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Nord-Sud
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Jobs de vacances - Dur, dur devient le marché

La morosité du marché de l'emploi s'enracine. De plus en plus, les élèves éprouvent des difficultés à se trouver de petits boulots de vacances. Pourtant ces jobs leur permettent de se faire de petites épargnes allégeant ainsi les dépenses des parents à la rentrée scolaire.









Les temps ont changé pour les élèves et étudiants en quête de petits boulots de vacances. Le marché saisonnier s'est beaucoup rétréci au grand désarroi des parents pour qui l'annonce de la rentrée scolaire est devenue source d'inquiétude. Ismaël F. aidait un vendeur de pièces détachées à écouler sa marchandise à la casse d'Abobo. Depuis sa classe de 4ème en 2004, le garçon passait les vacances dans ce magasin, bien que sa mère y soit opposée. Elle trouvait que ce job de vacance était plus un passe-temps qu'un moyen pour son fils de se constituer des économies ce qui n'était pas faux. Je gagnais, 500 à 2.500 Fcfa dans la journée. Mais je dépensais cet argent avant même la rentrée scolaire, confesse Ismaël. Ce métier lui permettait toutefois de se faire de l'argent de poche. Il l'exerçait, tout heureux, chaque vacance. Mais en 2007, en classe de 1ère, tout s'arrête. Lorsque je suis arrivé pendant les vacances scolaires pour tenir son magasin à ses cotés, mon patron m'a fait savoir qu'il avait déjà recruté des gens qui allaient travailler à plein temps pour lui , affirme Ismaël. C'est ainsi que cette possibilité de job de vacance s'est arrêtée. J'ai tenté peu après de faire de la mécanique, mais je n'ai pas pu m'y habituer. Les boulots qui me plaisent, tels que tenir la gestion d'un magasin, étaient pris d'assaut par des postulants mieux aguerris que moi. J'ai compris plus tard qu'il faillait avoir des relations pour se trouver un boulot de vacance, dit-il. Depuis, le garçon est tombé sous le charme de la ville et de ses passions, il préfère passer ses vacances à se balader et à fréquenter les salles de jeux électronique.





Le chômage a réduit l'offre





Maturin a connu à peu près le même sort. Il a travaillé comme apprenti de gbaka (Ndlr : mini car de transport) chez un ami de son père, en classe de 3ème. Le seul boulot de vacance qu'il a obtenu. Le métier était rentable, car le garçon s'en tirait très souvent avec la coquette somme de 5.000 Fcfa par jour. Contrairement à Ismaël, à la demande de sa mère il avait acquis une caisse, dans laquelle il gardait une bonne partie de cet argent. A la rentrée, je me suis retrouvé avec 90.000 Fcfa, explique-t-il. Avec ces économies, il a allégé les dépenses de son père en achetant lui-même deux tenues scolaires, des chaussures, une montre et d'autres vêtements. La famille en était heureuse. Mais la joie n'aura durée qu'une année. Car les vacances qui ont suivi, le propriétaire du gbaka a préféré engager des cousins venus du village au nombre de trois . Coup dur pour Maturin. Il fallait dire adieu au métier d'apprenti gbaka, que je trouvais rentable. Et partout où j'ai essayé de postuler, les propriétaires de véhicule m'ont tenu le même langage , affirme-t-il. Après avoir tenté d'autres métiers sans succès, Maturin s'est découragé. Les métiers qu'on pouvait exercer en vacance, dans le temps, offrent moins de place du fait de la forte demande liée au chômage grandissant des jeunes. De plus, les gens préfèrent engager leurs frères pour travailler avec eux, indique-t-il.

La crise économique et le chômage apparaissent comme les causes majeures de la disparition des boulots de vacances. La demande étant devenue plus forte que l'offre, les petits métiers sont saturés. Et les employeurs préférant les travailleurs à plein temps, ont tourné le dos aux vacanciers. Patrick O. gérant un lavage-auto ne dira pas le contraire. C'est ce qui se passe partout, dans les entreprises. Donner du boulot d'abord à nos proches. J'ai des demandes d'emploi, mais mon lavage-auto est bourré, dit-il. Il a six employés qui sont uniquement des frères et des cousins. Pas d'élève parmi eux. Les élèves sont trop distraits, moins engagés dans le travail surtout lorsqu'ils sont de passage. J'en ai eu pendant deux ans. Je préfère aujourd'hui employer des gens pour une bonne période sans interruption, qui sont entièrement consacré au travail, soutient Mourlaye, propriétaire d'une grande buvette à Yopougon-Toit rouge.

Ces raisons ne sont pas les seules à expliquer la rareté des métiers de vacances. Ali B. par exemple a tenté la couture en 5ème. Son père le lui a conseillé pour trois raisons. D'abord parce qu'il ne voulait pas le voir oisif, ensuite pour lui permettre de se faire des économies, enfin il pense que si l'école ne réussit pas, je pourrais me débrouiller dans la couture, explique le garçon. Mais ce métier sera vite une mauvaise expérience pour lui et va le détourner complètement des boulots de vacances. Plutôt que d'apprendre la couture, son patron passait son temps à l'envoyer faire des petites courses, dit-il. Ses plaintes n'ont pas suffi à convaincre son père, jusqu'au jour où son employeur lui endolorit la joue gauche avec son fer à repasser, dans un élan de colère. Il garde encore la cicatrice sur sa joue. Mon père, n'a plus voulu que je fasse de job de vacance , rappelle-t-il. Dans les petites entreprises de commerces également l'exploitation des élèves postulants est devenue fréquente.





Des élèves exploités





Murielle K., une jeune fille en classe de seconde a vécu la triste expérience, avec plusieurs de ses amis. Elle faisait la promotion des articles tels que des torches, des postes-radios, des calculatrices, etc. Lorsque nous sommes allés nous inscrire pendant les vacances, dans l'une de ces entreprises, les responsables ne nous ont demandé que nos contacts et la photocopie de nos pièces d'identité. Après cela, ils nous ont promis 25.000 Fcfa comme paie par quinzaine, affirme-t-elle. Après avoir pris connaissance des clauses, elles se sont mises à l'?uvre. Dans la première quinzaine, nous avons reçu chacun 10.000 Fcfa au lieu de 25.000 Fcfa. Le patron nous a rassuré que le reste allait suivre , ajoute-t-elle. Les quinzaines qui ont suivi ont été identiques. Voyant que cette activité tournait à l'exploitation, Murielle K. et ses amis ont du abandonner. Elle aide aujourd'hui sa mère à tenir son bistrot à Abobo. La plupart de ses amis qui ont vécu cette expérience, ne veulent plus rien faire pendant les vacances.

Cette exploitation à laquelle sont soumis les élèves a réduit considérablement leur ardeur dans la recherche des jobs de vacances. Certains n'y pensent jamais, habitués qu'ils sont aux espaces de jeux. D'autres préfèrent les voyages pour changer d'air. Mamadou affirme que son père lui a conseillé la mécanique qu'il a refusée parce qu'il trouve ce métier salissant. Pendant que sa petite s?ur, Aïchata est devenue tresseuse le temps des vacances. Les parents, concernés directement par ces métiers de vacances, déplorent cette situation. Ils estiment qu'ils dépensent plus lorsque les élèves sont oisifs. J'ai fait des métiers de vacance lorsque j'allais à l'école. Cela m'a permis de venir en aide à mes parents à la rentrée scolaire. J'en ai conseillé à mes enfants pendant leur repos scolaire. Mais depuis la crise, il est difficile de se trouver un métier à Abidjan. Je force. Ainsi je les emmène chez leur oncle à Yamoussoukro qui tient un lavage-auto et un garage. Ils arrivent à se faire un peu d'économies là-bas et ils en profitent pour changer d'air, indique M. Benjamin H., un fonctionnaire résident à Adjamé.









Raphaël Tanoh (Stagiaire)

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Article publié par Nord-Sud et référencé par 225.ci.