Un acte d'ingratitude
Avec la vague d'arrestations déclenchée depuis quelques jours par le Procureur de la République, à la demande expresse du chef de l'Etat, contre ceux qu'il est convenu d'appeler les prédateurs de la filière café-cacao, Gbagbo se trouve dans une situation sans doute assez alambiquée. Celle d'un homme en proie à l'inévitable choc intérieur entre sa volonté de se donner bonne conscience et le contrecoup, tout aussi inévitable, de se trouver face à un véritable cas de conscience. Comment, en effet, entreprendre comme c'est le cas en ce moment, cette vaste opération de moralisation de la vie publique, en ayant pour objectif d'astiquer sa propre image aux yeux d'une certaine opinion, et échapper aux effets collatéraux de la dégradation de cette même image vis-à-vis de ceux qui sont victimes, directement ou pas, de ce soudain rigorisme de douteux aloi ?
Comment, plus simplement, jeter en prison tous ces responsables de la filière cacaoyère (dont la quasi totalité sont issus de son camp politique), se refaire par la même occasion une virginité aux yeux de bon nombre de ses concitoyens ? et potentiels électeurs ? et empêcher la césure des rapports affectifs, électoralistes donc, entre ces derniers et lui ?
Telle est, semble-t-il, la portée du choix cornélien que Laurent Gbagbo a dû faire en initiant l'opération mains propre . L'a-t-il pesé et soupesé ? En a-t-il cerné tous les contours ? Ceux qui connaissent l'homme pensent que l'ancien opposant ne se serait pas jeté dans cette eau si vaseuse s'il n'avait pas pris soin de s'entourer du minimum de garanties. Il faut bien espérer pour lui que les eaux de cette mare ne l'emportent pas. Car, c'est bien Alexandre Dumas qui disait qu' il y a des services si grands qu'on ne peut les payer que par l'ingratitude . Or, des bruits en provenance de la MACA font déjà état de ce que les nouveaux pensionnaires de la célèbre maison d'arrêt appréhendent ce qui leur arrive, par la seule volonté du camarade Laurent , comme un acte de haute ingratitude, voire de trahison de la part de ce dernier. Tapé Do, Angeline Kili et les autres, ne comprennent que très difficilement comment une filière qui a été la mamelle nourricière du régime et de ses dignitaires, souvent les plus hauts placés ? y compris Gbagbo lui-même ?, qui a bien souvent éventré ses caisses au profit de mains gourmandes et parfois insatiables des apparatchik de ce pouvoir, qui a été plus que décisive dans l'effort de guerre ayant permis, grâce au financement à hauteur de plusieurs dizaines de milliards de l'achat d'armes, d'éviter la défaite face à l'ennemi, peut-elle être l'objet d'un tel désaveu et ses animateurs d'une aussi retentissante humiliation ? Aux greffes de la prison où ils reçoivent, heure après heure, des centaines de visiteurs, ceux qui ont pu avoir le privilège de causer avec les suppliciés de Gbagbo , rapportent que les ex ( ?) gourous de la filière ruminent une vengeance contre celui qui a ainsi bafoué leur dignité . Ils menacent de faire le grand déballage, au cas où l'affaire en viendrait à prendre d'autres proportions et qu'ils seraient, dans le cadre d'un procès, amenés à s'expliquer devant la nation. Leur ligne d'argumentation est d'une rare simplicité : si nous sommes des voleurs et que nous devons trinquer, nous trinquerons avec ceux avec qui nous avons partagés le butin. En la matière, il est vrai, personne en Côte ne peut prétendre ignorer combien la filière a été généreuse avec les Refondateurs. Un auteur français, Jean Pierre Guéno, disait : Nous n'enfermons rien d'autre en prison qu'une partie de nous-mêmes, comme d'autres abandonnent sur le bord de la route leurs souvenirs encombrants ou leurs chiens en disgrâce ? À méditer.
Koré Emmanuel
Comment, plus simplement, jeter en prison tous ces responsables de la filière cacaoyère (dont la quasi totalité sont issus de son camp politique), se refaire par la même occasion une virginité aux yeux de bon nombre de ses concitoyens ? et potentiels électeurs ? et empêcher la césure des rapports affectifs, électoralistes donc, entre ces derniers et lui ?
Telle est, semble-t-il, la portée du choix cornélien que Laurent Gbagbo a dû faire en initiant l'opération mains propre . L'a-t-il pesé et soupesé ? En a-t-il cerné tous les contours ? Ceux qui connaissent l'homme pensent que l'ancien opposant ne se serait pas jeté dans cette eau si vaseuse s'il n'avait pas pris soin de s'entourer du minimum de garanties. Il faut bien espérer pour lui que les eaux de cette mare ne l'emportent pas. Car, c'est bien Alexandre Dumas qui disait qu' il y a des services si grands qu'on ne peut les payer que par l'ingratitude . Or, des bruits en provenance de la MACA font déjà état de ce que les nouveaux pensionnaires de la célèbre maison d'arrêt appréhendent ce qui leur arrive, par la seule volonté du camarade Laurent , comme un acte de haute ingratitude, voire de trahison de la part de ce dernier. Tapé Do, Angeline Kili et les autres, ne comprennent que très difficilement comment une filière qui a été la mamelle nourricière du régime et de ses dignitaires, souvent les plus hauts placés ? y compris Gbagbo lui-même ?, qui a bien souvent éventré ses caisses au profit de mains gourmandes et parfois insatiables des apparatchik de ce pouvoir, qui a été plus que décisive dans l'effort de guerre ayant permis, grâce au financement à hauteur de plusieurs dizaines de milliards de l'achat d'armes, d'éviter la défaite face à l'ennemi, peut-elle être l'objet d'un tel désaveu et ses animateurs d'une aussi retentissante humiliation ? Aux greffes de la prison où ils reçoivent, heure après heure, des centaines de visiteurs, ceux qui ont pu avoir le privilège de causer avec les suppliciés de Gbagbo , rapportent que les ex ( ?) gourous de la filière ruminent une vengeance contre celui qui a ainsi bafoué leur dignité . Ils menacent de faire le grand déballage, au cas où l'affaire en viendrait à prendre d'autres proportions et qu'ils seraient, dans le cadre d'un procès, amenés à s'expliquer devant la nation. Leur ligne d'argumentation est d'une rare simplicité : si nous sommes des voleurs et que nous devons trinquer, nous trinquerons avec ceux avec qui nous avons partagés le butin. En la matière, il est vrai, personne en Côte ne peut prétendre ignorer combien la filière a été généreuse avec les Refondateurs. Un auteur français, Jean Pierre Guéno, disait : Nous n'enfermons rien d'autre en prison qu'une partie de nous-mêmes, comme d'autres abandonnent sur le bord de la route leurs souvenirs encombrants ou leurs chiens en disgrâce ? À méditer.
Koré Emmanuel