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Le Patriote
· 3 min de lecture

Les archives de la douleur

La poudre de perlimpinpin. Cette expression serait une allusion aux diverses poudres que les marchands tentaient de vendre en prétendant qu'elles étaient capables de résoudre n'importe quel problème. Cela sous-entend que ce remède soit disant magique et miraculeux n'est, en fait, d'aucune efficacité. Ramenée à l'actualité nationale, l'expression pourrait bien caricaturer les trois jours de présence du chef de l'Etat dans le Nord ivoirien, en fin de semaine dernière. Laurent Gbagbo, s'est déplacé dans la partie septentrionale du pays avec dans sa besace, mille et une promesses. Plus d'une vingtaine de réalisations socioéconomiques ont été garanties aux populations du Nord, éprouvées depuis cinq longues années. Pourtant, cette visite qui révélait un symbole plus qu'immense, devait être l'occasion pour le Président de la république de soigner les plaies ouvertes, dont la prise des armes par des soldats révoltés, n'a été que la manifestation. Pourquoi, le Nord s'est-il révolté ? Comment éviter les frustrations dans ce pays ? En partie, les activités de Gbagbo et ses discours, à l'occasion devraient tourner autour de ces problématiques permanentes. Mais, le chef de l'Etat a surtout préféré enfiler le manteau de Merlin l'enchanteur. Il a promis au cours de ces 72 heures, deux fois plus qu'il n'en a fait lors de la campagne électorale qui l'a porté au pouvoir. Au moment où son gouvernement tend la main à la communauté internationale pour le financement de la sortie de crise et de la reconstruction, Gbagbo, lui, plutôt ému de la présence des milliers de personnes, devance tout le monde, et ouvre, pour le prochain trimestre, des chantiers de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA. Visiblement, les populations du Nord qui savent d'où elles viennent, attendaient mieux : Pourquoi en est-on arrivé à la rupture ? C'est bien beau de marteler à longueur de discours que la Cote d'Ivoire est une et indivisible . Mais, dans les faits quotidiens, beaucoup de ceux qui ont écouté Gbagbo, souffrent de l'injustice, des délits de patronyme. Le Nord voulait savoir si la guerre avait, enfin, fait comprendre aux uns et autres, que l'unité nationale et l'égalité doivent primer sur toutes les autres considérations. Si le processus d'identification en cours va se dérouler dans les conditions d'équité et de justice ; si, enfin, les élections seront organisées dans la transparence, laissant aux Ivoiriens de toutes origines, la possibilité de briguer le suffrage de leurs compatriotes Hélas, ces questions essentielles resteront sans réponses. Le fossé reste donc grand et le contentieux, entier, entre Gbagbo et son Nord qu'il refuse de perdre. L'arrivée de Gbagbo au pouvoir dans les conditions qu'il a lui-même qualifiées de calamiteuses , la gestion des différentes crises politico-militaires qui ont jalonné son quinquennat, ont laissé des séquelles de discrimination et d'injustices que des promesses de construction, même de la plus grande métropole d'Afrique dans la savane, ne sauraient compenser. Pour les injustices, il convenait de demander pardon. Ni plus, ni moins. Au nom de la République. Au nom de l'unité nationale et au nom de l'impartialité de l'Etat. Le Premier ministre Guillaume Soro, l'a humblement fait avant d'entrer en fonction. Ce n'est pas qu'il reniait son combat ou ses convictions. L'histoire, il est vrai, c'est le passé, et il faut construire l'avenir. Mais, nous apprend l'écrivain autrichien Peter Handke, on ne tourne les pages qu'après les avoir lues . Convenons-en, le pardon devrait être la condition nécessaire à la réconciliation.
Lors des événements que le pays a connus, il y a eu des barbaries et des morts dans tous les camps. Mais, la personnalité qui a fait le serment de protéger la Côte d'Ivoire et ses citoyens, d'être droit envers tout le monde et injuste envers personne, n'est autre que Laurent Gbagbo. Gbagbo serait sorti grandi s'il avait ouvert les archives de la douleur. Ce n'est pas remuer le couteau dans la plaie. Mais, ça aurait été, pour sûr, un exorcisme réparateur. En décidant de construire l'avenir sur des bases fausses, au départ, le chef de l'Etat a laissé sous-entendre qu'il n'éprouve aucun, sinon très peu de remords face aux populations qui restent encore traumatisées, plus par les trois jours de bombardement intenses des avions de guerre, que par ces soixante trois mois de crise qui ont vu l'administration publique plier bagage et disparaître.
Les populations du Nord ont certainement le sentiment que Gbagbo a mal lu leur colère. La guerre a bien des causes qui sont connues et tournent autour des questions identitaires et de l'Ivoirité. Aussi longtemps que persistera ce sentiment, les relations resteront difficilement paisibles l

PAR CHARLES SANGA

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Article publié par Le Patriote et référencé par 225.ci.