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Le Patriote
· 3 min de lecture

Rugby - Max Brito, la vie immobile

Ancien trois-quarts aile de l'équipe de Côte d'Ivoire, tétraplégique depuis 1995 à la suite d'un accident de jeu, Max Brito, 39 ans, suit la Coupe du monde de rugby à la télévision. Sans haine ni rancoeur. Il y "prend même du plaisir". Le rugby lui a pourtant volé sa vie. Mais il n'en veut à personne. Ni au rugby ni à qui que ce soit. "A qui devrais-je en vouloir ?", lance-t-il, cet après-midi-là dans sa petite maison des environs de Bordeaux. Il dit que ce qui lui est arrivé aurait pu se produire partout, en voiture, dans la rue, en sortant de chez lui. "En vouloir à la terre entière ne ferait que m'enfermer dans la haine." Max Brito aimait le rugby avant son accident. Il l'aime tout autant aujourd'hui, raison pour laquelle il ne rate aucun match sur TF1 et parie des bouteilles de vin sur l'équipe de France avec ses deux frères, Patrick et Fabrice, eux aussi anciens joueurs. Samedi 29 septembre, il s'est même rendu au stade Chaban-Delmas, sanglé dans son fauteuil électrique, pour assister à la rencontre Australie-Canada. Personne, dans la foule, ne l'a reconnu. Tout amateur de ballon ovale a pourtant entendu parler un jour ou l'autre de Max Brito, dont le nom est immanquablement associé à l'histoire de la Coupe du monde.L'ancien joueur amateur de Biscarrosse (Landes) n'a participé qu'à une seule édition, celle de 1995, en Afrique du Sud. "Un conte de fées", se souvient-il, en racontant comment il avait été sélectionné en équipe de Côte d'Ivoire à la place de son frère Patrick, forfait en raison d'une pubalgie. Max Brito n'a rien oublié du séjour : ni la tannée contre l'Ecosse au premier match (89-0) ; ni la deuxième défaite, plus honorable, contre la France (54-18), avec deux essais ivoiriens à la clef ; encore moins l'enthousiasme des spectateurs... Et puis le conte de fées a tourné au cauchemar.
Ce 3 juin à Rustenburg, les Eléphants ivoiriens affrontent le Tonga. Le match a commencé depuis trois minutes quand l'ailier, dreadlocks au vent, récupère un ballon, avant de se faire plaquer par un adversaire, puis écraser sous un regroupement. Mal positionné, le cou en porte-à-faux, il voit ses 4e et 5e vertèbres cervicales se déplacer alors, sous le poids de l'empilement.
"C'est comme si tout s'était débranché dans mon corps, raconte-t-il. J'ai tout de suite compris que j'étais paralysé. Mais je me suis dit qu'on allait me réparer, que ce n'était pas si grave." Ce n'est que trois ou quatre semaines après, quand on a arrêté de le shooter aux médicaments, qu'il a pris la mesure du désastre. Le désastre, douze ans plus tard, est toujours là. Identique. Glacial et brutal pour le visiteur de passage. Allongé sur le dos quasiment toute la journée, Max Brito ne peut bouger que son buste et sa tête ainsi qu'un bras très imparfaitement. Un ordinateur à infrarouge, baptisé Charlie, lui permet vocalement d'allumer la télévision, d'écouter de la musique, d'éteindre la lumière, de faire tourner le ventilateur... Pour Internet, il doit activer un autre écran à l'aide d'une souris qu'il déplace, à distance, avec son nez. Deux personnes se relaient à son chevet pour le nourrir, le laver, faire son ménage... Soulager ses douleurs neurologiques est impossible. Curieux et gêné, on lui demande de les décrire. Il s'exécute, sans fausse pudeur : "Imagine qu'on te jette en prison avec une camisole de force ou qu'on te coule dans du ciment. Il y en a qui disent que ça pique, d'autres que ça brûle... C'est comme si tu étais ankylosé avec des fourmillements partout. Sur une échelle de 10, ces douleurs sont à 7 ou 8 la plupart du temps. Quand elles descendent à 3, c'est le bonheur ! J'ai alors envie de faire plein de choses, de sortir dehors... Le problème, c'est qu'elles te rattrapent toujours. Et là, ça te casse."
(Source : lemonde.fr)

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Article publié par Le Patriote et référencé par 225.ci.