Éditorial : Le compteur à zéro !
Que faire pour que l'information juste et équilibrée circule durant la période électorale? Cette question préoccupe non seulement les salles de rédaction, la classe politique et le public électeur et consommateur de l'information, mais également toutes les institutions et structures de gestion des élections. L'information ne peut être juste que si elle est vérifiée, recoupée. Il faut donc se convaincre qu'elle existe et en avoir les preuves. Un travail de fourmi s'impose. Pour éviter de divulguer de fausses nouvelles. Et d'avoir à payer ces dérapages. Souvent au prix fort.
De la même manière, l'information ne peut être équilibrée que si elle provient de plusieurs sources contradictoires. Dans un contexte où tout le monde, cette fois, va aux élections en croyant fermement en ses chances, le principe de l'information juste et équilibrée prend tout son sens. Personne ne doit avoir le sentiment qu'un complot est ourdi contre lui; et contre son camp.
Cela exige des journalistes qu'ils aillent vers les personnes physiques et morales censées détenir l'information. La vraie. Celle que les consommateurs sont en droit d'attendre, en période électorale. Cela exige du journaliste qu'il frappe, avec insistance et sans discrimination, à toutes les portes des chapelles politiques, en espérant qu'elles lui soient ouvertes. Car, une chose est d'aller à l'information, une autre chose est d'obtenir effectivement - et à temps - cette information. Nul ne peut prétendre faire l'équilibre dans le traitement de l'information si l'accès aux sources n'est pas garanti. Aussi, est-il indispensable que tous les partis politiques et tous les services rattachés aux élections soient sensibilisés à la nécessité de partager, le moment venu, l'information en leur possession: projet de société, programme d'activités, chiffres et pourcentages, discours, etc. Une information n'est utile que par l'usage qu'on en fait. Une information n'est utile que si elle circule. Et chaque fois qu'elle refuse de sortir de son lit pour aller à la rencontre du monde, la rumeur la supplante et court d'un foyer à l'autre, d'une foule à l'autre, d'une ville à l'autre. Et comme toute rumeur a l'art de grossir démesurément les faits et les chiffres, elle parvient, dès lors, à transformer un fait banal en une actualité brûlante de tout premier ordre. Elle n'a jamais été une bonne compagne. Elle empoisonnera davantage les relations humaines si elle se met à faire le tour des états-majors des partis politiques et des candidats, dans un environnement de suspicions, de passion, de tension. C'est pourquoi il importe d'accorder, à tous les niveaux, une place de choix à la nécessaire circulation de l'information et à l'indispensable éducation aux médias des acteurs politiques et du public. ?uvre de longue haleine que celle-là! Que la question soit au c?ur des débats, d'une période à une autre, quoi de plus normal! Toute plateforme d'échanges entre les partis et les médias, véritable tribune de libre expression, permet inévitablement à chacune des catégories socio-professionnelles, non seulement de dire ce qu'elle a sur le c?ur, mais aussi de prendre des engagements. Dont le respect devrait contribuer au succès des élections tant attendues et annoncées pour le 30 novembre 2008. Quatre concertations entre les représentants des partis et mouvements politiques d'une part, et d'autre part, les journalistes ont eu lieu. Elles ont été étalées sur les deux dernières semaines. Un press-club mettra face à face les directions des partis et les journalistes. C'est pour demain, mardi 27 mai 2008. Et, le lendemain, un forum national sur la mission des médias en période électorale se déroulera sur trois jours. Ces rendez-vous de ce mois de mai 2008 ont ceci de différent des précédents qu'ils s'appuient sur des repères et constats susceptibles de faciliter la compréhension des enjeux actuels. Premier repère. Réputation de presse partisane. Bien qu'il n'existe pas, ouvertement, de médias appartenant exclusivement aux formations politiques, à l'exception d'un seul ? qui n'a, d'ailleurs, jamais fait mystère du fait qu'il est l'organe officiel d'un parti - il est indéniable que les commentaires, d'un espace éditorial à un autre, donnent le sentiment que chacun des supports est adossé à un parti politique. Que non pas ! Aussi, les leaders de partis sont-ils prompts à dégager toute implication, en cas d'excès langagiers ou d'accusations fantaisistes contre telle formation, et en faveur de telle autre. Et cela dure depuis 1990, année qui a marqué la fin du parti unique et l'avènement du multipartisme. Avec son corollaire, le printemps de la presse, qui a permis la multiplicité des journaux.
Deuxième repère. Fonds de soutien au développement de la presse. Faut-il allouer aux médias ivoiriens ce fonds ? Cette question trouve son fondement, bien entendu, dans ce qui est fondamentalement reproché aux médias: le parti pris systématique. Le débat a duré plus que prévu. Les pouvoirs publics se sont toujours demandés s'il faut donner les moyens aux médias qui, de tout temps, ont fait preuve d'irrévérence à leur égard, tout en foulant aux pieds le code de déontologie et d'éthique qu'ils se sont librement donné. Le ministre de la Communication a réussi à passer entre les mailles de ces susceptibilités pour obtenir, en 2008, la signature du décret de création du Fonds de soutien au développement de la presse. Troisième repère. Code de bonne conduite des partis politiques. Au moment où la classe politique, qui leur a souvent jeté la pierre, se donne, enfin, un code de bonne conduite, il est indiqué que les médias, de leurs côtés, se préoccupent de renforcer les fondations de leur volonté de se professionnaliser. Eux qui, en prélude aux élections générales de 1995, avaient co-organisé avec la tutelle un séminaire sur la responsabilité des journalistes en période électorale. Ce séminaire avait débouché, l'on s'en souvient, sur la création de l'Observatoire de la liberté de la presse, de l'éthique et de la déontologie, instance d'autorégulation, tribunal moral des pairs. Avec la mise en place des instances de régulation que sont le Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA) et le Conseil national de la presse (CNP), et l'institution progressive de différents prix d'excellence par ces organisations professionnelles, les médias ont appris à balayer, chaque jour un peu plus, devant leurs propres portes. Et à poser des actions concrètes, dont la dernière en date est l'adoption d'une convention collective consensuelle. Quatrième repère. Première présidentielle ouverte à tous. La Côte d'Ivoire se bat pour sortir de sa plus longue crise, c'est-à-dire, de 5 ans de guerre. L'une des conséquences de cette crise, qui est également l'une des conditions du retour définitif à la paix, est l'organisation des premières élections ouvertes à tous les partis politiques et à tous leurs leaders, en présence de forces extérieures (françaises et onusiennes) et autres observateurs internationaux. Reportées à plusieurs reprises, ces consultations, dites élections libres, transparentes et ouvertes à tous, ne manqueront guère de focaliser l'attention du monde entier. Dès lors, toutes les parties impliquées ou concernées travaillent à préparer ces consultations qui constituent un grand enjeu, et à jouer, le moment venu, leur partition. Pour le ministère de la Communication, la semaine qui débute ce lundi est l'une des plus décisives qui soient. Parce qu'elle est censée préparer les scrutins à venir. Par les journalistes nationaux et internationaux. Pour les journalistes nationaux et internationaux. Et l'Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire. D'autres semaines s'annoncent. Qui seront aussi déterminantes, sinon plus: celles réservées à la campagne électorale officielle et à la présidentielle proprement dite. A tous les acteurs, la nécessité s'impose de remettre le compteur à zéro et... les pendules à l'heure de la bonne gouvernance!
Par
Alfred Dan-Moussa
De la même manière, l'information ne peut être équilibrée que si elle provient de plusieurs sources contradictoires. Dans un contexte où tout le monde, cette fois, va aux élections en croyant fermement en ses chances, le principe de l'information juste et équilibrée prend tout son sens. Personne ne doit avoir le sentiment qu'un complot est ourdi contre lui; et contre son camp.
Cela exige des journalistes qu'ils aillent vers les personnes physiques et morales censées détenir l'information. La vraie. Celle que les consommateurs sont en droit d'attendre, en période électorale. Cela exige du journaliste qu'il frappe, avec insistance et sans discrimination, à toutes les portes des chapelles politiques, en espérant qu'elles lui soient ouvertes. Car, une chose est d'aller à l'information, une autre chose est d'obtenir effectivement - et à temps - cette information. Nul ne peut prétendre faire l'équilibre dans le traitement de l'information si l'accès aux sources n'est pas garanti. Aussi, est-il indispensable que tous les partis politiques et tous les services rattachés aux élections soient sensibilisés à la nécessité de partager, le moment venu, l'information en leur possession: projet de société, programme d'activités, chiffres et pourcentages, discours, etc. Une information n'est utile que par l'usage qu'on en fait. Une information n'est utile que si elle circule. Et chaque fois qu'elle refuse de sortir de son lit pour aller à la rencontre du monde, la rumeur la supplante et court d'un foyer à l'autre, d'une foule à l'autre, d'une ville à l'autre. Et comme toute rumeur a l'art de grossir démesurément les faits et les chiffres, elle parvient, dès lors, à transformer un fait banal en une actualité brûlante de tout premier ordre. Elle n'a jamais été une bonne compagne. Elle empoisonnera davantage les relations humaines si elle se met à faire le tour des états-majors des partis politiques et des candidats, dans un environnement de suspicions, de passion, de tension. C'est pourquoi il importe d'accorder, à tous les niveaux, une place de choix à la nécessaire circulation de l'information et à l'indispensable éducation aux médias des acteurs politiques et du public. ?uvre de longue haleine que celle-là! Que la question soit au c?ur des débats, d'une période à une autre, quoi de plus normal! Toute plateforme d'échanges entre les partis et les médias, véritable tribune de libre expression, permet inévitablement à chacune des catégories socio-professionnelles, non seulement de dire ce qu'elle a sur le c?ur, mais aussi de prendre des engagements. Dont le respect devrait contribuer au succès des élections tant attendues et annoncées pour le 30 novembre 2008. Quatre concertations entre les représentants des partis et mouvements politiques d'une part, et d'autre part, les journalistes ont eu lieu. Elles ont été étalées sur les deux dernières semaines. Un press-club mettra face à face les directions des partis et les journalistes. C'est pour demain, mardi 27 mai 2008. Et, le lendemain, un forum national sur la mission des médias en période électorale se déroulera sur trois jours. Ces rendez-vous de ce mois de mai 2008 ont ceci de différent des précédents qu'ils s'appuient sur des repères et constats susceptibles de faciliter la compréhension des enjeux actuels. Premier repère. Réputation de presse partisane. Bien qu'il n'existe pas, ouvertement, de médias appartenant exclusivement aux formations politiques, à l'exception d'un seul ? qui n'a, d'ailleurs, jamais fait mystère du fait qu'il est l'organe officiel d'un parti - il est indéniable que les commentaires, d'un espace éditorial à un autre, donnent le sentiment que chacun des supports est adossé à un parti politique. Que non pas ! Aussi, les leaders de partis sont-ils prompts à dégager toute implication, en cas d'excès langagiers ou d'accusations fantaisistes contre telle formation, et en faveur de telle autre. Et cela dure depuis 1990, année qui a marqué la fin du parti unique et l'avènement du multipartisme. Avec son corollaire, le printemps de la presse, qui a permis la multiplicité des journaux.
Deuxième repère. Fonds de soutien au développement de la presse. Faut-il allouer aux médias ivoiriens ce fonds ? Cette question trouve son fondement, bien entendu, dans ce qui est fondamentalement reproché aux médias: le parti pris systématique. Le débat a duré plus que prévu. Les pouvoirs publics se sont toujours demandés s'il faut donner les moyens aux médias qui, de tout temps, ont fait preuve d'irrévérence à leur égard, tout en foulant aux pieds le code de déontologie et d'éthique qu'ils se sont librement donné. Le ministre de la Communication a réussi à passer entre les mailles de ces susceptibilités pour obtenir, en 2008, la signature du décret de création du Fonds de soutien au développement de la presse. Troisième repère. Code de bonne conduite des partis politiques. Au moment où la classe politique, qui leur a souvent jeté la pierre, se donne, enfin, un code de bonne conduite, il est indiqué que les médias, de leurs côtés, se préoccupent de renforcer les fondations de leur volonté de se professionnaliser. Eux qui, en prélude aux élections générales de 1995, avaient co-organisé avec la tutelle un séminaire sur la responsabilité des journalistes en période électorale. Ce séminaire avait débouché, l'on s'en souvient, sur la création de l'Observatoire de la liberté de la presse, de l'éthique et de la déontologie, instance d'autorégulation, tribunal moral des pairs. Avec la mise en place des instances de régulation que sont le Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA) et le Conseil national de la presse (CNP), et l'institution progressive de différents prix d'excellence par ces organisations professionnelles, les médias ont appris à balayer, chaque jour un peu plus, devant leurs propres portes. Et à poser des actions concrètes, dont la dernière en date est l'adoption d'une convention collective consensuelle. Quatrième repère. Première présidentielle ouverte à tous. La Côte d'Ivoire se bat pour sortir de sa plus longue crise, c'est-à-dire, de 5 ans de guerre. L'une des conséquences de cette crise, qui est également l'une des conditions du retour définitif à la paix, est l'organisation des premières élections ouvertes à tous les partis politiques et à tous leurs leaders, en présence de forces extérieures (françaises et onusiennes) et autres observateurs internationaux. Reportées à plusieurs reprises, ces consultations, dites élections libres, transparentes et ouvertes à tous, ne manqueront guère de focaliser l'attention du monde entier. Dès lors, toutes les parties impliquées ou concernées travaillent à préparer ces consultations qui constituent un grand enjeu, et à jouer, le moment venu, leur partition. Pour le ministère de la Communication, la semaine qui débute ce lundi est l'une des plus décisives qui soient. Parce qu'elle est censée préparer les scrutins à venir. Par les journalistes nationaux et internationaux. Pour les journalistes nationaux et internationaux. Et l'Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire. D'autres semaines s'annoncent. Qui seront aussi déterminantes, sinon plus: celles réservées à la campagne électorale officielle et à la présidentielle proprement dite. A tous les acteurs, la nécessité s'impose de remettre le compteur à zéro et... les pendules à l'heure de la bonne gouvernance!
Par
Alfred Dan-Moussa