelle des ressources. Mais Monsieur le Président, nous savons aussi que seul la réalisation des présentes doléances permettra de réduire de façon significative, les disparités entre notre département et les autres.

7. En matière administrative

Avec 13.400 Km² pour 453.000 habitants, repartis sur 13 Sous-préfectures, Korhogo fait partie des départements du pays.

A titre d'exemple, la localité de Ouattaradougou (Sous Préfecture de Dikodougou) est à 128 Km du chef lieu de département.

Quant à Loulo (Sous Préfecture de M'Bengué), il est 125 Km du chef lieu.

Tandis que Gama (Sous préfecture de Sirasso) est à 117 Km du chef lieu.

A l'ère où l'administration se rapproche des administrés, ces données humaines et géographiques paraissent un handicap pour notre département, à la limite des capacités physiques de tout administrateur même de bonne volonté.

Ainsi malgré la volonté affichée d'apporter le changement et le développement à ces contrées, les objectifs ne peuvent être atteints. Les efforts des administrations venant buter sur deux écueils :

* L'étendue du Département
* La modicité du budget alloué au Conseil Général : 190 millions par an depuis 2005 jusqu'à ce jour.

Korhogo se trouve logé à la même enseigne que certains départements du pays de moindre dimension. Nous n'avons eu de cesse de décrier cette répartition inéquitable des subventions puisque ici la répartition égalitaire est synonyme d'injustice.

C'est pourquoi les populations souhaitent la création de trois (3) départements supplémentaires. Car avec le nombre de Sous préfectures déjà pléthorique, nous avons de plus en plus de villages centres qui ont vocation à devenir des Sous préfectures, contribuant à alourdir davantage, le système.

La solution à nos yeux, réside dans l'érection de certaines anciennes Sous-préfectures en Département à l'instar de ce qui a été fait dans le Denguélé. En conséquence, nous souhaitons qu'il plaise au Président de la République, de créer trois (3) nouveaux départements à M'Bengué (75 Km), Sirasso (65 Km) et Dikodougou (50 Km). Ces nouvelles créations auront l'avantage de faire coïncider la visite de Monsieur le Président avec la naissance de nouvelles entités administratives, mais surtout avec l'émergence de nouveaux pôles de développement, utilisant les bienfaits de l'énergie libératrice de nouvelles forces de développement.

Toutes les préoccupations ci-dessus énumérées ont fait l'objet de la rédaction d'un livre blanc par les filles et les fils du département que nous avons l'honneur de vous remettre.

Excellence Monsieur le Président,

La réalisation de ces doléances constituera un nouvel élan pour cette région, basé sur une stimulante activité multipolaire elle-même porteuse d'initiatives créatrices de croissance.

Ce nouveau départ, les populations de cette région en ont besoin, la paix en a besoin et la Côte d'Ivoire en a besoin, à cette jonction particulière de son évolution pour l'aider à reconquérir sa place dans le peloton de tête des nations en développement.

Vive la région du nord, recomposée, vivifiée et redynamisée ;

Vive la paix retrouvée, pour que vive une Côte d'Ivoire réconciliée, solidaire et prospère.

Je vous remercie.

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