Le processus de paix à l'épreuve de l'affaire Zackaria
Nous voici à 190 jours du premier tour de l'élection présidentielle. Tout porte à croire que le délai sera peut-être encore reporté d'une semaine à trois semaines maximum dans le cadre du scénario le plus optimiste tandis que quelques pessimistes voient plutôt qu'il faut encore attendre une année supplémentaire avant que notre pays renoue avec la démocratie et l'Etat de droit via l'expression libre et égalitaire du suffrage universel.
C'est au moment ou approche ce grand rendez-vous qu'est intervenu ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire ZACKARIA qui est loin d'être un épiphénomène. Si le divorce se consomme définitivement entre l'ex chef de zone de Séguéla et Vavoua, cela ferait de lui un nouveau frustré du processus de paix. Au crédit de Guillaume Soro, cela ne fait pas bien !
Si pendant longtemps avant le dialogue direct, le camp présidentiel avait semblé refuser la paix et même des conditions minimales, avant d'offrir le jackpot à Guillaume Soro, ainsi qu'aux FN, c'est surtout parce les patriotes et les partisans du chef de l'Etat, ainsi que Laurent Gbagbo lui-même avaient des inquiétudes sur leur sort et sur leur avenir qui semblait être décidé par des personnes autres qu'eux.
Peut-on balayer dans ces conditions d'un revers de la main, quelques réserves et inquiétudes exprimées au sien des Forces nouvelles et les disqualifier tout de go, en disant que c'est une machination du RDR, d'ADO ou que c'est un coup du prépare le sergent-chef IB. En réalité cette situation qui est loin d'être une affaire interne aux Forces nouvelles, au point de faire l'objet d'un commentaire du chef de l'Etat en conseil des ministres et de figurer dans le communiqué dudit conseil, met en avant quelques limites et lacunes du dialogue direct et de l'accord de Ouaga.
Après plus d'un d'application de l'Accord de Ouaga, arriver à la crise en cours entre Zackaria et les FN, en plus des difficultés opérationnelles sur le terrain (recherche de consensus sur le cahier de charges de Sagem, sur le mode opératoire, sur la fixation de la date des élections, etc),amène à se demander s'il n'était pas mieux de faire durer plus longtemps le dialogue direct pour régler d'un trait et d'un coup tous les problèmes, avant d'avoir signé l'accord de Ouagadougou.
En effet de peur de traîner et de mettre tout en échec, Ouaga a ignoré quelques sujets qui fâchent notamment le cas IB, les militaires en exil, la question des grades, le sort de la société civile, le mécanisme de dialogue entre les acteurs militaires principaux et la question éthique, aussi essentielle que la quête de la paix. La paix à n'importe quel prix est-elle à choisir, la fin doit-elle toujours justifier les moyens, ne faut-il pas avoir peur de créer des précédents fâcheux ?
Ces questions essentielles n'ont pas été abordées. Parce que chacun avait une petite idée derrière la tête. Ainsi alors que le fait que Guillaume Soro devienne Premier ministre pouvait et devrait suffire à satisfaire les soldats de Bouaké et les chefs de guerre, on a entendu de sourdes revendications sur les grades octroyés par le Sg des FN durant la guerre. Cette revendication, nous l'avons souvent écrit, était à notre avis, une provocation.
C'est comme si les personnes devenues médecins, enseignants, avocats ou etcsans le respect des normes de la profession exigeaient à leur tour la reconnaissance de leurs titres et qualités acquis durant la guerre pour venir en imposer à ceux qui ont été formés normalement. Le droit acquis ne saurait être une source de légitimation durable, s'il doit mettre en péril la cohésion et les fondements de la société.
C'est pour avoir laissé prospérer cette question des grades qui est en réalité une défiance à l'égard de Guillaume Soro, et l'expression du fait que la trentaine de chefs de guerres concernés par les grades sont davantage soucieux de leurs destins personnels que d'être fiers de la promotion de leur chef incontesté, en même temps qu'elle est une provocation vis-à-vis d'Abidjan, que nous sommes arrivés à l'affaire Zackaria qui n'est ni un épiphénomène, ni une affaire interne aux FN, à moins d'accréditer la thèse de certaines personnes qui demandent s'il ne s'agit pas d'une mise en scène de l'ex rébellion, à l'effet de distraire l'opinion nationale et international et de lancer un ballon d'essai sur une grande initiative pouvant être menée pour empêcher la tenue des élections le 30 Novembre.
Ainsi après Koné Zackaria, Chérif Ousmane et d'autres come-zones, devraient monter au créneau pour à leur tour se faire entendre. Pour notre part, nous ne souscrivons pas à cette thèse. Nous notons simplement la cacophonie et la confusion dans la communication et la gestion de l'affaire. Le discours est contradictoire et comme souvent la presse est clouée au pilori. On a vu par exemple une tentative de présenter Koné Zackaria comme un plaisantin, sans que ceux qui disaient cela aient pu se souvenir que cela signifie qu'en réalité si tel est le cas, c'est que ce sont les FN elles-mêmes qui sont un ramassis de plaisantins. A force de vouloir toujours brûler tout et tout le monde, on finit par se détruire.
Si la crise née de la rébellion est une crise identitaire et donc liée à la politique, il reste cependant vrai que nous avons eu affaire à un mouvement militaire à l'origine. Contrairement au FPI, au PDCI, au RDR, les Forces nouvelles restent un mouvement d'origine militaire ayant tenté un renversement des institutions et l'accès au pouvoir par les armes. Il ne s'agit pas d'une association dont le but est l'accès au pouvoir par les urnes. Or il se trouve qu'aujourd'hui les civils ont pris le pas et le pouvoir sur les militaires et la troupe. Cette réalité est au c?ur de la colère zackarienne.
Lors du premier gouvernement Diarra tout le monde s'était plaint des ministres cuisiniers et analphabètes donnés par les FN : Tuo Fozié, Koné Messamba, à côté du général Gueu Michel. Mais cela témoignait de ce que la part des militaires était encore à l'époque prépondérante.
Durant toutes ces années, Guillaume Soro a certes pris des coups et vécu dans l'urgence, mais cela peut-il justifier qu'il n'ait pas songé à donner un caractère démocratique et moins soviétique ou asiatique aux sources de son pouvoir et de son autorité sur les FN. En effet on a vu à plusieurs reprises des cérémonies et des déclarations d'allégeance des chefs militaires. On a vu le contrôle apparent qu'il a sur la troupe, on voit des tournées et des concertations avec les populations.
Mais quand on veut prendre le pas sur la force militaire et sur le diktat des armes, on se soumet à une élection, et on en appelle à l'adhésion des populations, des soldats, on crée une organisation formelle et on sort de l'informel. Pour avoir joué sur l'informel et ses avantages, le chef de Forces nouvelles ne pouvait qu'en endosser également les inconvénients. Qui l'a fait roi ? A t-il été élu chef à Bouaké ? Peut-il s'émanciper des humeurs de ses chefs de guerre ? Guillaume Soro qui contrairement aux leaders historiques de rébellion comme Fidel Castro, Jonas Savimbi, Kabila père, Charles Taylor, Foday Sankoy n'a pas pris le maquis ni les armes, peut-il se passer des chefs de guerre pour parler aux soldats et obtenir qu'ils déposent les armes ?
En définitive, en espérant qu'il ne soit pas tard, il convient d'espérer que le Premier ministre admette que le succès de son action ne sera pas durable, même s'il réussit à tenir le pari du 30 Novembre prochain, tant qu'il ne tendra pas à son tour la main à tout le monde, suivant en cela la main que lui a tendue Laurent Gbagbo. Personne ne doit et ne peut être exclu de la paix !
Telle est l'une des leçons que contient l'affaire Zackaria Koné, dont les enjeux et la conséquence ont sans doute été mieux perçus (par le facilitateur Blaise Compaoré) et par Guillaume Soro lui-même que par certains de ses collaborateurs et partenaires du processus de paix, toujours prompts à jeter de l'huile sur le feu. Oubliant que le plus jamais unanime qui nous fait dire que la guerre n'est plus possible dans notre pays, avait été dit avant sous une autre forme jusqu'à ce que la Côte d' Ivoire devienne comme tous les autres :coups d'Etat, rebellions et longue crise politique, tueries, morts et assassinats, etc
Par Assé Alafé Wakili
C'est au moment ou approche ce grand rendez-vous qu'est intervenu ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire ZACKARIA qui est loin d'être un épiphénomène. Si le divorce se consomme définitivement entre l'ex chef de zone de Séguéla et Vavoua, cela ferait de lui un nouveau frustré du processus de paix. Au crédit de Guillaume Soro, cela ne fait pas bien !
Si pendant longtemps avant le dialogue direct, le camp présidentiel avait semblé refuser la paix et même des conditions minimales, avant d'offrir le jackpot à Guillaume Soro, ainsi qu'aux FN, c'est surtout parce les patriotes et les partisans du chef de l'Etat, ainsi que Laurent Gbagbo lui-même avaient des inquiétudes sur leur sort et sur leur avenir qui semblait être décidé par des personnes autres qu'eux.
Peut-on balayer dans ces conditions d'un revers de la main, quelques réserves et inquiétudes exprimées au sien des Forces nouvelles et les disqualifier tout de go, en disant que c'est une machination du RDR, d'ADO ou que c'est un coup du prépare le sergent-chef IB. En réalité cette situation qui est loin d'être une affaire interne aux Forces nouvelles, au point de faire l'objet d'un commentaire du chef de l'Etat en conseil des ministres et de figurer dans le communiqué dudit conseil, met en avant quelques limites et lacunes du dialogue direct et de l'accord de Ouaga.
Après plus d'un d'application de l'Accord de Ouaga, arriver à la crise en cours entre Zackaria et les FN, en plus des difficultés opérationnelles sur le terrain (recherche de consensus sur le cahier de charges de Sagem, sur le mode opératoire, sur la fixation de la date des élections, etc),amène à se demander s'il n'était pas mieux de faire durer plus longtemps le dialogue direct pour régler d'un trait et d'un coup tous les problèmes, avant d'avoir signé l'accord de Ouagadougou.
En effet de peur de traîner et de mettre tout en échec, Ouaga a ignoré quelques sujets qui fâchent notamment le cas IB, les militaires en exil, la question des grades, le sort de la société civile, le mécanisme de dialogue entre les acteurs militaires principaux et la question éthique, aussi essentielle que la quête de la paix. La paix à n'importe quel prix est-elle à choisir, la fin doit-elle toujours justifier les moyens, ne faut-il pas avoir peur de créer des précédents fâcheux ?
Ces questions essentielles n'ont pas été abordées. Parce que chacun avait une petite idée derrière la tête. Ainsi alors que le fait que Guillaume Soro devienne Premier ministre pouvait et devrait suffire à satisfaire les soldats de Bouaké et les chefs de guerre, on a entendu de sourdes revendications sur les grades octroyés par le Sg des FN durant la guerre. Cette revendication, nous l'avons souvent écrit, était à notre avis, une provocation.
C'est comme si les personnes devenues médecins, enseignants, avocats ou etcsans le respect des normes de la profession exigeaient à leur tour la reconnaissance de leurs titres et qualités acquis durant la guerre pour venir en imposer à ceux qui ont été formés normalement. Le droit acquis ne saurait être une source de légitimation durable, s'il doit mettre en péril la cohésion et les fondements de la société.
C'est pour avoir laissé prospérer cette question des grades qui est en réalité une défiance à l'égard de Guillaume Soro, et l'expression du fait que la trentaine de chefs de guerres concernés par les grades sont davantage soucieux de leurs destins personnels que d'être fiers de la promotion de leur chef incontesté, en même temps qu'elle est une provocation vis-à-vis d'Abidjan, que nous sommes arrivés à l'affaire Zackaria qui n'est ni un épiphénomène, ni une affaire interne aux FN, à moins d'accréditer la thèse de certaines personnes qui demandent s'il ne s'agit pas d'une mise en scène de l'ex rébellion, à l'effet de distraire l'opinion nationale et international et de lancer un ballon d'essai sur une grande initiative pouvant être menée pour empêcher la tenue des élections le 30 Novembre.
Ainsi après Koné Zackaria, Chérif Ousmane et d'autres come-zones, devraient monter au créneau pour à leur tour se faire entendre. Pour notre part, nous ne souscrivons pas à cette thèse. Nous notons simplement la cacophonie et la confusion dans la communication et la gestion de l'affaire. Le discours est contradictoire et comme souvent la presse est clouée au pilori. On a vu par exemple une tentative de présenter Koné Zackaria comme un plaisantin, sans que ceux qui disaient cela aient pu se souvenir que cela signifie qu'en réalité si tel est le cas, c'est que ce sont les FN elles-mêmes qui sont un ramassis de plaisantins. A force de vouloir toujours brûler tout et tout le monde, on finit par se détruire.
Si la crise née de la rébellion est une crise identitaire et donc liée à la politique, il reste cependant vrai que nous avons eu affaire à un mouvement militaire à l'origine. Contrairement au FPI, au PDCI, au RDR, les Forces nouvelles restent un mouvement d'origine militaire ayant tenté un renversement des institutions et l'accès au pouvoir par les armes. Il ne s'agit pas d'une association dont le but est l'accès au pouvoir par les urnes. Or il se trouve qu'aujourd'hui les civils ont pris le pas et le pouvoir sur les militaires et la troupe. Cette réalité est au c?ur de la colère zackarienne.
Lors du premier gouvernement Diarra tout le monde s'était plaint des ministres cuisiniers et analphabètes donnés par les FN : Tuo Fozié, Koné Messamba, à côté du général Gueu Michel. Mais cela témoignait de ce que la part des militaires était encore à l'époque prépondérante.
Durant toutes ces années, Guillaume Soro a certes pris des coups et vécu dans l'urgence, mais cela peut-il justifier qu'il n'ait pas songé à donner un caractère démocratique et moins soviétique ou asiatique aux sources de son pouvoir et de son autorité sur les FN. En effet on a vu à plusieurs reprises des cérémonies et des déclarations d'allégeance des chefs militaires. On a vu le contrôle apparent qu'il a sur la troupe, on voit des tournées et des concertations avec les populations.
Mais quand on veut prendre le pas sur la force militaire et sur le diktat des armes, on se soumet à une élection, et on en appelle à l'adhésion des populations, des soldats, on crée une organisation formelle et on sort de l'informel. Pour avoir joué sur l'informel et ses avantages, le chef de Forces nouvelles ne pouvait qu'en endosser également les inconvénients. Qui l'a fait roi ? A t-il été élu chef à Bouaké ? Peut-il s'émanciper des humeurs de ses chefs de guerre ? Guillaume Soro qui contrairement aux leaders historiques de rébellion comme Fidel Castro, Jonas Savimbi, Kabila père, Charles Taylor, Foday Sankoy n'a pas pris le maquis ni les armes, peut-il se passer des chefs de guerre pour parler aux soldats et obtenir qu'ils déposent les armes ?
En définitive, en espérant qu'il ne soit pas tard, il convient d'espérer que le Premier ministre admette que le succès de son action ne sera pas durable, même s'il réussit à tenir le pari du 30 Novembre prochain, tant qu'il ne tendra pas à son tour la main à tout le monde, suivant en cela la main que lui a tendue Laurent Gbagbo. Personne ne doit et ne peut être exclu de la paix !
Telle est l'une des leçons que contient l'affaire Zackaria Koné, dont les enjeux et la conséquence ont sans doute été mieux perçus (par le facilitateur Blaise Compaoré) et par Guillaume Soro lui-même que par certains de ses collaborateurs et partenaires du processus de paix, toujours prompts à jeter de l'huile sur le feu. Oubliant que le plus jamais unanime qui nous fait dire que la guerre n'est plus possible dans notre pays, avait été dit avant sous une autre forme jusqu'à ce que la Côte d' Ivoire devienne comme tous les autres :coups d'Etat, rebellions et longue crise politique, tueries, morts et assassinats, etc
Par Assé Alafé Wakili