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Lutte contre la traite des enfants : Le ministre Hubert Oulaye évalue le coût du plan à 3,940 milliards

Vous avez lancé récemment le plan d'action de lutte contre la traite et les pires formes du travail des enfants. Quels en sont les grands axes ?
La question de l'enfant a pris un relief particulier en 2000, lorsque notre pays a été taxé de pays esclavagiste à l'égard des enfants. A cet effet, le gouvernement, qui en vérité n'est concerné en rien dans cette sphère-là, a décidé de prendre le taureau par les cornes et d'agir pour que les enfants soient traités comme il convient, aussi bien selon notre moral philosophique que les normes internationales dans ce domaine. Nous avons sillonné tout le pays et tous les lieux où il fallait faire passer ce message. Notamment à Londres, aux Etats-Unis et à Genève pour expliquer aux autres qu'il y avait une méprise dans cette affaire. Je crois que nous avons été compris. Mais il fallait aller plus loin pour montrer qu'il n'en est rien. Sur quoi portent ces actions que vous avez entreprises ?
De l'année 2000 à 2002, nous avons adopté les conventions fondamentales de protection de l'enfant au regard du Bureau International du Travail (BIT), notamment les conventions 138 et 182 qui prescrivent l'âge minimum de travail des enfants et une protection contre les pires formes de travail des enfants. Nous avons fait adopter à long terme un certain nombre de dispositions protectrices. Le gouvernement a passé des accords bilatéraux avec des Etats voisins d'où nous viennent les enfants qui font l'objet de la traite. Mais, ce qui est important, c'est qu'à partir de 2000, nous avons vraiment pris conscience de l'existence dans notre pays d'un phénomène de traite et de travail dangereux des enfants. Il n'y a pas d'enfants esclaves, mais il y en a qui sont livrés à des travaux dangereux, par rapport à leur âge et leur santé. Que recouvrent les concepts pires formes de travail et trafic d'enfants ?
Il y a deux formes de travail. Le travail autorisé et organisé, dans des conditions admises par le BIT, et le travail obligatoire. Parlant de travail autorisé, il s'agit d'éviter que les enfants ne le fassent dans des conditions inacceptables. Quant au travail dangereux, on parle de travaux de nuit qui sont interdits aux enfants. Le travail dans la cacaoculture est considéré également comme un travail dangereux parce que l'enfant se sert d'une machette, ainsi que de pesticides qui ont des effets dangereux sur sa santé. Le fait que l'enfant porte des charges lourdes a des effets néfastes sur sa santé également. Tout ceci existe en Côte d'Ivoire. Mais il faut savoir que chez nous, le travail des enfants fait partie de notre culture, de nos traditions. C'est aux côtés des parents que les enfants apprennent. C'est une forme de socialisation de l'enfant qui, dans ces conditions, n'est pas vue comme de l'esclavagisme. Quant à l'esclavage, on en parle lorsque l'enfant a été mis à la disposition d'un maître qui dispose de lui comme il l'entend, sans le rémunérer. Il le traite sans aucune considération. Maintenant, en ce qui concerne le trafic des enfants, il y a le fait que des personnes font venir les enfants de pays voisins pour les mettre à la disposition de certaines personnes sans que les conditions de travail soient définies au préalable. Un enfant livré à un planteur qui n'est pas son père ne sera pas traité par ce dernier avec les mêmes précautions qu'il aurait prises s'il s'agissait de son propre fils. Les études que nous avons faites ici ont révélé que la traite est alimentée par des étrangers. Ceux-ci utilisent les enfants dans des champs de cacao, dans des exploitations artisanales de mines, dans la recherche de l'or. Car, il paraît que les enfants attirent l'or. Combien sont-ils, les enfants qui travaillent dans les plantations?
Nous avons engagé une étude financée sur fonds français à travers le BIT. Cette enquête visait à établir le phénomène aussi bien dans sa dimension qualitative que quantitative. Beaucoup de chiffres ont été avancés, sur lesquels je ne veux pas m'aventurer. Ce qui est clair, c'est que c'est un phénomène d'ampleur dans lequel il faut faire preuve de discernement. Les enfants qui sont avec leurs parents n'y sont pas comme de vrais travailleurs, mais bien pour apprendre à leurs côtés. C'est pourquoi nous avons décidé de mener une action coordonnée et réfléchie à travers un plan approuvé par le gouvernement. Quel est le coût du plan d'action?
Permettez-moi d'abord de vous donner quelques éléments essentiels. Il y a d'abord le renforcement du cadre juridique en termes de droit, de règlement qui doivent nous permettre de nous attaquer à ce phénomène et d'aboutir à des résultats. Car le cadre juridique que nous avons aujourd'hui est insuffisant parce qu'il n'y a pas de loi sur la traite des enfants. Il n'y a pas également de loi qui réprime le travail dangereux des enfants, alors que nous avons signé des conventions pour les éliminer. Il y a aussi le diagnostic de la situation. Quelle est la géographie de ce phénomène ? Où rencontre-t-on le plus d'enfants qui travaillent ? Quel est leur nombre ? Parce que nous affirmons beaucoup de choses, sans être en mesure de déterminer l'ampleur exacte de la situation. Tout cela s'évalue à 3 milliards 940 millions.
Vous affirmez que l'Etat peut payer 1 milliard
Sur ces 3 milliards 940 millions, le gouvernement a pris en charge un milliard 947 millions. Presque deux milliards sur lesquels nous avons déjà un accord avec le ministère de l'Economie et des Finances. A cause des problèmes de trésorerie, nous travaillons au fur et à mesure qu'on nous donne de l'argent. Mais nous sommes déjà avancés sur certains travaux comme le cadre juridique. Nous sommes à l'avant-projet de loi sur la traite et le travail des enfants. Nos partenaires ne nous feront pas de difficultés pour le reste de l'argent. Quelles solutions envisagez-vous pour la réinsertion des enfants qui sortiront des plantations?
L'objectif de ce plan est de proposer des solutions qui prennent en compte tous ces éléments. Prenons les cas les plus extrêmes dans lesquels l'enfant est à 30 km d'une grande ville, dans un campement auprès de son père, dans une plantation de café et de cacao. Nous ne voulons pas que cet enfant aille à la plantation. Cela veut dire que nous avons l'obligation d'implanter dans le secteur une école et de créer à côté de cette école des conditions minimales pour que l'enfant s'y rende. Si le parent n'a pas d'argent, il faut donc qu'il y ait une cantine, un dispensaire et des pistes d'accès. C'est donc tout cet ensemble qui va être proposé et qui va faire l'objet de financement. Pour les enfants qui sont l'objet de traite, nous avons prévu des centres d'accueil. Ceux qui sont en âge de recevoir des formations seront placés dans des centres où ils recevront une formation qualifiante pour qu'ils puissent eux-mêmes faire quelque chose en conformité avec les normes de travail. Ce sont ces objectifs précis que nous avons, mais qui dépendent des moyens à mettre à notre disposition. Au moment où vous présentez un plan d'action, la Primature nous parle d'une stratégie sur la certification du cacao. Apparemment, vous vous marchez sur les pieds
Le programme de certification est un élément du plan. Puisque la certification vise à lutter contre le travail des enfants dans un domaine précis qui est celui de la cacaoculture. Et comme nous avons une contrainte dans ce domaine due à la menace qui a été bien précisée en son temps, nous sommes obligés d'enlever ce point et de le traiter de façon particulière. Une équipe est mise en place à cet effet, parce que nous ne pouvions pas attendre de finir de mettre en ?uvre notre plan avant de nous en occuper, surtout que nos partenaires ont émis le voeu de ne plus voir d'enfant dans nos plantations. Nous ne nous marchons donc pas dessus. Et je suis d'ailleurs celui qui conduit le plan national. Je suis aussi à côté du Premier ministre celui qui dirige la certification. D'ailleurs, les actions qui sont menées sur la certification permettent de montrer à nos partenaires que nous travaillons sur la question. C'est une chance qu'on nous donne après celle de 2005, date à laquelle nous devrions avoir sorti 50% des enfants dans toutes les plantations de cacao. Nous n'avons pas pu respecter ce délai à cause du contexte. Aujourd'hui, nous avons une échéance qui nous projette à juillet 2008. Et nous ne sommes pas très loin.



Interview réalisée par Marcelline Gneproust

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