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Indemnisation des victimes de guerre/ Louis Dacoury-Tabley: Le gouvernement doit prendre ses responsabilités

Le ministre Louis André Dacoury-Tabley présente les acquis et les perspectives de la Journée nationale de la Solidarité. La solidarité est une force. Tel est le thème que vous avez choisi pour la 3e édition de la Journée nationale de la solidarité (JNS) prévue le lundi. Quelle est cette force que vous voulez mettre en exergue à cette occasion?
Nous avons toujours dit que la solidarité est une denrée dont tout le monde dispose mais de façon plus ou moins inconsciente. Nous l'avons définie comme étant une dépendance mutuelle. En clair, j'existe grâce à l'autre. Si je n'en ai pas conscience, je peux détruire cette richesse que l'autre représente pour moi. Notre rôle en tant que ministère est de le rappeler aux Ivoiriens. D'autant qu'il semblerait que c'est parce qu'on a perdu conscience de cela que ce qui nous est arrivé (la crise armée. Ndlr) nous est arrivé. Certes, il y a eu dans le passé un ministère chargé de la Solidarité. Mais les missions de ce ministère et la nôtre sont bien différentes. La mission du ministère de la Solidarité, dans le cadre de la crise que nous connaissons, est principalement de recoudre le tissu social. C'est pour cela que nous parlons de la solidarité comme étant une force. La force de la chaîne qui a des maillons. La chaîne n'est solide que quand elle est constituée de maillons solides. La force dont nous parlons est la force morale, celle de se sentir pris en compte par la société où on vit, dans tous les secteurs: au plan économique, culturel, politique et même affectif. La force de se sentir un avec les autres, dans une République une et indivisible. C'est ce comportement que le gouvernement nous a demandé d'étudier et de promouvoir. Le pays dispose-t-il de mécanismes de solidarité aujourd'hui?
Il y a ce que les scientifiques appellent la solidarité organique et la solidarité mécanique. La solidarité organique relève des réflexes humains, naturels, traditionnels. En Afrique, la solidarité est perçue comme une donnée naturelle. Les gens la vivent sans même y penser. Mais les villes ont fini par transformer les populations et altérer la solidarité qu'il y avait entre elles. De sorte qu'il y a eu besoin de la reconstituer avec l'appui des institutions. Elle devient alors mécanique. Il y a le social classique. Mais nous sommes plutôt dans l'autre dimension où on met les gens en situation de reconnaître l'autre. C'est pourquoi, en plus des institutions qui existent, tel le ministère de la Famille, de la Femme et des Affaires sociales, nous avons créé des mécanismes au niveau du ministère, tel l'Observatoire de la solidarité. Pour nous, c'est un instrument important, même si pour le moment, à cause de la situation du pays, il n'est pas encore opérationnel. Mais après la normalisation, le Président qui sortira de l'élection prochaine ne pourra pas s'en passer. Il ne pourra que l'enrichir. Car c'est cet Observatoire qui va aider le gouvernement à pousser les citoyens à se comporter selon la bonne gouvernance que tout le monde souhaite.
Comment?
L'Observatoire est constitué de points focaux dans les ministères et les institutions. Mais nous comptons en mettre dans les régions, les départements, les sous-préfectures, les communes, les villages et même dans les entreprises. Leur mission première sera de veiller au bon comportement des citoyens. Bref, l'Observatoire est chargé de veiller à ce que la chaîne de la société ivoirienne ne soit pas rompue. L'établissement d'un certificat de nationalité, par exemple, coûte 500 F. Mais si on demande au citoyen, ou si on le met dans une situation telle qu'il doit débourser plus de 500 F pour obtenir cette pièce, pour des raisons qu'on devine, alors il y a rupture de la chaîne. Il y a là refus de la mission pour l'institution chargée d'établir les certificats de nationalité. La bonne gouvernance n'est pas observée. Et l'Observatoire doit le dénoncer auprès du gouvernement. Vous comprenez que si cet instrument est bien construit et qu'il est agréé par les futurs gouvernants, il va aider toute la population à revenir progressivement au respect des normes et des lois. C'est le respect des lois qui protège les citoyens dans le pays. Dès lors qu'elles ne sont pas respectées, eh bien, les citoyens sont fragilisés. Or la fragilisation des lois amène à la déflagration qui, elle, conduit au conflit. Avec ses points focaux, l'Observatoire s'informe sur les comportements des citoyens de façon régulière. Et de façon plus ponctuelle et plus officielle, le 25 août de chaque année, à la célébration de la Journée nationale de la solidarité, il fait son bilan. Mais entre deux célébrations de la Jns, il est chargé de donner au gouvernement les informations qu'il faut en vue de prendre des dispositions pour empêcher telle ou telle dérive. Vous avez dit qu'il n'est pas encore opérationnel. Oui, il n'est certes pas encore opérationnel, mais quelque chose est en train d'être fait. Nous avons proposé l'idée de l'Observatoire au gouvernement qui a pris un décret pour sa création au plan réglementaire. Aujourd'hui, nous sommes au stade de son effectivité. Cela signifie qu'il faut le budgétiser, car c'est un établissement public national (Epn), qui a un directeur et tous les autres services que ce genre de structures comportent. Il est chapeauté par un comité de gestion de 11 membres, qui est assisté par un comité consultatif de plus de 25 membres. Il comprendra également un comité scientifique. Ces comités comprennent toutes les couches sociales ivoiriennes. Tout cela a besoin de fonctionner. En clair, la mise en ?uvre de l'Observatoire ne sera effective que si ses instances, y compris les points focaux, les commissions régionales, etc. fonctionnent. Pour l'instant, nous essayons de voir le budget qu'il faut. Peut-être que l'année prochaine, il sera budgétisé et entrera progressivement en action. Pour l'heure, nous avons nommé le directeur, le président du comité de gestion, le président du comité consultatif, trouvé le siège. Mais l'Observatoire ne sera opérationnel que s'il est totalement budgétisé. M. le ministre, ne craignez-vous pas que l'Observatoire, tel que vous l'avez conçu, soit perçu comme un concurrent de la société civile?
Dans le principe, le rôle d'un gouvernement est de gérer la vie quotidienne des citoyens. Ainsi, quand dans un domaine donné, il y a un besoin et qu'aucune entreprise privée n'y exerce, le gouvernement s'y met. Il peut créer des sociétés d'Etat pour régler des problèmes même d'ordre économique. Et après, s'il y a des opérateurs économiques privés qui y investissent, alors, il se retire progressivement pour leur faire la place. En Côte d'Ivoire, il y eu un déficit de solidarité constaté qui s'est matérialisé par un conflit. Le gouvernement estime qu'il faut organiser la solidarité avec un instrument, l'Observatoire. Il est vrai que de manière ponctuelle, il y a des Ong, des associations qui en parlent. Mais en ont-elles les moyens? Alors, en créant un instrument de veille et d'éveil, c'est justement pour permettre à ces associations et volontaires de venir vers lui et d'organiser le travail. Il y a plutôt complémentarité et non concurrence entre eux. Mais si un jour, les Ong, les associations estiment qu'il faut créer un observatoire pour être plus critiques, alors, ce serait tant mieux. Mais en attendant, le gouvernement va assouvir le besoin qu'il a ressenti en la matière. Après Abidjan en 2006 et Abengourou en 2007, cette année, vous avez choisi Daloa pour abriter les festivités officielles de la Jns. Y a-t-il une explication à ce choix?
Il y a deux types de considérations que nous prenons en compte pour le choix de la localité. Il y a certaines villes où il y a vraiment eu des conflits et d'autres qui en ont vécu de façon indirecte. Cela est valable tant dans le nord que dans le sud. Comme nous sommes dans la dynamique de retrouvailles, de réconciliation et d'apaisement, nous faisons en sorte d'alterner les deux. Ainsi, l'année dernière, nous avons choisi Abengourou qui a vécu les effets du conflit de manière indirecte, au sud. Cette année, on aurait pu choisir une ville du nord. Mais il se trouve que Bouaké a abrité récemment la commémoration de la Flamme de la paix. Nous avons opté pour Daloa parce que cette ville, quoiqu'au sud, a vécu le conflit à un moment donné. Toutefois, en dehors de Daloa, il y a neuf autres villes qui vont solennellement célébrer la Journée, contre seulement trois en 2007. Quel bilan établissez-vous des précédentes éditions de cette Journée, notamment la 2e que vous avez célébrée le 25 août 2007 à Abengourou?
Et que reste-t-il à faire?
Au ministère, nous pensons que le fait même d'avoir fait mousser le concept de solidarité est une source de satisfaction. Le fait de parler de solidarité telle que nous le voyons, participe à l'apaisement. Nous pensons que la célébration de la Journée nationale de la solidarité a aidé à réduire les idées négatives. Le bilan de 2006 a été que dans quatre localités qui ont accueilli la cérémonie, on a réussi à créer les conditions d'apaisement, de convivialité, des retrouvailles. La célébration de 2007 a créé un véritable engouement des villes pour l'accueil de la cérémonie en 2008. De sorte que cette année, nous avons refusé des localités. C'est pour dire qu'au fond, la confiance revient entre les gens. Et puis, après Abengourou, sont intervenues l'institution de l'Observatoire, l'organisation des états généraux de la solidarité et l'institution de l'Ordre du mérite de la solidarité qui est le dixième ordre spécifique en Côte d'Ivoire. Je rappelle que le neuvième date de 1991. Quelles sont les grandes articulations de la cérémonie officielle de cette année?
La troisième Jns va nous permettre de communiquer notamment sur les instruments de la solidarité dont je viens de parler. L'année dernière, nous en parlions en termes de projets. Aujourd'hui, il s'agit de les montrer au public. Daloa, samedi (aujourd'hui. Ndlr) matin, il y aura une conférence sur le thème: La solidarité est une force. L'on tiendra compte de la conception de la solidarité dans cette localité. Il en sera de même dans chacune des neuf autres localités qui accueilleront des manifestations. Le soir, il va y avoir un concours de théâtre organisé par des jeunes et des femmes sur le même thème, avec des récompenses. Le lendemain matin, il y aura un cross populaire dans la ville avec des prix au bout du parcours. L'après-midi du dimanche sera marqué par un match de football. Puis, le lundi 25 août, ce sera la cérémonie officielle où l'élément clef sera la décoration des personnes que nous avons estimées avoir eu des comportements qui ont promu la solidarité, dans l'Ordre du mérite de la solidarité. Ce seront, entre autres, des membres du gouvernement, des personnalités de la presse, des personnalités administratives, religieuses, coutumières, des Ong, le monde des affaires, qui recevront les médailles. Il y aura cinq commandeurs, huit officiers et quinze chevaliers, soit au total 28 médaillés. Vous avez affirmé, à la deuxième édition de la Jns, que l'émergence de la nouvelle idée de nation est le défi majeur que doivent relever les institutions et autres acteurs politiques chargés de la solidarité et de la cohésion sociale. Un an après, pensez-vous avoir été entendu?
La nouvelle idée de la nation obsède, aujourd'hui, tous les citoyens mais beaucoup plus tous ceux qui affirment vouloir gérer la nation. Et l'institution d'un ministère de la Solidarité, un autre de la Réconciliation ainsi que de la Reconstruction, pour ne parler que de ces trois ministères, est la manifestation de cette obsession. C'est justement par rapport à cette idée de la solidarité que nous avons pensé à créer l'Observatoire. Pour arriver à cette nouvelle Côte d'Ivoire qui est dans l'esprit de tous d'aller aux élections. C'est la seule plate-forme que tous peuvent avoir. C'est-à-dire le nouvel Ivoirien. L'on pourra me rétorquer que ça peut être un nouveau négatif comme un nouveau positif. Mais je pense qu'avec ce que nous avons tous vécu ensemble, nous avons une idée de la nouvelle Côte d'Ivoire, c'est-à-dire une Côte d'Ivoire moins corrompue, un peu plus morale, où les citoyens sont plus consciencieux dans le travail, où ils acquièrent progressivement le sens de l'effort individuel pour pouvoir sortir de la situation dans laquelle ils se trouvent.
Le gouvernement est lui-même conscient de ce qu'il faut une nouvelle Côte d'Ivoire. Mais nous tendons vers les élections et il appartiendra au nouvel élu de faire en sorte de la construire.
De plus en plus, beaucoup de jeunes qui ont plus ou moins participé aux manifestations durant la crise, que ce soit aux côtés du mouvement armé que du camp présidentiel, estiment qu'ils sont oubliés. Quel message à leur endroit ?
Quand on est dans une situation particulière, on peut penser qu'on est délaissé. Mais il se trouve que de façon générale, nous sommes dans une situation qui n'est ??pas normale''. Le gouvernement actuel permet tout simplement l'arrêt des conflits et l'apaisement. C'est la raison pour laquelle il y a une obsession à aller aux élections pour rendre plus homogènes et le gouvernement et les projets à réaliser. Mais il se trouve que pour sortir de cette crise, il y a des dispositions incontournables. Il y a des activités incontournables telle la réinsertion des jeunes. C'est prévu dans les textes. Mais il y a en ce moment des difficultés financières qui font qu'on a l'impression que rien ne se fait. La situation de précarité ne concerne pas uniquement les jeunes, elle est générale. Elle est économique, sociale et même politique. Nous sommes dans une situation de crise et lorsque l'on parle de situation post-crise, cela veut dire que les conflits se sont arrêtés. Cependant, c'est ensemble que nous devons chercher comment rebondir. Je comprends que les uns et les autres se sentent oubliés; mais personne ne l'est puisque lorsque nous lisons ce qui est écrit. En théorie, tout le monde a été pris en compte au regard de toutes les structures mises en place. Notamment le Pnrrc, le Service civique. Ces structures existent pour prendre en compte tous ces jeunes quand les conditions seront remplies. Mais actuellement, on traverse une vague et tout le monde en souffre. L'appel que nous pouvons lancer à ces jeunes, c'est d'être persévérants, courageux, de ne pas céder à des tentations quelconques. D'où la solidarité nationale, c'est-à-dire qu'il faut que nous nous entraidions pour nous en sortir ensemble.
Il est vrai que vous avez apporté un appui à certaines victimes de guerre. Mais peut-on avoir une idée de vos réalisations concrètes et des grands chantiers qui restent?
Pour ce qui est des victimes de guerre, il faut retenir trois choses : l'identification, le retour et l'indemnisation. Mais avant, en même temps que nous faisons l'identification, il y a l'assistance. Pour ce point, nous avons fait avec les moyens dont nous disposions. Nous avons une Cellule solidarité et action humanitaire (Csah) qui tente, selon les moyens mis à sa disposition, d'assister les gens au plan scolaire, médical et même basique. Dans le même temps, il faut identifier les victimes de guerre et les déplacés. Mon prédécesseur avait fait une identification pilote et depuis notre arrivée, nous été sur toute l'étendue du territoire, sauf Abidjan, Anyama et Bouna. Là aussi, les problèmes budgétaires rendent les opérations lourdes mais l'identification est très avancée. Nous ne prétendons pas avoir tout fait parce qu'il y a des cas résiduels, parce que malgré la sensibilisation, les gens ne viennent qu'après coup alors que nous avons un temps de séjour dans les localités. Les préfets nous ont souvent sollicité, nous avons donc pensé à mettre en place des équipes volantes pour l'identification des résiduels. Le retour des déplacés n'est pas encore total. Pour ce qui est du retour des déplacés, nous avons conçu un programme d'aide chiffré que nous avons proposé au gouvernement. Mais toujours, pour des problèmes budgétaires, ce programme n'a pas été financé. Comme nous ne pouvions pas rester les bras croisés, nous nous sommes tournés vers les organismes humanitaires internationaux en place. Avec eux, nous avons réussi à faire des opérations ponctuelles de retour et de réinsertion avec le Pnud et le Hcr, que je salue au passage. Nous avons réussi à faire partir des gens. Il y a aussi d'autres organisations comme les Fonds norvégien, suisse, etc. avec qui nous essayons de soulager ceux qui veulent rentrer. A côté de ces opérations, nous constatons que des gens qui ne peuvent pas, toute leur vie, demeurer dans une situation de précarité chez des parents sur qui ils ont suffisamment pesé, décident parfois de retourner d'eux-mêmes. Il y a même des personnalités originaires de certaines régions qui font valoir leur position sociale pour aider à des retours. Elles viennent souvent nous voir et nous les assistons dans le retour de leurs parents et leur réinsertion. Cela fait partie des critères qui ont prévalu au choix de ceux que nous voulons décorer. Cette situation peut peut-être compliquer la tâche des indemnisations au moment où il y aura effectivement un financement. Mais comme les déplacés auront été préalablement identifiés, ce ne sera pas aussi difficile. Le problème, c'est qu'il ne faudrait pas qu'on donne l'impression de privilégier ceux qui sont déplacés; parce que ceux qui sont restés sont aussi des victimes de guerre. Justement, qu'est-ce qui bloque les indemnisations?
Nous avons proposé un projet d'ordonnance au gouvernement en vue de l'indemnisation des victimes de guerre. Il n'a été examiné qu'une seule fois au niveau du Conseil du gouvernement. Mais je pense que le sujet étant très sensible, il fait l'objet d'une attention particulière de la part et de la Primature et de la Présidence de la République. Notre souhait est que le pays revienne à la normale et qu'on puisse entrer dans la phase d'indemnisation des victimes de guerre. Car, je pense qu'une activité d'un ministère des Victimes de guerre en tant que tel, ne peut perdurer. Cela suppose que notre ministère à un moment donné, peut se défaire du volet Victimes de guerre. Quand les indemnisations débuteront, elles se feront dans un office selon un calendrier, une cadence établie. Parce que si la situation actuelle perdure, elle peut créer des frustrations et on aura beau parler de paix, les gens se tiendront tranquilles, mais ils ne penseront pas moins négativement. Il est donc bon, comme cela est prévu dans les textes, que l'Etat prenne effectivement ses responsabilités. C'est cela mon souci aujourd'hui. Car la solidarité de l'Etat envers les citoyens, basiquement, réside dans le fait de les soulager dans la détresse. C'est pourquoi l'indemnisation est très importante pour eux. Êtes-vous parvenu à convaincre les victimes de guerre de patienter face à ce dossier qui dure depuis des années?
Nous avions le devoir de les prévenir de la situation et nous l'avons fait suffisamment, à mon avis. Mais c'est un besoin. Il est possible que face à leurs difficultés, ils oublient que nous l'avons dit et qu'ils reviennent à la charge. Sinon, nous avons suffisamment expliqué que le projet de loi ou le projet d'ordonnance existait et était en place et que nous attendions qu'au plus haut niveau, le top départ soit donné. C'est un dossier très sensible, je l'ai souvent dit et je le répète. Je leur demande de patienter, c'est l'affaire du gouvernement, ce n'est plus l'affaire du ministère en tant que tel. Le ministère a déposé les documents tels qu'on le lui avait demandé, il reste maintenant à décider des indemnisations qui sont des charges très lourdes. Parce qu'indemniser des Ivoiriens suppose, comme nous l'avons proposé, de trouver des modalités. Ne pouvant pas le faire d'un coup, il faudra budgétiser, chaque année, un certain montant. C'est ce qui est certainement en train d'être fait. M. le ministre, quel est l'état de santé de votre département sur le plan des ressources humaines, financières?
Et quelle est la nature de vos rapports avec les associations des victimes de guerre?
S'agissant des rapports avec les associations des victimes de guerre, quand je suis arrivé dans ce ministère, j'ai constaté qu'en fait d'associations, il y avait tout simplement quelques personnes qui constituaient un petit groupe et qui affirmaient être des représentants des victimes de guerre. Nous avons constaté un certain nombre de pratiques. Par exemple, des associations qui ont prétendu identifier des victimes de guerre moyennant paiement. Alors que le ministère avait des normes en matière d'identification des victimes. Etant donné que l'indemnisation en elle-même est personnelle, nous avons dit à toutes les victimes que le ministère leur était ouvert. C'est ainsi que nos équipes ont sillonné les localités pour les identifier. Aujourd'hui, nous travaillons avec quelques- unes d'entre elles qui nous paraissent sérieuses mais que je ne nommerai pas.
S'agissant du ministère, tout se passe très bien. La Sogepie a mis à notre disposition des bureaux, les fonctionnaires arrivent librement et ils s'en vont aussi librement. Vous savez que nous sommes un ministère où il n'y a pas de primes particulières. Mais il y a une bonne circulation, nous avons aujourd'hui du monde. Sur ce plan, je rends hommage au ministre de la Fonction publique et de l'Emploi ainsi qu'à celui de la Construction de l'Urbanisme et de l'Habitat. Ce qui nous gêne un peu, c'est que nous n'avons pas d'établissement qui puisse générer des ressources, donc nous ne pouvons recruter que des fonctionnaires. Quelles dispositions avez-vous prises pour la rentrée scolaire des enfants victimes de guerre?
Nous sommes à la troisième rentrée scolaire dans cette situation. La Cellule solidarité action humanitaire s'occupe de cette question dans la mesure de nos possibilités. En outre, les personnes concernées savent qu'il y a des établissements qui nous donnent des bourses que nous mettons à leur disposition.



Interview réalisée par Paulin N. Zobo et Pascal Soro

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