Café-cacao : L'ochratoxine A, une menace pour la production
Du 28 au 30 juillet dernier, l'Onudi a organisé un atelier de formation à l'intention des journalistes sur les risques de l'OTA. L'ochratoxine A encore appelée OTA se positionne déjà comme une sérieuse menace pour le café et le cacao ivoiriens. Selon des experts, l'OTA est un contaminant alimentaire qui, si rien n'est fait, pourrait discréditer au niveau du marché mondial, divers produits de consommation made in Côte d'Ivoire , singulièrement, le café et le cacao. Et ce, avec tout ce que cela comporte comme pertes au niveau du revenu des producteurs et partant, de l'économie nationale. Afin de faire face à ce danger, le gouvernement ivoirien a mis en place un programme national dit de prévention et de contrôle de la contamination du café et du cacao par l'ochratoxine A (programme OTA). Ce programme est exécuté par l'Onudi (Organisation des Nations unies pour le développement industriel). Dans le cadre de la mise en ?uvre du volet vulgarisation, l'Onudi a organisé à Divo, un séminaire de formation sur l'ochratoxine A, à l'intention de la presse ivoirienne. Une trentaine d'organes de presse y ont pris part. Ils ont été relayés par une trentaine de vulgarisateurs, c'est-à-dire des personnes formées spécialement pour véhiculer ce message aux producteurs. Pendant 4 jours, les formateurs ont expliqué aux journalistes, entre autres, les causes, manifestations, les enjeux et méthodes de lutte contre l'OTA. L'objectif de cette formation était de permettre aux participants d'acquérir les techniques d'élaboration de messages de sensibilisation et d'information destinés aux acteurs de la filière café-cacao. La formation a été assurée par Mme Marie Constance Houédanou, responsable de la capitalisation et de la formation des formateurs et M. N'Gang Francis, expert, tous deux à Inades Formation. Selon les formateurs, l'OTA est une mycotoxine. C'est-à-dire, une substance toxique, produite naturellement par certaines moisissure. Les moisissures étant elles-mêmes des champignons microscopiques. A en croire les experts, l'OTA contamine généralement les aliments comme les céréales, les oléagineux, le café, le cacao, les fruits secs (raisins secs), les haricots, la bière et le vin. On le trouve également dans certains produits d'origine animale comme les rognons de porcs et les charcuteries fumées. Les champignons microscopiques susceptibles de produire l'OTA eux, se développent dans certaines conditions. A savoir : la présence d'eau ou d'humidité, les températures variant entre 15 et 37°C, avec une valeur optimale de 28°C. Concernant le café et le cacao, plusieurs facteurs peuvent favoriser leur contamination par l'OTA, à en croire les spécialistes. Ce sont, entre autres, les piqûres d'insectes sur les cabosses de cacao ou les cerises de café qui laissent des tunnels pouvant favoriser la présence de moisissure, les moisissures sur les fèves de cacao et les grains de café, la pourriture sur les cabosses de cacao ou les cerises de café. L'OTA peut-elle représenter un danger pour la santé humaine ? Oui. Selon les experts, les ingestions à dose élevée de produits contaminés par l'OTA peuvent provoquer une intoxication aiguë qui se manifeste par l'altération de certains organes vitaux comme les reins ou le foie du consommateur. L'OTA pourrait également, craignent-ils, être responsable de certains cancers, de certaines malformations congénitales et certaines maladies du système nerveux. Du point de vue des exportations, la présence d'OTA dans le café et le cacao a un impact négatif. Car, indiquent les formateurs, depuis décembre 2006, un règlement de l'Union Européenne fixe les teneurs maximales en OTA pour certaines denrées alimentaires. Il s'agit pour le café torréfié de 5µg/kg (lisez : 5 microgrammes par kilogramme), pour le café torréfié moulu, 5µg/kg, et pour le café instantané, 10µg/kg. Et quoi que les limites pour le café vert, le cacao et les produits chocolatés ne soient pas encore fixées, certains pays ont déjà établi des normes pour protéger leurs consommateurs. C'est le cas de l'Italie et de l'Espagne qui ont refoulé les productions ivoiriennes de café vert en 2005, 2006 et 2007. Au dire des experts, si rien n'est fait pour réduire ou éliminer la contamination de ces produits par l'OTA, plus de 40 000 tonnes des exportations de café et environ 140 000 tonnes de cacao de Côte d'Ivoire pourraient être refusées dans les prochaines années, à l'entrée du marché européen. D'où la sensibilisation des acteurs de la filière aux bonnes pratiques , afin de prévenir la contamination. A commencer par les producteurs.
Casimir Djézou
Envoyé spécial à Divo
Casimir Djézou
Envoyé spécial à Divo