Milices du Sud - La descente aux enfers
Les forces d'autodéfense basées au Sud traversent aujourd'hui des moments d'incertitudes. Ils menacent.
Trahison et mépris. C'est le sentiment qui habite depuis quelques temps les forces d'autodéfense (Les miliciens du Sud), principalement le Groupement des patriotes pour la paix (Gpp). Si la négociation que nous avons toujours privilégiée n'apporte pas ses fruits, nous allons recourir à la violence qui semble, malheureusement s'offrir aujourd'hui comme la voie efficace. () Le temps joue contre tous, avertit Bouazo Bernard dit ?'Yokoyoko'', le patron du Gpp. Aujourd'hui, le chemin de croix parcouru par ce groupe de jeunes gens abandonnés à leur sort les a transformés et sont devenus une menace permanente pour le processus de paix en cours.
Le 8 mars 2005, les éléments du Gpp, pour la plupart des Sdf (Sans domicile fixe) sont contraints manu militari d'évacuer l'institut Marie-Thérèse Houphouët-Boigny d'Adjamé, un centre de formation de la jeune fille. La cohabitation avec les riverains était devenue de plus en plus insupportables. La révolte des populations, victimes de toutes sortes d'exactions a eu raison du Gpp qui a assiégé l'institut le 15 août 2004 au lendemain du sommet d'Accra sur la crise ivoirienne. Un mois auparavant, en février, le Gpp a maille à partir avec les unités de la police nationale dont un des éléments (un élève) a trouvé la mort. C'était au cours d'une bataille rangée et armée entre des éléments du Gpp et un groupe de jeunes élèves policiers dans les environs de l'Institut baptisé 1er Bataillon de commandos légionnaires (Bcl). C'est injuste, a réagi le jour de l'évacuation de l'Institut Grégoire Djédjé un jeune milicien. Nous ne pouvons pas partir dans ces conditions. Il nous faut rentrer avec un minimum d'argent. On nous abandonne sans rien. Comme lui, beaucoup de ses camarades retourneront en famille à Abidjan et à l'intérieur. Sans gloire. D'autres vont se retrouver au quartier Azito, à Yopougon-Niangon, la nouvelle destination du 1er Bcp. Tiraillés par la faim et vivant dans un dénuement total, des jeunes combattants de la République s'adonne une fois encore à leur péché mignon : agressions des citoyens, des commerçants pour s'emparer de leurs biens alimentaires et autres. Je ne dédouane pas à 100% ces éléments. Mais pour condamner un crime, il faut tenir compte de ses causes. Nous ne les soutenons pas, mais ils ont des excuses valables. Il faut qu'ils se nourrissent, non () Le Gpp n'a jamais roulé carrosse dans la république. C'est-à-dire qu'il n'a jamais bénéficié d'un budget constant comme c'est le cas des Fds, alors que nous faisons le même combat. Tout le monde sait ce que nous avons fait pour sauver la république et ses institutions. Nous ne bénéficions que d'assistances ponctuelles de bonnes volontés, à tous les niveaux selon la nature des besoins, explique Bouazo Bernard, assis dans son bureau au rez-de-chaussée d'un immeuble à Adjamé 220 logements. Les dossiers de ses hommes traînent ici et là. Il s'apprête à se rendre à la ?'Sorbonne Solidarité'' au Plateau pour chier. C'est-à-dire asséner ses quatre vérités aux policiers qui ont voulu l'enlever en ces lieux, mardi dernier. Ce n'est plus le grand amour des premiers jours de la guerre entre eux et les Fds (Forces de défense et de sécurité) dont ils constituaient les supplétifs. Même si certains officiers de l'armée, avec à leur tête le chef d'état-major continuent de les soutenir en sous main.
Désormais, des "ennemis" des Fds
La preuve du désamour entre les amis d'hier sera démontrée dans le sang lors des événements d'Azito, les mercredi 1er et vendredi 3 novembre 2006. Ces jours-là un fort détachement des Fds vient au secours des populations riveraines du camp d'Azito. Les forces de l'ordre sont au devant de la traque aux miliciens violeurs, voleurs, tueurs, ils aident à l'assassinat de deux éléments de Touré Moussa dit Zeguen, alors président du Gpp. Le bilan des affrontements fait 4 morts dont deux civils. Le camp déserté par le Gpp est entièrement détruit par la population. Les survivants de l'opération des représailles, près de 166 sont accueillis, à la demande du général Kassaraté Tiapé à l'école de gendarmerie et de la police nationale. Bien avant cette parenthèse douloureuse, les hommes du Gpp banderont les muscles contre les militaires du génie civil venus de Bouaké et installés à l'Institut Marie Thérèse, leur ancien camp. C'était en juin 2006. Selon les envahisseurs, c'était pour le cantonnement de nos hommes afin de faciliter leur réinsertion dans le programme Ddr (Désarmement, démobilisation et réinsertion). Des coups de feu ont été entendus de part et d'autre. Mais aucune victime n'a été enregistrée. La médiation des autorités de l'armée ramène l'ordre. Et un militaire de marteler : Ces jeunes-là se croient tout permis dans ce pays. Mais, tout cela va prendre fin bientôt. Ils ne savent pas qu'ils deviennent gênants pour le pouvoir ? Nous sommes des soldats et nous nous sommes engagés dans ce bataillon pour défendre notre pays. Pourquoi ont-ils (Fanci) tiré sur certains de nos camarades ? Nous ne sommes pas armés. Nous avons avec nous, le courage, le patriotisme et l'amour pour notre pays. Ceux qui ont tiré sont des rebelles qui sont dans le camp génie, on verra ?, la réaction des éléments du 1er Bcl.
Les hommes du "commandant" Jack Bauer cantonnés dans les bâtiments inachevés des enseignants, transformés en un centre d'instruction du Gpp (au premier pont à l'entrée de Yopougon, derrière la station Shell) menacent de tout gâter, si les autorités ne trouvent une solution à leur situation. Aux premières heures de la guerre, nous avons offert nos poitrines pour défendre les institutions et la République, sans demander de l'argent. Certains d'entre nous sont morts, d'autres blessés à vie. Voyez ce combattant là-bas, il a perdu un ?il. C'est le sergent Okou. Nous souffrons ici. Nous sommes abandonnés aujourd'hui. Nous ne pouvons pas accepter cela. Et si rien n'est fait dans un mois, ils vont nous entendreEt ça ne sera pas bon, met en garde un élément du camp. (Cf. Nord-Sud quotidien du vendredi 6 juillet). Mais ?'Jack Bauer'', tout comme Bouazo Bernard, tous les deux inscrits dans une nouvelle dynamique, invite à la patience et au calme. Nous nous battons pour un Gpp nouvelle Vision. Nous sommes résolument engagés dans le processus de paix. Il faut que les autorités nous aident à maîtriser nos éléments qui sont en train de perdre patience. Les moyens dont nous disposons sont insignifiants pour faire face aux besoins de première nécessité. Mais Dieu ne va pas nous oublier, ne cesse-t-il de plaider auprès des éléments.
"On ne croit plus aux promesses"
Mais, vendredi à Vridi (ex-hôtel Akwaba), les choses ont failli se mélanger, relève-t-il. Nous voudrions qu'on nous dise quelque chose sur notre avenir. Nous avons passé cinq ans et neuf mois aux côtés de la République pour défendre ses institutions. Et, aujourd'hui, nous sommes rejetés à la rue contrairement aux rebelles qui sont choyés, dénonce le Commandant Séry, à la tête de 158 jeunes des Forces d'autodéfense et de sécurité (Fades), transfuge du Gpp. Le même vendredi dernier, ils ont été délogés de l'Ecole nationale de police où ils ont été internés depuis la mi-décembre 2006. Depuis le 14 décembre 2006, 159 éléments du Gpp sont internés à l'Ecole nationale de police. On nous a promis monts et merveilles. Mais grande fut notre surprise quand le vendredi vers 13h30, la nouvelle directrice de l'Ecole de police, le Commissaire Atsin Viviane, vient nous demander de déguerpir les lieux dans 45 minutes au risque de nous faire bastonner et tirer dessus. Un ultimatum confirmé quelques instants plus tard par le directeur de la formation, le Commissaire Ello, explique Séry. Sans résistance, nous avons quitté l'Enp pour nous installer aux environs de la résidence du président de la République. Nous étions assis sur nos nattes quand surgit un détachement de la Crs II qui commence à nous gazer. L'opération a duré, selon lui de 16 heures à 17 heures, faisant 7 blessés et 2 disparus. Des éléments qui décrient l'attitude inhumaine des autorités menacent de paralyser Abidjan le 30 juillet : Ils ont raison. Maintenant que la guerre est finie, on nous traite comme des chiens. Au début, ils étaient chauds pour nous enrôler. Maintenant, ce sont les rebelles qui sont à la mode. Mais, ils ne savent pas qu'on peut se retourner contre eux () Avant le 30 juillet, jour du bûcher de la paix, il faudrait que le président Gbagbo trouve une solution à notre problème. Sinon, pendant que Bouaké retrouvera la paix, Abidjan sera en guerre. Nous paralyserons la ville. Le Ddr, le service civique, les responsables, tout comme les éléments n'y croient pas trop : Les promesses, on n'y croit plus. On veut du concret maintenant. Ce ne sont pas les moyens qui manquent à l'Etat. Mais, c'est un manque de volonté politique. C'est dangereux le jeu auquel nos autorités s'adonnent aujourd'hui.
Kossou Jean-Marc
Trahison et mépris. C'est le sentiment qui habite depuis quelques temps les forces d'autodéfense (Les miliciens du Sud), principalement le Groupement des patriotes pour la paix (Gpp). Si la négociation que nous avons toujours privilégiée n'apporte pas ses fruits, nous allons recourir à la violence qui semble, malheureusement s'offrir aujourd'hui comme la voie efficace. () Le temps joue contre tous, avertit Bouazo Bernard dit ?'Yokoyoko'', le patron du Gpp. Aujourd'hui, le chemin de croix parcouru par ce groupe de jeunes gens abandonnés à leur sort les a transformés et sont devenus une menace permanente pour le processus de paix en cours.
Le 8 mars 2005, les éléments du Gpp, pour la plupart des Sdf (Sans domicile fixe) sont contraints manu militari d'évacuer l'institut Marie-Thérèse Houphouët-Boigny d'Adjamé, un centre de formation de la jeune fille. La cohabitation avec les riverains était devenue de plus en plus insupportables. La révolte des populations, victimes de toutes sortes d'exactions a eu raison du Gpp qui a assiégé l'institut le 15 août 2004 au lendemain du sommet d'Accra sur la crise ivoirienne. Un mois auparavant, en février, le Gpp a maille à partir avec les unités de la police nationale dont un des éléments (un élève) a trouvé la mort. C'était au cours d'une bataille rangée et armée entre des éléments du Gpp et un groupe de jeunes élèves policiers dans les environs de l'Institut baptisé 1er Bataillon de commandos légionnaires (Bcl). C'est injuste, a réagi le jour de l'évacuation de l'Institut Grégoire Djédjé un jeune milicien. Nous ne pouvons pas partir dans ces conditions. Il nous faut rentrer avec un minimum d'argent. On nous abandonne sans rien. Comme lui, beaucoup de ses camarades retourneront en famille à Abidjan et à l'intérieur. Sans gloire. D'autres vont se retrouver au quartier Azito, à Yopougon-Niangon, la nouvelle destination du 1er Bcp. Tiraillés par la faim et vivant dans un dénuement total, des jeunes combattants de la République s'adonne une fois encore à leur péché mignon : agressions des citoyens, des commerçants pour s'emparer de leurs biens alimentaires et autres. Je ne dédouane pas à 100% ces éléments. Mais pour condamner un crime, il faut tenir compte de ses causes. Nous ne les soutenons pas, mais ils ont des excuses valables. Il faut qu'ils se nourrissent, non () Le Gpp n'a jamais roulé carrosse dans la république. C'est-à-dire qu'il n'a jamais bénéficié d'un budget constant comme c'est le cas des Fds, alors que nous faisons le même combat. Tout le monde sait ce que nous avons fait pour sauver la république et ses institutions. Nous ne bénéficions que d'assistances ponctuelles de bonnes volontés, à tous les niveaux selon la nature des besoins, explique Bouazo Bernard, assis dans son bureau au rez-de-chaussée d'un immeuble à Adjamé 220 logements. Les dossiers de ses hommes traînent ici et là. Il s'apprête à se rendre à la ?'Sorbonne Solidarité'' au Plateau pour chier. C'est-à-dire asséner ses quatre vérités aux policiers qui ont voulu l'enlever en ces lieux, mardi dernier. Ce n'est plus le grand amour des premiers jours de la guerre entre eux et les Fds (Forces de défense et de sécurité) dont ils constituaient les supplétifs. Même si certains officiers de l'armée, avec à leur tête le chef d'état-major continuent de les soutenir en sous main.
Désormais, des "ennemis" des Fds
La preuve du désamour entre les amis d'hier sera démontrée dans le sang lors des événements d'Azito, les mercredi 1er et vendredi 3 novembre 2006. Ces jours-là un fort détachement des Fds vient au secours des populations riveraines du camp d'Azito. Les forces de l'ordre sont au devant de la traque aux miliciens violeurs, voleurs, tueurs, ils aident à l'assassinat de deux éléments de Touré Moussa dit Zeguen, alors président du Gpp. Le bilan des affrontements fait 4 morts dont deux civils. Le camp déserté par le Gpp est entièrement détruit par la population. Les survivants de l'opération des représailles, près de 166 sont accueillis, à la demande du général Kassaraté Tiapé à l'école de gendarmerie et de la police nationale. Bien avant cette parenthèse douloureuse, les hommes du Gpp banderont les muscles contre les militaires du génie civil venus de Bouaké et installés à l'Institut Marie Thérèse, leur ancien camp. C'était en juin 2006. Selon les envahisseurs, c'était pour le cantonnement de nos hommes afin de faciliter leur réinsertion dans le programme Ddr (Désarmement, démobilisation et réinsertion). Des coups de feu ont été entendus de part et d'autre. Mais aucune victime n'a été enregistrée. La médiation des autorités de l'armée ramène l'ordre. Et un militaire de marteler : Ces jeunes-là se croient tout permis dans ce pays. Mais, tout cela va prendre fin bientôt. Ils ne savent pas qu'ils deviennent gênants pour le pouvoir ? Nous sommes des soldats et nous nous sommes engagés dans ce bataillon pour défendre notre pays. Pourquoi ont-ils (Fanci) tiré sur certains de nos camarades ? Nous ne sommes pas armés. Nous avons avec nous, le courage, le patriotisme et l'amour pour notre pays. Ceux qui ont tiré sont des rebelles qui sont dans le camp génie, on verra ?, la réaction des éléments du 1er Bcl.
Les hommes du "commandant" Jack Bauer cantonnés dans les bâtiments inachevés des enseignants, transformés en un centre d'instruction du Gpp (au premier pont à l'entrée de Yopougon, derrière la station Shell) menacent de tout gâter, si les autorités ne trouvent une solution à leur situation. Aux premières heures de la guerre, nous avons offert nos poitrines pour défendre les institutions et la République, sans demander de l'argent. Certains d'entre nous sont morts, d'autres blessés à vie. Voyez ce combattant là-bas, il a perdu un ?il. C'est le sergent Okou. Nous souffrons ici. Nous sommes abandonnés aujourd'hui. Nous ne pouvons pas accepter cela. Et si rien n'est fait dans un mois, ils vont nous entendreEt ça ne sera pas bon, met en garde un élément du camp. (Cf. Nord-Sud quotidien du vendredi 6 juillet). Mais ?'Jack Bauer'', tout comme Bouazo Bernard, tous les deux inscrits dans une nouvelle dynamique, invite à la patience et au calme. Nous nous battons pour un Gpp nouvelle Vision. Nous sommes résolument engagés dans le processus de paix. Il faut que les autorités nous aident à maîtriser nos éléments qui sont en train de perdre patience. Les moyens dont nous disposons sont insignifiants pour faire face aux besoins de première nécessité. Mais Dieu ne va pas nous oublier, ne cesse-t-il de plaider auprès des éléments.
"On ne croit plus aux promesses"
Mais, vendredi à Vridi (ex-hôtel Akwaba), les choses ont failli se mélanger, relève-t-il. Nous voudrions qu'on nous dise quelque chose sur notre avenir. Nous avons passé cinq ans et neuf mois aux côtés de la République pour défendre ses institutions. Et, aujourd'hui, nous sommes rejetés à la rue contrairement aux rebelles qui sont choyés, dénonce le Commandant Séry, à la tête de 158 jeunes des Forces d'autodéfense et de sécurité (Fades), transfuge du Gpp. Le même vendredi dernier, ils ont été délogés de l'Ecole nationale de police où ils ont été internés depuis la mi-décembre 2006. Depuis le 14 décembre 2006, 159 éléments du Gpp sont internés à l'Ecole nationale de police. On nous a promis monts et merveilles. Mais grande fut notre surprise quand le vendredi vers 13h30, la nouvelle directrice de l'Ecole de police, le Commissaire Atsin Viviane, vient nous demander de déguerpir les lieux dans 45 minutes au risque de nous faire bastonner et tirer dessus. Un ultimatum confirmé quelques instants plus tard par le directeur de la formation, le Commissaire Ello, explique Séry. Sans résistance, nous avons quitté l'Enp pour nous installer aux environs de la résidence du président de la République. Nous étions assis sur nos nattes quand surgit un détachement de la Crs II qui commence à nous gazer. L'opération a duré, selon lui de 16 heures à 17 heures, faisant 7 blessés et 2 disparus. Des éléments qui décrient l'attitude inhumaine des autorités menacent de paralyser Abidjan le 30 juillet : Ils ont raison. Maintenant que la guerre est finie, on nous traite comme des chiens. Au début, ils étaient chauds pour nous enrôler. Maintenant, ce sont les rebelles qui sont à la mode. Mais, ils ne savent pas qu'on peut se retourner contre eux () Avant le 30 juillet, jour du bûcher de la paix, il faudrait que le président Gbagbo trouve une solution à notre problème. Sinon, pendant que Bouaké retrouvera la paix, Abidjan sera en guerre. Nous paralyserons la ville. Le Ddr, le service civique, les responsables, tout comme les éléments n'y croient pas trop : Les promesses, on n'y croit plus. On veut du concret maintenant. Ce ne sont pas les moyens qui manquent à l'Etat. Mais, c'est un manque de volonté politique. C'est dangereux le jeu auquel nos autorités s'adonnent aujourd'hui.
Kossou Jean-Marc