Ma lettre ouverte à mes parents de Toulépleu : Ensemble, sauvons notre Toulépleu, maintenant !
Mon adresse, de ce jour, va en direction des chefs traditionnels, des doyens, des cadres, des élus, des femmes, des jeunes et de tous les hommes et de toutes les femmes, épris de paix, de notre région de Toulépleu. Cet appel est un cri du c?ur d`un frère, d`un parent, d`un ami de génération, d`un neveu, meurtri, déboussolé et désemparé. N`étais-je absent du pays que je serais, vous le savez tous, passé, s`il le faut individuellement, chez chacun d`entre vous pour qu`ensemble nous puissions éteindre la cendre chaude qui couve sous Toulépleu.
Notre région, c`est peu dire, a souffert et continue de souffrir depuis des lustres.
La guerre de 2002 a certes commencé au Nord, mais s`est transportée dans le Centre et dans la région montagneuse de l`Ouest. Toutefois, le drame à Toulépleu se déroulait bien avant. En 1989, quand les Charles Taylor ont décidé de chasser Samuel Doé du pouvoir par les armes, c`est notre région de Toulépleu qui a reçu le gros lot des réfugiés libériens. Ces derniers n`étaient pas dans des camps, mais intégrés dans nos familles comme nous l`avait demandé l`Etat de Côte d`Ivoire. L`impact économique, social, démographique, environnemental fut un lourd tribut à payer par nous tous. Tous les réfugiés libériens, à ce jour, ne sont pas encore rentrés chez eux.
La guerre militaro-civile ivoirienne survient le 19 septembre 2002. Aux côtés des forces loyalistes, des groupes de jeunes combattants de notre région s`organisent pour défendre la mère patrie. La LIMA fait partie de ces groupes d`auto-défense. A voir leur organisation, ces jeunes appartiennent à tous les villages de notre région. Avec des fortunes diverses, le président Laurent Gbagbo et le premier ministre Soro ont déclaré la fin de la guerre en 2007 à Bouaké. Aujourd`hui, une certaine accalmie règne à Toulépleu. Cela se remarque quand on parcourt les sous-préfectures de Bakoubly, de Péhé, de Tiobly, les communes de Bakpahi-Diolé, de Gbohobly, de Pékan, de Taïbly, toutes des sphères situées à la frontière du Libéria. C`est le lieu de rendre hommage au corps préfectoral militaire, conduit par le lieutenant-colonel Doumbia, au secrétaire général de préfecture, au sous-préfet central de Toulépleu, le lieutenant Oulaï Delafosse, aux sous-préfets des sous-préfectures précitées pour le travail colossal abattu dans la pacification de la région sinistrée de Toulépleu. Oui, chers parents, chers frères et s?urs, notre région est une région sinistrée, voire même oubliée. A Toulépleu, nous n`avons rien : ni radio, ni journaux, ni télévision, ni banque, pas d`infrastructure, un maître pour une école de douze classes et, par-dessus tout, pas de route. Nos parents ne demandent qu`à cultiver pour vivre. Ils sont coupés de tout. On peut dire, dans une certaine mesure, que Toulépleu est hors de la Côte d`Ivoire. Et le président Gbagbo, dans une boutade devant nos populations parties lui rendre visite au palais, il y a quelques mois, n`a totalement pas tort de dire que c`est une erreur de cartographie qui nous rattache au pays d`Houphouët-Boigny tellement notre région est une oubliée du développement ivoirien. Et au moment où on pense post crise et reconstruction de la Côte d`Ivoire, quelle ne fut ma meurtrissure, en tant que fils de la région, d`apprendre et de lire tout ce qui se dit sur notre région Toulépleu. A Abidjan, précisément dans la commune de Koumassi, les jeunes combattants de la LIMA s`entredéchirent entre deux clans : celui de Pouho Richard, l`un des fondateurs du mouvement et le clan de Teni Gérard. Ils en sont venus aux coups de machettes et de couteaux avec des blessés. Raison invoquée, le clan Teni avec 500 combattants a rejoint les rangs du RDR. Ils se disent oubliés par le pouvoir en place. Les membres fondateurs de la LIMA n`entendent pas la chose de cette oreille. Pour ceux-ci, le mouvement a été créé pour soutenir les institutions de la République, donc pour soutenir Gbagbo qui en est le garant. D`où leur affrontement aux conséquences atroces et dont les répercussions se feront sentir dans notre région. A la frontière du Libéria, le MODEL, un mouvement de mercenaires libériens s`apprêterait, selon des rumeurs distillées dans la presse, à attaquer la Côte d`Ivoire. Raison évoquée : le pouvoir d`Abidjan leur doit de l`argent, des milliards, dit-on. L`un, la LIMA, dans l`autre, le MODEL, il nous revient que c`est la panique dans notre région, surtout dans les sous-préfectures, frontalières du Libéria. Voici le tableau sombre qui s`offre à nous, fils et filles de Toulépleu. Une rapide analyse de la situation nous révèle que notre région souffre d`un problème de leadership et de positionnement politiques à la veille des prochaines joutes électorales. A Toulépleu, presque tous les partis politiques se partagent l`espace : le PDCI-RDA, le FPI, le RDR, l`UDPCI, etc. Mon expérience personnelle m`édifie qu`en dehors des positions politiques et des querelles électorales, les fils et filles de Toulépleu se parlent et se fréquentent. Je prendrai pour exemple, l`association " Aminhnou ", initiative de Mme Sahi Thérèse et de ses s?urs, qui a réuni tous les cadres de Toulépleu à Daloa dans le second trimestre de 2008. Un comité de suivi dirigé par le doyen Toh Zéan Arsène et Mlle Yro Lydie au niveau des femmes veulent cultiver l`entente pour aider à la reconstruction de notre région. Mais jusqu`à ce jour, aucune rencontre. En effet, la question qui se pose à nous, filles et fils de Toulépleu, est toute simple : doit-on, chacun à son niveau taire son ego, taire sa grandeur personnelle pour penser au défi majeur collectif qui nous attend, à savoir, sortir notre région de la sinistrose dans laquelle elle baigne ? Pour ma part, le choix est vite fait. Toulépleu et son développement passent avant tout autre considération, fût-elle d`amour-propre. D`ailleurs, le président Houphouët-Boigny ne le disait-il pas ? Quand la vie des hommes, ne serait-ce qu`un seul être, est en jeu, il n`y a pas d`amour-propre qui tienne. Et je crois que le vieux sage, de là où il se trouve, a exaucé mes prières. Les élections en Côte d`Ivoire sont reportées en juin 2009. Cela nous donne le temps d`éteindre ce feu qui couve une fois de plus. La palabre entre les éléments de la Lima risque d`embraser notre région parce que c`est l`affaire, je le répète, de tous les villages de Toulépleu. Mon c?ur saigne. C`est pourquoi, je lance cet appel solennel aux doyens, aux anciens députés, aux cadres et élus, aux chefs traditionnels, aux hommes et femmes politiques qu`ils soient du PDCI-RDA, du FPI, du RDR, de l`UDPCI, etc., à la jeunesse communale de Toulépleu et leur demande de se sublimer pour qu`au cours d`une grande concertation, nous puissions, dans la sincérité et la fraternité, anticiper sur la déflagration qui se dessine. Car, au-delà de nos querelles, les jeunes de la LIMA posent un problème de fond qui interpellent tous les fils de Toulépleu : que devenons-nous, nous les jeunes, après la guerre ? Quel avenir avons-nous ? Cela sous-entend, quel est l`avenir de Toulépleu ?
D`ici le retour de mes vacances, je voudrais dire à mes parents, frères et s?urs et aux deux clans de la LIMA que la Côte d`Ivoire nous regarde. Notre objectif commun, c`est le développement de notre région, Toulépleu. Ce seul défi commande tous les sacrifices et doit transcender tout, même notre amour-propre. Puisse Dieu nous guider et nous inspirer la sagesse. A très bientôt.
Zion Kah Denis
Fils de Ziombly (sous-préfecture de Toulépleu)
en vacances dans le Maghreb
Notre région, c`est peu dire, a souffert et continue de souffrir depuis des lustres.
La guerre de 2002 a certes commencé au Nord, mais s`est transportée dans le Centre et dans la région montagneuse de l`Ouest. Toutefois, le drame à Toulépleu se déroulait bien avant. En 1989, quand les Charles Taylor ont décidé de chasser Samuel Doé du pouvoir par les armes, c`est notre région de Toulépleu qui a reçu le gros lot des réfugiés libériens. Ces derniers n`étaient pas dans des camps, mais intégrés dans nos familles comme nous l`avait demandé l`Etat de Côte d`Ivoire. L`impact économique, social, démographique, environnemental fut un lourd tribut à payer par nous tous. Tous les réfugiés libériens, à ce jour, ne sont pas encore rentrés chez eux.
La guerre militaro-civile ivoirienne survient le 19 septembre 2002. Aux côtés des forces loyalistes, des groupes de jeunes combattants de notre région s`organisent pour défendre la mère patrie. La LIMA fait partie de ces groupes d`auto-défense. A voir leur organisation, ces jeunes appartiennent à tous les villages de notre région. Avec des fortunes diverses, le président Laurent Gbagbo et le premier ministre Soro ont déclaré la fin de la guerre en 2007 à Bouaké. Aujourd`hui, une certaine accalmie règne à Toulépleu. Cela se remarque quand on parcourt les sous-préfectures de Bakoubly, de Péhé, de Tiobly, les communes de Bakpahi-Diolé, de Gbohobly, de Pékan, de Taïbly, toutes des sphères situées à la frontière du Libéria. C`est le lieu de rendre hommage au corps préfectoral militaire, conduit par le lieutenant-colonel Doumbia, au secrétaire général de préfecture, au sous-préfet central de Toulépleu, le lieutenant Oulaï Delafosse, aux sous-préfets des sous-préfectures précitées pour le travail colossal abattu dans la pacification de la région sinistrée de Toulépleu. Oui, chers parents, chers frères et s?urs, notre région est une région sinistrée, voire même oubliée. A Toulépleu, nous n`avons rien : ni radio, ni journaux, ni télévision, ni banque, pas d`infrastructure, un maître pour une école de douze classes et, par-dessus tout, pas de route. Nos parents ne demandent qu`à cultiver pour vivre. Ils sont coupés de tout. On peut dire, dans une certaine mesure, que Toulépleu est hors de la Côte d`Ivoire. Et le président Gbagbo, dans une boutade devant nos populations parties lui rendre visite au palais, il y a quelques mois, n`a totalement pas tort de dire que c`est une erreur de cartographie qui nous rattache au pays d`Houphouët-Boigny tellement notre région est une oubliée du développement ivoirien. Et au moment où on pense post crise et reconstruction de la Côte d`Ivoire, quelle ne fut ma meurtrissure, en tant que fils de la région, d`apprendre et de lire tout ce qui se dit sur notre région Toulépleu. A Abidjan, précisément dans la commune de Koumassi, les jeunes combattants de la LIMA s`entredéchirent entre deux clans : celui de Pouho Richard, l`un des fondateurs du mouvement et le clan de Teni Gérard. Ils en sont venus aux coups de machettes et de couteaux avec des blessés. Raison invoquée, le clan Teni avec 500 combattants a rejoint les rangs du RDR. Ils se disent oubliés par le pouvoir en place. Les membres fondateurs de la LIMA n`entendent pas la chose de cette oreille. Pour ceux-ci, le mouvement a été créé pour soutenir les institutions de la République, donc pour soutenir Gbagbo qui en est le garant. D`où leur affrontement aux conséquences atroces et dont les répercussions se feront sentir dans notre région. A la frontière du Libéria, le MODEL, un mouvement de mercenaires libériens s`apprêterait, selon des rumeurs distillées dans la presse, à attaquer la Côte d`Ivoire. Raison évoquée : le pouvoir d`Abidjan leur doit de l`argent, des milliards, dit-on. L`un, la LIMA, dans l`autre, le MODEL, il nous revient que c`est la panique dans notre région, surtout dans les sous-préfectures, frontalières du Libéria. Voici le tableau sombre qui s`offre à nous, fils et filles de Toulépleu. Une rapide analyse de la situation nous révèle que notre région souffre d`un problème de leadership et de positionnement politiques à la veille des prochaines joutes électorales. A Toulépleu, presque tous les partis politiques se partagent l`espace : le PDCI-RDA, le FPI, le RDR, l`UDPCI, etc. Mon expérience personnelle m`édifie qu`en dehors des positions politiques et des querelles électorales, les fils et filles de Toulépleu se parlent et se fréquentent. Je prendrai pour exemple, l`association " Aminhnou ", initiative de Mme Sahi Thérèse et de ses s?urs, qui a réuni tous les cadres de Toulépleu à Daloa dans le second trimestre de 2008. Un comité de suivi dirigé par le doyen Toh Zéan Arsène et Mlle Yro Lydie au niveau des femmes veulent cultiver l`entente pour aider à la reconstruction de notre région. Mais jusqu`à ce jour, aucune rencontre. En effet, la question qui se pose à nous, filles et fils de Toulépleu, est toute simple : doit-on, chacun à son niveau taire son ego, taire sa grandeur personnelle pour penser au défi majeur collectif qui nous attend, à savoir, sortir notre région de la sinistrose dans laquelle elle baigne ? Pour ma part, le choix est vite fait. Toulépleu et son développement passent avant tout autre considération, fût-elle d`amour-propre. D`ailleurs, le président Houphouët-Boigny ne le disait-il pas ? Quand la vie des hommes, ne serait-ce qu`un seul être, est en jeu, il n`y a pas d`amour-propre qui tienne. Et je crois que le vieux sage, de là où il se trouve, a exaucé mes prières. Les élections en Côte d`Ivoire sont reportées en juin 2009. Cela nous donne le temps d`éteindre ce feu qui couve une fois de plus. La palabre entre les éléments de la Lima risque d`embraser notre région parce que c`est l`affaire, je le répète, de tous les villages de Toulépleu. Mon c?ur saigne. C`est pourquoi, je lance cet appel solennel aux doyens, aux anciens députés, aux cadres et élus, aux chefs traditionnels, aux hommes et femmes politiques qu`ils soient du PDCI-RDA, du FPI, du RDR, de l`UDPCI, etc., à la jeunesse communale de Toulépleu et leur demande de se sublimer pour qu`au cours d`une grande concertation, nous puissions, dans la sincérité et la fraternité, anticiper sur la déflagration qui se dessine. Car, au-delà de nos querelles, les jeunes de la LIMA posent un problème de fond qui interpellent tous les fils de Toulépleu : que devenons-nous, nous les jeunes, après la guerre ? Quel avenir avons-nous ? Cela sous-entend, quel est l`avenir de Toulépleu ?
D`ici le retour de mes vacances, je voudrais dire à mes parents, frères et s?urs et aux deux clans de la LIMA que la Côte d`Ivoire nous regarde. Notre objectif commun, c`est le développement de notre région, Toulépleu. Ce seul défi commande tous les sacrifices et doit transcender tout, même notre amour-propre. Puisse Dieu nous guider et nous inspirer la sagesse. A très bientôt.
Zion Kah Denis
Fils de Ziombly (sous-préfecture de Toulépleu)
en vacances dans le Maghreb