La réponse du Pr Wodié aux questions des journalistes : L'opération Mains propres n'a-t-elle pas des relents politiques
Francis Kassy (ONUCI-FM)
La justice française a décidé d'entendre Mme Simone Ehivet Gbagbo et le ministre Bohoun Bouabré dans "l'affaire Kieffer". Quel est l'avis du président du PIT sur cette affaire ? Et également que pensez-vous du fait que les bailleurs de fonds rechignent à financer les élections ?
L'affaire Kieffer est une affaire bien connue maintenant. La procédure a été ouverte et elle suit son cours. Notre point de vue, c'est que toutes les affaires quelles qu'elles soient doivent être réglées en toute justice de sorte que tous ceux qui sont de près ou de loin mêlés à l'affaire qui doivent être entendus doivent l'être dans le seul souci de faire éclater la vérité. Et une fois que la vérité est connue, que les décisions sont prises, il importe de les appliquer. Mais avant que la justice n'ait tranché, peut-être que tout à l'heure, j'en parlerai, il y a un principe essentiel dans un Etat de droit qui consiste à tenir pour innocente toute personne jusqu'à ce que par voie de justice, sa culpabilité ait été établie. Donc, il faut que la justice suive son cours sans discrimination aucune, qu'on réunisse les preuves et qu'on prenne les décisions appropriées. C'est ce que je peux dire. Donc je vais dépersonnaliser pour poser un problème général que ce soit celle-ci ou celui-là, dès lors que l'entendre est une condition de la manifestation de la vérité, il faut y aller.
Pour ce qui est des élections, tout à l'heure dans le texte, nous avons dit que les élections en particulier l'élection présidentielle et les élections législatives sont les élections politiques manifestant la souveraineté de l'Etat. Dans les conditions normales, il appartient à chaque Etat de prendre en charge les exigences de préparation, l'organisation et le déroulement des élections. De même que nous n'acceptons pas de voir les élections en Côte d'Ivoire concernant les dirigeants ivoiriens soient organisées par l'extérieur. On m'avait posé la question en son temps s'il fallait confier à l'ONU le soin d'organiser les élections en Côte d'Ivoire. Le PIT a été ferme en disant qu'il ne peut, en aucune manière, appartenir à qui que ce soit, ni à un Etat, ni à une organisation internationale quelle qu'elle soit d'organiser les élections en Côte d'Ivoire pour les Ivoiriens. Cela signifie que les Ivoiriens doivent organiser leurs élections. Et l'accord de Ouagadougou a été donné comme un accord inter ivoirien. Encore qu'on ait à redire. Un accord inter ivoirien, ça signifie quoi ? Ça signifie que ceux qui ont pris la décision veulent renvoyer aux Ivoiriens le soin d'organiser les élections. Toute situation illogique interne, dès lors qu'on estime que le règlement de la situation incombe aux ivoiriens, il doit revenir aux Ivoiriens de se donner les moyens d'appliquer des dispositions contenues dans l'accord ainsi conclu. Donc pour nous, au lieu de regarder à l'extérieur et de se reposer sur l'extérieur, du souhait de régler des problèmes qui nous appartiennent et de dire que si les bailleurs de fonds ne donnent pas les fonds, l'élection est bloquée. Elle est bloquée pour qui, pour les bailleurs de fonds ou pour la Côte d'Ivoire. Alors si on tient pour sérieuse une telle élection, il faut la prendre au sérieux. Et nous, nous pensons que les Ivoiriens doivent maintenant chercher en Côte d'Ivoire les moyens pour organiser les élections. On ne peut pas se réfugier derrière le fait qu'on n'a pas reçu les fonds de l'extérieur pour dire que le processus est bloqué. Donc il faut sérieusement voir comment nous allons dégager des fonds et des fonds existent en Côte d'Ivoire. C'est une question de priorité. Alors il faut trouver la bonne formule et la concertation que nous préconisons, nous avant les élections doit permettre de dégager les solutions appropriées pour que les Ivoiriens se sentent concernés. Qu'ils constatent que les décisions viennent de l'ensemble des Ivoiriens et non de deux ou trois personnes. Pour prendre des engagements, pour les tenir, pour les mettre en ?uvre, dans le texte, j'ai dit qu'il faut que nous soyons prêts à faire des sacrifices pour la paix. Que nous soyons prêts à apporter nos contributions à l'organisation des élections. Que chacun puisse donner qui 100f, qui 1600f, qui un million, qui un milliard pour que les sommes puissent être réunies pour que les élections se tiennent.
Voulez-vous dire que l'Etat peut lancer un appel à la population pour que celle-ci cotise ?
Cela l'implique mais il faut le faire sérieusement. Il ne faut pas le faire de manière unilatérale. Si nous devons donner des fonds, il faut que nous décidions ensemble, que nous contrôlions l'utilisation des fonds, qu'il ne soit pas détourné et qu'il ne soit consacré qu'à l'organisation des élections. Sous la forme de don volontaire ou d'emprunt obligataire, tout cela demande à être étudié pour voir quelle est la meilleure formule. Mais moi, je considère qu'on ne peut pas se réfugier derrière le comportement des bailleurs de fonds pour dire que les élections n'auront pas lieu. Cette mentalité-là doit disparaître en nous. Trop souvent, les pays du 1/3 monde se plaignent. Ils sont victimes du néo-colonialisme, ils sont victimes des pressions politiques extérieures et puis chaque fois on se tourne vers l'extérieur pour chercher les moyens. Quel est cet homme libre et digne qui ne veut pas voir les autres régler ses problèmes et qui chaque fois fait la mendicité pour avoir les moyens de se prendre en charge. On est la souveraineté de l'Etat dans ces conditions-là ? Il faut être sérieux, c'est un problème extrêmement grave, il faut être sérieux. Alors il faut éviter le gaspillage. La confusion qui règne ici et là pour dégager les fonds et pour les mettre à la disposition de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens pour régler ces problèmes-là. On ne doit pas constamment regarder les autres. Il faut commencer par soi-même.
Barthelemy Kouamé (Frat-Mat)
Considérez-vous que le fait que la justice française convoque des personnalités ivoiriennes dans "l'affaire Kieffer" va impacter négativement le processus de sortie de crise. Ces derniers temps, on parle beaucoup d'un éventuel remaniement ministériel. Est-ce que le PIT a été consulté par le chef du gouvernement ou le chef de l'Etat pour la formation de ce gouvernement ? On parle de gouvernement restreint avec l'absence de membres de partis politiques. Est-ce qu'au PIT, vous êtes pour cette formule ?
"L'affaire Kieffer", il faut la mettre là où elle doit être. Il ne faut pas la banaliser, il ne faut pas non plus dramatiser et je ne crois pas que cette affaire constitue une menace, pour le processus de paix. Les personnes dont on dit qu'elles sont invitées à témoigner doivent témoigner. Elles ne sont pas mises en cause. Elles seront entendues en tant que témoins. Et ces personnes disent d'ailleurs n'avoir reçu aucune convocation. Donc laissons les choses et occupons-nous de ce que nous devons faire. Laissons aux juges le soin de régler ce problème et nous, partis politiques, hommes politiques, nous nous occupons des problèmes politiques, des problèmes généraux pour créer les conditions d'Etat normal. Alors, pour le remaniement ministériel, la rumeur circule. Elle nous est parvenue, nous n'avons pas d'informations. Personne n'a pris contact avec le PIT pour parler du remaniement ministériel ou bien pour solliciter le PIT. Alors un gouvernement sans partis politiques, qu'elle est la logique de cette affaire ? Je suppose que l'idée c'est de faire en sorte que ce gouvernement qui est un instrument de réalisation des objectifs définis par les divers accords soit à l'abri des considérations électoralistes et politiques pour que les partis politiques n'utilisent pas les moyens de l'Etat à des fins autres que la mission qui leur a été confiée qui est celle de regler les problèmes pour ramener la paix. Il y a quelque temps et nous n'avons pas encore renoncé à cette idée, nous avons dit que nous sommes dans le cadre d'une transition. Il importe de faire en sorte que ceux qui vont conduire la transition n'aient qu'une mission et qu'une seule. Celle consistant à régler les problèmes liés à la transition, à créer les conditions de la paix et à s'en donner les moyens. Il faut donc écarter tous ceux qui sont des candidats déclarés ou des candidats potentiels. Et tous ceux qui dirigent la transition doivent être déclarés inéligibles pour ne pas se servir de leur position pour fausser le jeu électoral. Donc ni le chef de l'Etat, ni le Premier ministre ne peuvent être candidats. En tant qu'acteurs principaux de la transition. Si c'est l'idée qui prévaut et qui soutient ce remaniement ministériel, il faut aller jusqu'au bout de la logique. Donc on attend de voir et puis on verra. Pour le moment, il n'y a rien à voir. Les choses restent en l'état et nous verrons. Mais si les élections n'ont pas lieu le 30 novembre 2008 qu'est-ce qu'on fait ? On fait quelque chose en tout cas mais on fait quoi ? Le PIT avisera si l'élection n'a pas lieu, les choses ne vont pas continuer leur train train quotidien. Ça sera un moment majeur. Il faudra prendre des dispositions, lesquelles, nous le ferons en concertation avec d'autres. Donc voilà ce que je peux dire pour le moment. Ça fait un peu politique fiction. Attendons de voir. Quand on aura des données, on en rediscutera.
Ignace Kacou (Radio CI)
Merci M. le président pour votre intervention parce que le PIT est le premier parti politique à se prononcer sur l'augmentation du prix du carburant. Mais monsieur le président, je voudrais savoir si au PIT vous n'avez pas vu cette "tornade" arriver. Qu'a fait le PIT pour que cela n'arrive pas ? N'est-ce pas trop tard que vous intervenez aujourd'hui ? Vous ne cessez de parler de la concertation nationale mais sans suite. Menez-vous des actions sur le terrain ou avez-vous rencontré le chef de l'Etat pour que votre idée soit mise en application ? Vous annoncez votre candidature aux élections présidentielles au moment où on parle de la cherté de la vie. Que proposez-vous pour la réduction du coût de la vie en Côte d'Ivoire ?
Je commence par la fin. Il faut dire que je n'ai pas déclaré ma candidature. C'est le PIT qui a désigné son candidat qui l'annonce à l'opinion. Donc je ne suis pas le candidat de Wodié, je suis le candidat du PIT. La deuxième idée, qu'est-ce que nous avons fait ? Mais pour le moment, en temps que parti politique et soucieux de la paix, nous appelons les dirigeants à la responsabilité. Si c'était le PIT qui décidait, logique avec lui-même, il n'aurait pas pris de décision unilatérale pour consulter les gens après coup, pour quoi faire ? C'est le médecin après la mort. Donc il faut organiser les discussions avant de prendre les grandes décisions, de manière qu'on aboutisse à des décisions consensuelles. Nous sentions venir la chose mais nous pensons que ceux qui décident auraient eu assez d'intelligence et de flair politique pour éviter de prendre certaines décisions. Qui, visiblement, pénalisent les Ivoiriens. Déjà la crise a appauvri les Ivoiriens. En augmentant le prix du carburant, il y a des répercussions dans le secteur de la consommation d'une manière générale, des transports. D'une manière générale, le pouvoir d'achat des Ivoiriens s'affaisse. Donc les Ivoiriens s'appauvrissent. Et quelles mesures d'accompagnement ont été prises ? En notre connaissance, rien. Donc l'idée qui a été déjà proposée par les travailleurs eux-mêmes c'est de revaloriser le salaire des travailleurs en relevant le SMIG par exemple. Et en relevant le salaire de tous les travailleurs. Le gouvernement doit pouvoir subventionner les produits de première nécessité pour stabiliser les prix, dans l'intérêt des consommateurs de la Côte d'Ivoire, pour que la demande puisse fonctionner. Mais d'autres mesures existent que nous aurions prises avec les autres et de manière consensuelle. Le relèvement est très haut au-delà de l'augmentation du prix du baril sur le marché international. L'Etat aurait dû détaxer un peu les prix ici, c'est-à-dire réduire les taxes qui frappent le carburant. On nous dit que les réserves sont suffisantes et que le prélèvement de 6% aurait pu ne pas intervenir actuellement. Donc il y a des mécanismes qu'on peut étudier pour, ou ne pas relever les prix ou alors les relever à un niveau assez bas. De tout cela, on aurait dû discuter. Non de manière bureaucratique mais de manière démocratique. La concertation nationale, est-ce que nous en parlerons avec le chef de l'Etat ? Je rappelle pour les plus jeunes qu'en 1990, nous avions formé la coordination des partis de gauche dont le PIT, le FPI. Les deux autres étant l'USD et le PSI. Nous avons tenu des conférences de presse à la veille des élections présidentielles pour dire que si la concertation n'a pas lieu, nous, les partis de gauche, nous n'irions pas aux élections. Mais non seulement nous n'irions pas aux élections mais il n'y aura pas d'élections du tout. Et Gbagbo était le porte-parole de la Coordination et c'est lui qui a parlé au nom de la Coordination. Donc il n'est pas un nouveau venu. Il est informé, il est au courant. Alors est-ce qu'être au pouvoir aujourd'hui a fait que les choses ont changé ? Peut-être mais nous nous ne sommes pas encore au pouvoir et continuons de croire dans la nécessité de la concertation nationale. En système de monarchie, on décide seul. En démocratie, on décide ensemble. C'est une logique élémentaire dont chacun devrait être pénétré. Tout démocrate. Encore plus tous ceux qui disent être des hommes de gauche. Donc nous pensons qu'il faut continuer à poursuivre l'idée de la concertation, le dialogue. Nous avons dit en 90 ou bien c'est le dialogue, la concertation nationale ou bien c'est la violence. On a refusé la concertation nationale, il y a eu la violence avec le sommet. Septembre 2002 en passant par le boycott actif, par le coup d'Etat etc. Est-ce qu'on n'est pas assez intelligent pour ne pas l'avoir compris ? Est-ce que nous sommes trop intelligents nous au PIT ? Je ne crois pas, nous sommes des hommes et des partis ordinaires mais qui réfléchissons un tout petit peu savoir comment on peut régler les problèmes pacifiquement pour ne pas avoir à créer des motifs, des prétextes d'affrontements. Pourquoi on ne comprend pas cela ? Je m'étonne, nous nous étonnons. Alors il y a des gens qui n'ont pas intérêt à cela peut-être mais en tant qu'individu. Mais l'intérêt général c'est bien dans ce sens-là. Il faut qu'on se parle pour savoir ce que chacun pense. Quelle est la solution pour l'un, quelle est la solution pour l'autre, quelle est la solution pour nous tous. Qu'on dégage à travers la concertation ? Il n'y a pas d'autre voie selon nous. Donc si vous y croyez avec nous, il faut appuyer cela. Même si vous n'y croyez pas, vous devez appuyer en tant que présentant de la conférence de presse du PIT. Donc nous comptons sur vous pour mettre l'accent sur la concertation, le dialogue comme le moyen d'éviter les affrontements. Vaut mieux prévenir que d'avoir à guérir. Et au PIT en tout, en politique, en santé, en économie, il faut toujours prévenir. Les choses se font avant et non après coup.
Paul Koffi ("Le Nouveau Réveil")
M. le président, vous avez abordé en partie ma question. Vous avez dit que l'accord de Ouaga est en train de connaître ses limites. Si les élections n'ont pas lieu le 30 novembre, quel est le schéma que le PIT propose concrètement ?
Le PIT propose d'abord pour le PIT. Notre position est connue. Mais le PIT propose pour la Côte d'Ivoire, pour tous les Ivoiriens. Mais le PIT est un parti parmi tous les autres partis politiques. Et la solution du PIT peut ne pas être la solution retenue par les autres. Or tous, nous voulons faire en sorte que nous sortions de la crise. Nous avons dit que les élections dans les conditions où elles ont eu lieu, ont été la porte d'entrée dans la crise. Les élections peuvent être la porte de sortie de la crise. A condition qu'il s'agisse d'élections régulières, d'élections acceptables, parce qu'il n'y aura pas de volonté de tricherie. Les chances seront les mêmes pour tous. Si les élections n'ont pas lieu le 30 novembre, cela rend encore plus nécessaire la Concertation nationale. Il faut que nous en parlions et avant même, si nous nous rendons compte que les choses ne marchent pas. Parce que au PIT, nous disons qu'il faut que la concertation ait lieu avant le 30 novembre. Le Premier ministre semble aller dans ce sens. Cela reste à clarifier. Le PIT et d'autres partis politiques semblent avoir accepté l'idée. La société civile est le moteur de l'affaire. Quand viendra ce temps, et déjà nous sommes en rapport avec la société civile, nous irons, nous, à cette concertation. Tous ceux qui voudront de cette concertation seront présents, pour que nous puissions dégager ensemble le consensus minimal qui règle les problèmes majeurs, économiques, socio-politiques. Alors, ce problème des élections va se poser nécessairement. Faudra-t-il une nouvelle transition si les engagements pris ne sont pas respectés ? Parce que nous refusons le prétexte du financement extérieur. Il faut trouver les solutions. On peut les trouver ici. Alors si l'élection n'a pas lieu qu'est-ce que nous faisons ? Il faut que nous en parlions, qu'on y pense déjà. Une nouvelle transition avec qui ? On laisse les gens continuer comme ils ont commencé ? A vous de décider. Si nous sommes satisfaits de la situation actuelle, nous allons décorer ceux qui sont au pouvoir actuellement. Etant donné qu'il n'y a pas d'élections, on les décore. Ils auront mérité de la nation. Ce sera la volonté du peuple ivoirien. Si on n'est pas satisfait, si nous ne sommes pas satisfaits, nous verrons quelles décisions il importe de prendre. Pour le moment, le PIT n'a pas encore pris de décisions, parce que le PIT continue à espérer que malgré tout, l'élection présidentielle aura lieu effectivement le 30 novembre 2008. En ayant mis en garde pour dire si nous allons à ce rythme-là, nous n'arriverons jamais à ce 30 novembre. Il faut accélérer le rythme sans se précipiter, par des élections régulières, acceptables.
Jean Claude Coulibaly (Le Patriote)
M. le président, vous avez dit tout à l'heure que la date du 30 novembre doit être maintenue. Et dans toutes vos déclarations, vous demandez la concertation nationale. Vous estimez que cette concertation nationale est nécessaire avant les élections. Or où cette formule a été expérimentée, on se rend compte qu'il y a eu plus de temps, parfois sur plusieurs mois. Alors que nous sommes à cinq mois des élections. N'êtes-vous pas en contradiction avec vous-même ?
Peut-être que dans les jours qui viennent, nous pourrons vous faire parvenir nos documents sur la concertation nationale. Mais je peux vous dire dès maintenant que pour nous, cette concertation nationale doit prendre au maximum un mois, pas au-delà. Et on doit pouvoir la tenir. C'est pour prévenir les problèmes qu'on sent déjà, qui se posent déjà. Ce sont ceux qui n'ont pas de nez qui ne sentent pas ce qui arrive. Mais il y a des choses qu'on sent. Quand ça sent le brûlé, on sent déjà. Il faut commencer à voir comment l'éteindre. Parce que tout ce qu'on voit à Vavoua, Séguéla et autres, on parle de primes. Mais il n'y a pas que les primes. C'est des problèmes politiques souterrains. Alors si on soigne la plaie en surface, on ne la guérira jamais. Il faut savoir ce qu'il y a en dessous. En écoutant radio ONUCI, j'ai appris qu'il y a un représentant de IB à Ouaga pour le Comité d'évaluation et d'accompagnement. Qu'est-ce qu'il y fait s'il y est ? Qu'est-ce que ça signifie ? On établit la connexion entre IB et Zacharia. Qu'est-ce qui se passe ? Tout cela demande à être élucidé. Nous sommes parti comme ça en 2002. On disait ceci, on disait cela. On nous rassurait en disant aujourd'hui, on a les armes pour bouter dehors n'importe qui. Celui qui va oser s'attaquer à la Côte d'Ivoire va le regretter. Et puis voilà, comme dans du beurre, les jeunes sont venus, ils sont rentrés dedans. Donc on manque parfois de vigilance et de flair. On est grisé par le petit succès qu'on a ici et puis on dit tout est réglé. Et puis, on commence à s'endormir. Et on est surpris. Nous ne devons plus nous laisser surprendre par qui que ce soit. C'est une situation difficile. Et on pense déjà aux dispositions à prendre pour éviter le naufrage. C'est pour cette raison que nous pensons que la solution de la Côte d'Ivoire n'appartient à aucun Ivoirien en particulier. Elle appartient aux Ivoiriens dans leur ensemble. Voilà pourquoi nous voulons les rassembler pour qu'ils trouvent les solutions appropriées en ayant posé le diagnostic. S'il n'y a pas un bon diagnostic, il n'y aura pas de médicaments appropriés. Le remède sera inefficace. Or est-ce qu'ils sont de bons médecins ceux qui nous dirigent actuellement ? Je ne sais pas. Voilà donc la situation et il est bon de s'en préoccuper.
Diarrassouba Sory (Le Nouveau Réveil)
Sur l'enquête ouverte dans la filière café-cacao, vous avez dit que ça ne doit pas être une affaire électoraliste. Pouvez-vous être un peu plus clair ? Qu'est-ce que vous craignez dans cette affaire ?
D'abord, nous avons dit que nous assistons au spectacle de l'opération "Mains propres". Ce n'est pas innocemment que nous parlons de spectacle. Parce que ce qui importe comme nous l'avons noté, c'est de faire en sorte que les choses se passent en toute sérénité et sérieusement. Un problème important, des hommes et des femmes sont concernés. Il s'agit de rechercher les faits, de les établir et de prendre les mesures en conséquence. Le fait de placer sous mandat de dépôt systématiquement les gens, ne nous paraît pas être une bonne solution. Parce que nous sommes en Afrique. Et dès lors qu'on se retrouve à la MACA, on est sali, atteint dans son honneur. Et si par la suite, on est innocent, on est quand même atteint dans son honneur. Donc il y a des conditions pour placer les gens sous mandat de dépôt, en ayant reconnu et respecté le principe de la présomption d'innocence. Deuxième point, c'est qu'on veut lutter contre la corruption, contre les détournements, contre le faux. Il faut, dès maintenant, prendre des mesures pour que les détournements ne continuent pas d'une manière ou d'une autre. Au lieu d'offrir le spectacle des gens qu'on arrête à l'appel, il faut prendre des mesures pour arrêter les détournements, la mauvaise gestion et récupérer ce qui est encore possible, ce qui reste encore. Dans un pays voisin, la lutte contre la corruption a permis de dégager près de 40 milliards. L'Etat a récupéré près de 40 milliards. Un Etat qui est censé avoir moins de potentialités que la Côte d'Ivoire. Et c'est une voie devant nous permettre d'avoir les moyens pour organiser les élections. Donc, il ne faut pas offrir le spectacle des gens qu'on arrête, qui sont des "patriotes". Ce n'est pas moi qui le dis. Nous étions des rebelles, ils étaient des patriotes. Alors aujourd'hui où est la patrie ? Elle s'est déplacée ? Moi, je pense que quelle que soit la situation, il faut marquer de la mesure et de l'impartialité en respectant la dignité des gens. Mais en prenant des mesures qui s'imposent dans le sens de l'assainissement, du redressement de la situation. Et comme je l'ai dit, la moralisation est un terme majeur pour le PIT. Lorsque j'étais député du PIT à l'Assemblée Nationale, j'ai déposé une proposition de lois contre la corruption et l'enrichissement illicite en 1993. Les tenants du pouvoir à l'époque n'ont pas daigné saisir l'Assemblée Nationale. C'est resté dans les tiroirs du bureau de l'Assemblée Nationale.
Donc la lutte contre la corruption est une vieille affaire. Mais quand des partis de gauche arrivent au pouvoir, il faut lutter efficacement en toute justice, contre la corruption. Parce que la corruption ruine le pays. Le racket procure, on dit, entre 95 et 150 milliards. C'est énorme. Et le racket apparaît comme une institution aujourd'hui avec des ramifications, des complicités ici et là. C'est une affaire de société. Et personne n'est capable de lutter efficacement contre le racket. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Il faut qu'on en parle ouvertement. Ceux qui en profitent, ceux qui organisent, il faut qu'on en parle. Qu'est-ce qu'il faut pour arrêter cela ? Il faut revaloriser les traitements ? Il faut améliorer les conditions pour que les gens n'aient pas recours à cela ? Peut-être. Il faut trouver des solutions pour en finir. Cela nous déshonore tous.
Le pétrole, tout à l'heure, j'en parlais aussi. On ne voit pas clair dedans. C'est opaque. On dit, on a 50.000 barils par jour, on dit 60.000 on dit 100.000, on ne sait pas où on en est. Et qu'est-ce qu'on en fait ? Nous disons, il faut que le chef de l'Etat nous situe si on a du pétrole ou pas. Il y a plusieurs puits ici et là. Là aussi, je crois qu'après appel d'offres, je ne sais, mais ça parait là aussi un peu flou. Combien on a de barils de pétrole ? Est-ce que ça correspond à la consommation interne ? Sinon à quelle hauteur ? Est-ce qu'on exporte ? Quelles sont les recettes ? Est-ce qu'on ne pourrait pas dégager une partie de ces recettes pour financer les élections ? Il faut qu'on en parle un peu. La démocratie, c'est la transparence. C'est le jour, ce n'est pas l'obscurité, la nuit. Il faut voir clair.
Accompagnant le pétrole, il y a le gaz aussi. Donc, il y a des richesses et des potentialités qui existent également. On doit savoir les exploiter. Alors la fin électoraliste, ou les relents électoralistes, j'en ai parlé sur le mode interrogatif. Mais le fait que cela vienne maintenant seulement, à la veille des élections amène à s'interroger effectivement. Alors qu'on l'approuvait plus ou moins il y a quelques mois seulement, aujourd'hui, on s'attaque non pas aux choses, mais même aux hommes. C'étaient des piliers du système. C'est une affaire interne peut-être, mais c'est l'affaire de la Côte d'Ivoire. Alors certains disent, est-ce que le Chef de l'Etat candidat, n'est pas en train de vouloir se faire une virginité politique pour se donner une nouvelle image ? Peut-être ! Alors je n'en dirai pas davantage. J'ai des choses à dire mais je n'en dirai pas davantage aujourd'hui. On en parlera plus tard. Parce qu'on n'est pas en campagne pour le moment. Quand on sera en campagne, des choses vont sortir.
Propos recueillis et retranscrits par Diarrassouba Sory et Paul Koffi
La justice française a décidé d'entendre Mme Simone Ehivet Gbagbo et le ministre Bohoun Bouabré dans "l'affaire Kieffer". Quel est l'avis du président du PIT sur cette affaire ? Et également que pensez-vous du fait que les bailleurs de fonds rechignent à financer les élections ?
L'affaire Kieffer est une affaire bien connue maintenant. La procédure a été ouverte et elle suit son cours. Notre point de vue, c'est que toutes les affaires quelles qu'elles soient doivent être réglées en toute justice de sorte que tous ceux qui sont de près ou de loin mêlés à l'affaire qui doivent être entendus doivent l'être dans le seul souci de faire éclater la vérité. Et une fois que la vérité est connue, que les décisions sont prises, il importe de les appliquer. Mais avant que la justice n'ait tranché, peut-être que tout à l'heure, j'en parlerai, il y a un principe essentiel dans un Etat de droit qui consiste à tenir pour innocente toute personne jusqu'à ce que par voie de justice, sa culpabilité ait été établie. Donc, il faut que la justice suive son cours sans discrimination aucune, qu'on réunisse les preuves et qu'on prenne les décisions appropriées. C'est ce que je peux dire. Donc je vais dépersonnaliser pour poser un problème général que ce soit celle-ci ou celui-là, dès lors que l'entendre est une condition de la manifestation de la vérité, il faut y aller.
Pour ce qui est des élections, tout à l'heure dans le texte, nous avons dit que les élections en particulier l'élection présidentielle et les élections législatives sont les élections politiques manifestant la souveraineté de l'Etat. Dans les conditions normales, il appartient à chaque Etat de prendre en charge les exigences de préparation, l'organisation et le déroulement des élections. De même que nous n'acceptons pas de voir les élections en Côte d'Ivoire concernant les dirigeants ivoiriens soient organisées par l'extérieur. On m'avait posé la question en son temps s'il fallait confier à l'ONU le soin d'organiser les élections en Côte d'Ivoire. Le PIT a été ferme en disant qu'il ne peut, en aucune manière, appartenir à qui que ce soit, ni à un Etat, ni à une organisation internationale quelle qu'elle soit d'organiser les élections en Côte d'Ivoire pour les Ivoiriens. Cela signifie que les Ivoiriens doivent organiser leurs élections. Et l'accord de Ouagadougou a été donné comme un accord inter ivoirien. Encore qu'on ait à redire. Un accord inter ivoirien, ça signifie quoi ? Ça signifie que ceux qui ont pris la décision veulent renvoyer aux Ivoiriens le soin d'organiser les élections. Toute situation illogique interne, dès lors qu'on estime que le règlement de la situation incombe aux ivoiriens, il doit revenir aux Ivoiriens de se donner les moyens d'appliquer des dispositions contenues dans l'accord ainsi conclu. Donc pour nous, au lieu de regarder à l'extérieur et de se reposer sur l'extérieur, du souhait de régler des problèmes qui nous appartiennent et de dire que si les bailleurs de fonds ne donnent pas les fonds, l'élection est bloquée. Elle est bloquée pour qui, pour les bailleurs de fonds ou pour la Côte d'Ivoire. Alors si on tient pour sérieuse une telle élection, il faut la prendre au sérieux. Et nous, nous pensons que les Ivoiriens doivent maintenant chercher en Côte d'Ivoire les moyens pour organiser les élections. On ne peut pas se réfugier derrière le fait qu'on n'a pas reçu les fonds de l'extérieur pour dire que le processus est bloqué. Donc il faut sérieusement voir comment nous allons dégager des fonds et des fonds existent en Côte d'Ivoire. C'est une question de priorité. Alors il faut trouver la bonne formule et la concertation que nous préconisons, nous avant les élections doit permettre de dégager les solutions appropriées pour que les Ivoiriens se sentent concernés. Qu'ils constatent que les décisions viennent de l'ensemble des Ivoiriens et non de deux ou trois personnes. Pour prendre des engagements, pour les tenir, pour les mettre en ?uvre, dans le texte, j'ai dit qu'il faut que nous soyons prêts à faire des sacrifices pour la paix. Que nous soyons prêts à apporter nos contributions à l'organisation des élections. Que chacun puisse donner qui 100f, qui 1600f, qui un million, qui un milliard pour que les sommes puissent être réunies pour que les élections se tiennent.
Voulez-vous dire que l'Etat peut lancer un appel à la population pour que celle-ci cotise ?
Cela l'implique mais il faut le faire sérieusement. Il ne faut pas le faire de manière unilatérale. Si nous devons donner des fonds, il faut que nous décidions ensemble, que nous contrôlions l'utilisation des fonds, qu'il ne soit pas détourné et qu'il ne soit consacré qu'à l'organisation des élections. Sous la forme de don volontaire ou d'emprunt obligataire, tout cela demande à être étudié pour voir quelle est la meilleure formule. Mais moi, je considère qu'on ne peut pas se réfugier derrière le comportement des bailleurs de fonds pour dire que les élections n'auront pas lieu. Cette mentalité-là doit disparaître en nous. Trop souvent, les pays du 1/3 monde se plaignent. Ils sont victimes du néo-colonialisme, ils sont victimes des pressions politiques extérieures et puis chaque fois on se tourne vers l'extérieur pour chercher les moyens. Quel est cet homme libre et digne qui ne veut pas voir les autres régler ses problèmes et qui chaque fois fait la mendicité pour avoir les moyens de se prendre en charge. On est la souveraineté de l'Etat dans ces conditions-là ? Il faut être sérieux, c'est un problème extrêmement grave, il faut être sérieux. Alors il faut éviter le gaspillage. La confusion qui règne ici et là pour dégager les fonds et pour les mettre à la disposition de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens pour régler ces problèmes-là. On ne doit pas constamment regarder les autres. Il faut commencer par soi-même.
Barthelemy Kouamé (Frat-Mat)
Considérez-vous que le fait que la justice française convoque des personnalités ivoiriennes dans "l'affaire Kieffer" va impacter négativement le processus de sortie de crise. Ces derniers temps, on parle beaucoup d'un éventuel remaniement ministériel. Est-ce que le PIT a été consulté par le chef du gouvernement ou le chef de l'Etat pour la formation de ce gouvernement ? On parle de gouvernement restreint avec l'absence de membres de partis politiques. Est-ce qu'au PIT, vous êtes pour cette formule ?
"L'affaire Kieffer", il faut la mettre là où elle doit être. Il ne faut pas la banaliser, il ne faut pas non plus dramatiser et je ne crois pas que cette affaire constitue une menace, pour le processus de paix. Les personnes dont on dit qu'elles sont invitées à témoigner doivent témoigner. Elles ne sont pas mises en cause. Elles seront entendues en tant que témoins. Et ces personnes disent d'ailleurs n'avoir reçu aucune convocation. Donc laissons les choses et occupons-nous de ce que nous devons faire. Laissons aux juges le soin de régler ce problème et nous, partis politiques, hommes politiques, nous nous occupons des problèmes politiques, des problèmes généraux pour créer les conditions d'Etat normal. Alors, pour le remaniement ministériel, la rumeur circule. Elle nous est parvenue, nous n'avons pas d'informations. Personne n'a pris contact avec le PIT pour parler du remaniement ministériel ou bien pour solliciter le PIT. Alors un gouvernement sans partis politiques, qu'elle est la logique de cette affaire ? Je suppose que l'idée c'est de faire en sorte que ce gouvernement qui est un instrument de réalisation des objectifs définis par les divers accords soit à l'abri des considérations électoralistes et politiques pour que les partis politiques n'utilisent pas les moyens de l'Etat à des fins autres que la mission qui leur a été confiée qui est celle de regler les problèmes pour ramener la paix. Il y a quelque temps et nous n'avons pas encore renoncé à cette idée, nous avons dit que nous sommes dans le cadre d'une transition. Il importe de faire en sorte que ceux qui vont conduire la transition n'aient qu'une mission et qu'une seule. Celle consistant à régler les problèmes liés à la transition, à créer les conditions de la paix et à s'en donner les moyens. Il faut donc écarter tous ceux qui sont des candidats déclarés ou des candidats potentiels. Et tous ceux qui dirigent la transition doivent être déclarés inéligibles pour ne pas se servir de leur position pour fausser le jeu électoral. Donc ni le chef de l'Etat, ni le Premier ministre ne peuvent être candidats. En tant qu'acteurs principaux de la transition. Si c'est l'idée qui prévaut et qui soutient ce remaniement ministériel, il faut aller jusqu'au bout de la logique. Donc on attend de voir et puis on verra. Pour le moment, il n'y a rien à voir. Les choses restent en l'état et nous verrons. Mais si les élections n'ont pas lieu le 30 novembre 2008 qu'est-ce qu'on fait ? On fait quelque chose en tout cas mais on fait quoi ? Le PIT avisera si l'élection n'a pas lieu, les choses ne vont pas continuer leur train train quotidien. Ça sera un moment majeur. Il faudra prendre des dispositions, lesquelles, nous le ferons en concertation avec d'autres. Donc voilà ce que je peux dire pour le moment. Ça fait un peu politique fiction. Attendons de voir. Quand on aura des données, on en rediscutera.
Ignace Kacou (Radio CI)
Merci M. le président pour votre intervention parce que le PIT est le premier parti politique à se prononcer sur l'augmentation du prix du carburant. Mais monsieur le président, je voudrais savoir si au PIT vous n'avez pas vu cette "tornade" arriver. Qu'a fait le PIT pour que cela n'arrive pas ? N'est-ce pas trop tard que vous intervenez aujourd'hui ? Vous ne cessez de parler de la concertation nationale mais sans suite. Menez-vous des actions sur le terrain ou avez-vous rencontré le chef de l'Etat pour que votre idée soit mise en application ? Vous annoncez votre candidature aux élections présidentielles au moment où on parle de la cherté de la vie. Que proposez-vous pour la réduction du coût de la vie en Côte d'Ivoire ?
Je commence par la fin. Il faut dire que je n'ai pas déclaré ma candidature. C'est le PIT qui a désigné son candidat qui l'annonce à l'opinion. Donc je ne suis pas le candidat de Wodié, je suis le candidat du PIT. La deuxième idée, qu'est-ce que nous avons fait ? Mais pour le moment, en temps que parti politique et soucieux de la paix, nous appelons les dirigeants à la responsabilité. Si c'était le PIT qui décidait, logique avec lui-même, il n'aurait pas pris de décision unilatérale pour consulter les gens après coup, pour quoi faire ? C'est le médecin après la mort. Donc il faut organiser les discussions avant de prendre les grandes décisions, de manière qu'on aboutisse à des décisions consensuelles. Nous sentions venir la chose mais nous pensons que ceux qui décident auraient eu assez d'intelligence et de flair politique pour éviter de prendre certaines décisions. Qui, visiblement, pénalisent les Ivoiriens. Déjà la crise a appauvri les Ivoiriens. En augmentant le prix du carburant, il y a des répercussions dans le secteur de la consommation d'une manière générale, des transports. D'une manière générale, le pouvoir d'achat des Ivoiriens s'affaisse. Donc les Ivoiriens s'appauvrissent. Et quelles mesures d'accompagnement ont été prises ? En notre connaissance, rien. Donc l'idée qui a été déjà proposée par les travailleurs eux-mêmes c'est de revaloriser le salaire des travailleurs en relevant le SMIG par exemple. Et en relevant le salaire de tous les travailleurs. Le gouvernement doit pouvoir subventionner les produits de première nécessité pour stabiliser les prix, dans l'intérêt des consommateurs de la Côte d'Ivoire, pour que la demande puisse fonctionner. Mais d'autres mesures existent que nous aurions prises avec les autres et de manière consensuelle. Le relèvement est très haut au-delà de l'augmentation du prix du baril sur le marché international. L'Etat aurait dû détaxer un peu les prix ici, c'est-à-dire réduire les taxes qui frappent le carburant. On nous dit que les réserves sont suffisantes et que le prélèvement de 6% aurait pu ne pas intervenir actuellement. Donc il y a des mécanismes qu'on peut étudier pour, ou ne pas relever les prix ou alors les relever à un niveau assez bas. De tout cela, on aurait dû discuter. Non de manière bureaucratique mais de manière démocratique. La concertation nationale, est-ce que nous en parlerons avec le chef de l'Etat ? Je rappelle pour les plus jeunes qu'en 1990, nous avions formé la coordination des partis de gauche dont le PIT, le FPI. Les deux autres étant l'USD et le PSI. Nous avons tenu des conférences de presse à la veille des élections présidentielles pour dire que si la concertation n'a pas lieu, nous, les partis de gauche, nous n'irions pas aux élections. Mais non seulement nous n'irions pas aux élections mais il n'y aura pas d'élections du tout. Et Gbagbo était le porte-parole de la Coordination et c'est lui qui a parlé au nom de la Coordination. Donc il n'est pas un nouveau venu. Il est informé, il est au courant. Alors est-ce qu'être au pouvoir aujourd'hui a fait que les choses ont changé ? Peut-être mais nous nous ne sommes pas encore au pouvoir et continuons de croire dans la nécessité de la concertation nationale. En système de monarchie, on décide seul. En démocratie, on décide ensemble. C'est une logique élémentaire dont chacun devrait être pénétré. Tout démocrate. Encore plus tous ceux qui disent être des hommes de gauche. Donc nous pensons qu'il faut continuer à poursuivre l'idée de la concertation, le dialogue. Nous avons dit en 90 ou bien c'est le dialogue, la concertation nationale ou bien c'est la violence. On a refusé la concertation nationale, il y a eu la violence avec le sommet. Septembre 2002 en passant par le boycott actif, par le coup d'Etat etc. Est-ce qu'on n'est pas assez intelligent pour ne pas l'avoir compris ? Est-ce que nous sommes trop intelligents nous au PIT ? Je ne crois pas, nous sommes des hommes et des partis ordinaires mais qui réfléchissons un tout petit peu savoir comment on peut régler les problèmes pacifiquement pour ne pas avoir à créer des motifs, des prétextes d'affrontements. Pourquoi on ne comprend pas cela ? Je m'étonne, nous nous étonnons. Alors il y a des gens qui n'ont pas intérêt à cela peut-être mais en tant qu'individu. Mais l'intérêt général c'est bien dans ce sens-là. Il faut qu'on se parle pour savoir ce que chacun pense. Quelle est la solution pour l'un, quelle est la solution pour l'autre, quelle est la solution pour nous tous. Qu'on dégage à travers la concertation ? Il n'y a pas d'autre voie selon nous. Donc si vous y croyez avec nous, il faut appuyer cela. Même si vous n'y croyez pas, vous devez appuyer en tant que présentant de la conférence de presse du PIT. Donc nous comptons sur vous pour mettre l'accent sur la concertation, le dialogue comme le moyen d'éviter les affrontements. Vaut mieux prévenir que d'avoir à guérir. Et au PIT en tout, en politique, en santé, en économie, il faut toujours prévenir. Les choses se font avant et non après coup.
Paul Koffi ("Le Nouveau Réveil")
M. le président, vous avez abordé en partie ma question. Vous avez dit que l'accord de Ouaga est en train de connaître ses limites. Si les élections n'ont pas lieu le 30 novembre, quel est le schéma que le PIT propose concrètement ?
Le PIT propose d'abord pour le PIT. Notre position est connue. Mais le PIT propose pour la Côte d'Ivoire, pour tous les Ivoiriens. Mais le PIT est un parti parmi tous les autres partis politiques. Et la solution du PIT peut ne pas être la solution retenue par les autres. Or tous, nous voulons faire en sorte que nous sortions de la crise. Nous avons dit que les élections dans les conditions où elles ont eu lieu, ont été la porte d'entrée dans la crise. Les élections peuvent être la porte de sortie de la crise. A condition qu'il s'agisse d'élections régulières, d'élections acceptables, parce qu'il n'y aura pas de volonté de tricherie. Les chances seront les mêmes pour tous. Si les élections n'ont pas lieu le 30 novembre, cela rend encore plus nécessaire la Concertation nationale. Il faut que nous en parlions et avant même, si nous nous rendons compte que les choses ne marchent pas. Parce que au PIT, nous disons qu'il faut que la concertation ait lieu avant le 30 novembre. Le Premier ministre semble aller dans ce sens. Cela reste à clarifier. Le PIT et d'autres partis politiques semblent avoir accepté l'idée. La société civile est le moteur de l'affaire. Quand viendra ce temps, et déjà nous sommes en rapport avec la société civile, nous irons, nous, à cette concertation. Tous ceux qui voudront de cette concertation seront présents, pour que nous puissions dégager ensemble le consensus minimal qui règle les problèmes majeurs, économiques, socio-politiques. Alors, ce problème des élections va se poser nécessairement. Faudra-t-il une nouvelle transition si les engagements pris ne sont pas respectés ? Parce que nous refusons le prétexte du financement extérieur. Il faut trouver les solutions. On peut les trouver ici. Alors si l'élection n'a pas lieu qu'est-ce que nous faisons ? Il faut que nous en parlions, qu'on y pense déjà. Une nouvelle transition avec qui ? On laisse les gens continuer comme ils ont commencé ? A vous de décider. Si nous sommes satisfaits de la situation actuelle, nous allons décorer ceux qui sont au pouvoir actuellement. Etant donné qu'il n'y a pas d'élections, on les décore. Ils auront mérité de la nation. Ce sera la volonté du peuple ivoirien. Si on n'est pas satisfait, si nous ne sommes pas satisfaits, nous verrons quelles décisions il importe de prendre. Pour le moment, le PIT n'a pas encore pris de décisions, parce que le PIT continue à espérer que malgré tout, l'élection présidentielle aura lieu effectivement le 30 novembre 2008. En ayant mis en garde pour dire si nous allons à ce rythme-là, nous n'arriverons jamais à ce 30 novembre. Il faut accélérer le rythme sans se précipiter, par des élections régulières, acceptables.
Jean Claude Coulibaly (Le Patriote)
M. le président, vous avez dit tout à l'heure que la date du 30 novembre doit être maintenue. Et dans toutes vos déclarations, vous demandez la concertation nationale. Vous estimez que cette concertation nationale est nécessaire avant les élections. Or où cette formule a été expérimentée, on se rend compte qu'il y a eu plus de temps, parfois sur plusieurs mois. Alors que nous sommes à cinq mois des élections. N'êtes-vous pas en contradiction avec vous-même ?
Peut-être que dans les jours qui viennent, nous pourrons vous faire parvenir nos documents sur la concertation nationale. Mais je peux vous dire dès maintenant que pour nous, cette concertation nationale doit prendre au maximum un mois, pas au-delà. Et on doit pouvoir la tenir. C'est pour prévenir les problèmes qu'on sent déjà, qui se posent déjà. Ce sont ceux qui n'ont pas de nez qui ne sentent pas ce qui arrive. Mais il y a des choses qu'on sent. Quand ça sent le brûlé, on sent déjà. Il faut commencer à voir comment l'éteindre. Parce que tout ce qu'on voit à Vavoua, Séguéla et autres, on parle de primes. Mais il n'y a pas que les primes. C'est des problèmes politiques souterrains. Alors si on soigne la plaie en surface, on ne la guérira jamais. Il faut savoir ce qu'il y a en dessous. En écoutant radio ONUCI, j'ai appris qu'il y a un représentant de IB à Ouaga pour le Comité d'évaluation et d'accompagnement. Qu'est-ce qu'il y fait s'il y est ? Qu'est-ce que ça signifie ? On établit la connexion entre IB et Zacharia. Qu'est-ce qui se passe ? Tout cela demande à être élucidé. Nous sommes parti comme ça en 2002. On disait ceci, on disait cela. On nous rassurait en disant aujourd'hui, on a les armes pour bouter dehors n'importe qui. Celui qui va oser s'attaquer à la Côte d'Ivoire va le regretter. Et puis voilà, comme dans du beurre, les jeunes sont venus, ils sont rentrés dedans. Donc on manque parfois de vigilance et de flair. On est grisé par le petit succès qu'on a ici et puis on dit tout est réglé. Et puis, on commence à s'endormir. Et on est surpris. Nous ne devons plus nous laisser surprendre par qui que ce soit. C'est une situation difficile. Et on pense déjà aux dispositions à prendre pour éviter le naufrage. C'est pour cette raison que nous pensons que la solution de la Côte d'Ivoire n'appartient à aucun Ivoirien en particulier. Elle appartient aux Ivoiriens dans leur ensemble. Voilà pourquoi nous voulons les rassembler pour qu'ils trouvent les solutions appropriées en ayant posé le diagnostic. S'il n'y a pas un bon diagnostic, il n'y aura pas de médicaments appropriés. Le remède sera inefficace. Or est-ce qu'ils sont de bons médecins ceux qui nous dirigent actuellement ? Je ne sais pas. Voilà donc la situation et il est bon de s'en préoccuper.
Diarrassouba Sory (Le Nouveau Réveil)
Sur l'enquête ouverte dans la filière café-cacao, vous avez dit que ça ne doit pas être une affaire électoraliste. Pouvez-vous être un peu plus clair ? Qu'est-ce que vous craignez dans cette affaire ?
D'abord, nous avons dit que nous assistons au spectacle de l'opération "Mains propres". Ce n'est pas innocemment que nous parlons de spectacle. Parce que ce qui importe comme nous l'avons noté, c'est de faire en sorte que les choses se passent en toute sérénité et sérieusement. Un problème important, des hommes et des femmes sont concernés. Il s'agit de rechercher les faits, de les établir et de prendre les mesures en conséquence. Le fait de placer sous mandat de dépôt systématiquement les gens, ne nous paraît pas être une bonne solution. Parce que nous sommes en Afrique. Et dès lors qu'on se retrouve à la MACA, on est sali, atteint dans son honneur. Et si par la suite, on est innocent, on est quand même atteint dans son honneur. Donc il y a des conditions pour placer les gens sous mandat de dépôt, en ayant reconnu et respecté le principe de la présomption d'innocence. Deuxième point, c'est qu'on veut lutter contre la corruption, contre les détournements, contre le faux. Il faut, dès maintenant, prendre des mesures pour que les détournements ne continuent pas d'une manière ou d'une autre. Au lieu d'offrir le spectacle des gens qu'on arrête à l'appel, il faut prendre des mesures pour arrêter les détournements, la mauvaise gestion et récupérer ce qui est encore possible, ce qui reste encore. Dans un pays voisin, la lutte contre la corruption a permis de dégager près de 40 milliards. L'Etat a récupéré près de 40 milliards. Un Etat qui est censé avoir moins de potentialités que la Côte d'Ivoire. Et c'est une voie devant nous permettre d'avoir les moyens pour organiser les élections. Donc, il ne faut pas offrir le spectacle des gens qu'on arrête, qui sont des "patriotes". Ce n'est pas moi qui le dis. Nous étions des rebelles, ils étaient des patriotes. Alors aujourd'hui où est la patrie ? Elle s'est déplacée ? Moi, je pense que quelle que soit la situation, il faut marquer de la mesure et de l'impartialité en respectant la dignité des gens. Mais en prenant des mesures qui s'imposent dans le sens de l'assainissement, du redressement de la situation. Et comme je l'ai dit, la moralisation est un terme majeur pour le PIT. Lorsque j'étais député du PIT à l'Assemblée Nationale, j'ai déposé une proposition de lois contre la corruption et l'enrichissement illicite en 1993. Les tenants du pouvoir à l'époque n'ont pas daigné saisir l'Assemblée Nationale. C'est resté dans les tiroirs du bureau de l'Assemblée Nationale.
Donc la lutte contre la corruption est une vieille affaire. Mais quand des partis de gauche arrivent au pouvoir, il faut lutter efficacement en toute justice, contre la corruption. Parce que la corruption ruine le pays. Le racket procure, on dit, entre 95 et 150 milliards. C'est énorme. Et le racket apparaît comme une institution aujourd'hui avec des ramifications, des complicités ici et là. C'est une affaire de société. Et personne n'est capable de lutter efficacement contre le racket. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Il faut qu'on en parle ouvertement. Ceux qui en profitent, ceux qui organisent, il faut qu'on en parle. Qu'est-ce qu'il faut pour arrêter cela ? Il faut revaloriser les traitements ? Il faut améliorer les conditions pour que les gens n'aient pas recours à cela ? Peut-être. Il faut trouver des solutions pour en finir. Cela nous déshonore tous.
Le pétrole, tout à l'heure, j'en parlais aussi. On ne voit pas clair dedans. C'est opaque. On dit, on a 50.000 barils par jour, on dit 60.000 on dit 100.000, on ne sait pas où on en est. Et qu'est-ce qu'on en fait ? Nous disons, il faut que le chef de l'Etat nous situe si on a du pétrole ou pas. Il y a plusieurs puits ici et là. Là aussi, je crois qu'après appel d'offres, je ne sais, mais ça parait là aussi un peu flou. Combien on a de barils de pétrole ? Est-ce que ça correspond à la consommation interne ? Sinon à quelle hauteur ? Est-ce qu'on exporte ? Quelles sont les recettes ? Est-ce qu'on ne pourrait pas dégager une partie de ces recettes pour financer les élections ? Il faut qu'on en parle un peu. La démocratie, c'est la transparence. C'est le jour, ce n'est pas l'obscurité, la nuit. Il faut voir clair.
Accompagnant le pétrole, il y a le gaz aussi. Donc, il y a des richesses et des potentialités qui existent également. On doit savoir les exploiter. Alors la fin électoraliste, ou les relents électoralistes, j'en ai parlé sur le mode interrogatif. Mais le fait que cela vienne maintenant seulement, à la veille des élections amène à s'interroger effectivement. Alors qu'on l'approuvait plus ou moins il y a quelques mois seulement, aujourd'hui, on s'attaque non pas aux choses, mais même aux hommes. C'étaient des piliers du système. C'est une affaire interne peut-être, mais c'est l'affaire de la Côte d'Ivoire. Alors certains disent, est-ce que le Chef de l'Etat candidat, n'est pas en train de vouloir se faire une virginité politique pour se donner une nouvelle image ? Peut-être ! Alors je n'en dirai pas davantage. J'ai des choses à dire mais je n'en dirai pas davantage aujourd'hui. On en parlera plus tard. Parce qu'on n'est pas en campagne pour le moment. Quand on sera en campagne, des choses vont sortir.
Propos recueillis et retranscrits par Diarrassouba Sory et Paul Koffi