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Le Temps
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Merci, Monsieur le Président !

Le 26 octobre 2000, vous accédiez à la magistrature suprême de la République de Côte d'Ivoire ! Mais, on ne sait toujours pas trop pourquoi, les forces du Mal, tapis dans l'ombre de certains de nos frères, veillaient, prêts à frapper pour contrarier le cours normal de l'Histoire de notre pays.
Le 19 septembre 2002, la vie des Ivoiriens, peuple pacifique et sans murailles, s'arrêta brutalement: la Côte d'Ivoire était en guerre ! Nous ne comprenions pas ce qui nous arrivaitEtait-ce bien à nous que pareille tragédie arrivait ? Que n'avions-nous fait ? Que n'avions-nous donné ? Que n'avions-nous enduré ? Au nom de l'Amour. Au nom de la Paix. Au nom de la Fraternité. Que récoltions- nous ? Etait-ce bien contre nous, tous ces puissants moyens humains, financiers et matériels dirigés ? Etait-ce bien sur la tête de la Côte d'Ivoire, Reine de c?ur de l'Afrique, que tous ces coups, de toute part, pleuvaient?

Hélas ! Mille fois hélas ! Oui

Que de larmes versées! En cinq ans, nous avons beaucoup pleuré, mais qu'importe, quand. Celui qui sait tout commande de marcher vers la Vérité, c'est-à-dire vers la manifestation de sa Volonté. Nous avons souffert avec vous Monsieur le Président de ce qui arrivait à notre beau pays ; nous avons pleuré avec vous, choqués à la limite du dégoût par tant de mensonges impunément déversés sur un combattant de la liberté dont le parcours politique, depuis l'âge de 18 ans, a construit le destin ! Nous avons prié avec vous le Seigneur qui ne pouvait nous avoir abandonnés. C'est donc unis et soudés que nous avons grimpé jusqu'au sommet de la "Montagne", d'où nous avons compris que les douleurs et les peines infligées à leurs frères par d'autres frères, étaient les deux faces de la réalité telle que nous devions la vivre, gravées dans nos c?urs comme les marques sacrées d'un pan de l'Histoire de notre pays.

Parce que nécessaires, elles étaient inévitables !

C'était dur Monsieur le Président, mais vous avez tenu bon tant est fort votre attachement à la démocratie, seule capable de sortir notre pays du sous-développement. De vous, je dirais pour paraphraser Elie, le héros du livre de Paulo Coelho "La Cinquième montagne", qu'au berceau vous avez reçu un nom, Laurent Gbagbo, mais que vous avez baptisé votre vie du mot qui lui a donné un sens. Démocratie est ce mot !
Envers et contre tout.
Envers et contre tous.
Envers et contre nombre d'adversaires politiques qui font de la politique comme Joubert faisait de la proseEnvers et contre nombre de responsables d'arène politique, d'ici et d'ailleurs, que votre ardeur réformiste dérange ; une qualité qui vous rend justement précieux aux yeux du peuple ivoirien qui vous a démocratiquement élu.
Non, la Démocratie n'est pas un luxe pour la Côte d'Ivoire ! N'en déplaise aux nostalgiques de la Côte d'Ivoire de TontonEt pour la matérialisation de cet idéal périlleux, dans une Afrique en proie aux coups de force , vous avez pu compter sur la jeunesse ivoirienne, votre meilleure alliée. C'est une génération revendicatrice qui a entre 18, 25, 35 ans la vie devant elle, et un avenir à construire, qui ne se fera pas sans vous ! Or la population ivoirienne est composée à 70% de jeunes. Vous comprenez donc, Monsieur le Président, la raison du peu d'empressement que n'importe quel adversaire politique mettrait à vous affronter. Pour autant, malgré votre popularité quasi religieuse, ils doivent accepter de jouer le jeu de la Démocratie, l'unique voie susceptible de proposer des réponses recevables aux principales préoccupations des Ivoiriens qui sont : l'emploi des jeunes, la santé pour tous, la sécurité, l'éducation, l'unité nationale, l'enracinement des valeurs démocratiques Fini le temps de l'enfance politique ! C'est au degré de crédibilité des programmes que le peuple jugera les candidats. Que ceux qui éprouvent des difficultés à s'adapter au monde moderne en participant sainement au jeu démocratique, disparaissent à tout jamais de la scène politique, la population leur en saura gré. Car,

Nous avons tous trop souffert

Cette souffrance, qui a maintes fois viré au martyre, nous adjoint de réaliser un seul rêve : la paix ; une paix définitive entre toutes les filles et tous les fils de ce pays, afin de reconstruire une nation forte, tant le tissu social a été fragilisé.
En effet, pendant deux ans, la Côte d'Ivoire du Nord et la Côte d'Ivoire du Sud (selon une terminologie volontairement tendancieuse) se sont livré une guerre sans merci. Le fleuron de la jeunesse ivoirienne a péri. Des deux côtés. Un gâchis. Ce fut pour vous, Monsieur le Président une longue période de souffrance, d'angoisse et d'intense activité diplomatique qui a permis de ménager le sang des Ivoiriens : les armes se sont définitivement tues.
Au cours de ces années difficiles, en homme politique sage et avisé, vous avez concentré tous vos efforts à la sauvegarde de l'intégrité de la Côte d'Ivoire, et cherché à éviter, par tous les moyens, la séparation du Nord et du Sud. Mais alors que de "couleuvres" ne nous avez-vous pas fait avaler !
Oui, Monsieur le Président, nombre de vos choix politiques nous ont fait grincer des dents. Peuple blessé et incompris du monde entier, vos différentes propositions en faveur de la paix étaient synonymes de reddition aux yeux de nombreux Ivoiriens qui rêvaient d'en découdre avec l'ennemi. Nous les avons acceptées parce qu'elles venaient de vous, car au-delà de tout, la Côte d'Ivoire républicaine vous aime et vous fait confiance ! Qui ne se souvient de ce jour où submergé par l'émotion, vous avez dit à l'adresse des Ivoiriens:

Je ne vous trahirai jamais !?

Et de fait, Monsieur le Président, vous ne nous avez jamais trahi : votre seul tort a été d'avoir eu raison trop tôt, comme tous les grands hommes de l'histoire de l'humanité. Les Ivoiriens doivent à cette grande justesse de vue de pouvoir vivre de nouveau en paix avec leurs frères de tous les horizons de la Côte d'Ivoire. L'?uvre patriotique "Ode à la patrie" tout en exaltant le sentiment national des patriotes, invitait déjà chaque Ivoirien au pardon, et à la nécessaire réconciliation nationale :
" Si la paix et l'amour
Sont ta lumière du jour
Si le rêve d'unité
Epouse tes idées
Si malgré toutes ces peines
Ton c?ur est sans haine
Si pour bâtir demain
Tu sais tendre la main "
Aujourd'hui, encore inconcevable hier, le boulevard de la Réconciliation est grand ouvert. D'Abidjan à Bouaké, et de Bouaké à Abidjan, la Côte d'Ivoire va à la rencontre de la Côte d'Ivoire.
Finis, le regard qui déshabille, le verbe qui terrasse et la main qui assassine. Grâce à vous. Merci Monsieur le Président !
Merci, également, à la Première Dame, Madame Simone Gbagbo, votre valeureuse épouse, qui la première, presqu'au lendemain de l'attaque, a embouché la trompette de la Réconciliation. Devant une Côte d'Ivoire ahurie, qui ne comprenait pas. Par cette attitude à contre-courant, elle a très tôt semé la graine du pardon dans nos c?urs meurtris qui criaient vengeance, évitant ainsi à notre pays le spectre du génocide rwandais.
Merci à tous vos pairs africains et non africains qui vous ont sincèrement épaulé et qui sont encore auprès de vous, en lumière ou dans l'ombre. Une palme spéciale, enfin, à Monsieur Thabo Mbeki : la Côte d'Ivoire éprouve à l'endroit de ce grand Africain une reconnaissance éternelle.
A nous tous, Enfants de Côte d'Ivoire, tous main dans la main, redonnons vie à cet Amour qui nous unit.
Contre vents et marées.
Merci, Monsieur le Président ! Vous avez eu raison d'y croire.

Yvette Tchéyarro Dallo
tcheyarro_lhi@yahoo.fr

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Article publié par Le Temps et référencé par 225.ci.