Réunification - Le Centre de commandement intégré inquiète
Sauf changement de dernière minute, le chef de l`Etat Gbagbo Laurent et le Premier ministre Soro Guillaume seront ce matin à Yamoussoukro pour inaugurer le Centre de commandement intégré (CCI) et du poste de brigade mixte de N`gattadolikro, ainsi qu`au démantèlement du Check point de Tiébissou jusque-là tenu par les Forces impartiales. Quoi qu`à saluer, l`acte de ce matin laisse tout de même de la place au doute. Et pour cause. Dans la précipitation actuelle à aller à la paix, les parties signataires de Ouagadougou semblent ne pas se préoccuper de la réalité du terrain. Après 5 ans de conflit et surtout de démarcation, les positions autour de ce qu`on appelait "zone de confiance" ont eu le temps de se radicaliser et peut-être d`échapper à tout contrôle. Les forces impartiales qui étaient chargées de veiller sur cette zone, avec leur armada et leur effectif, ont fait l`amère expérience.
Si l`accord de Ouagadougou préconise la suppression de ladite zone de confiance et le remplacement des éléments des forces onusiennes et françaises par des militaires issus des troupes gouvernementales et des Forces nouvelles, cela suppose que ce sont les signataires qui mettent en place toutes les conditions pour la mise en ?uvre sans heurts. Prenant appui sur l`accord de Ouaga, le chef de l`Etat qui entend rapidement se débarrasser des forces étrangères et surtout françaises, organise une sorte de course contre la montre. L`accord de Ouaga est signé le 04 mars. Le 16 mars, le décret instaurant le Cci est signé. Le Cci doit concevoir et réaliser la nouvelle armée dans la fusion des deux armées (FANCI et FAFN). Les 22 et 23 mars, s`est tenu le séminaire de Yamoussoukro pour mettre en forme le Cci et partager le commandement entre les deux ex-belligérants. Le 29 mars, un décret nomme Soro Guillaume comme 1er ministre. Le 07 avril, le gouvernement dit de mission est formé. Le 12 avril, une ordonnance est signée par le chef de l`Etat avec valeur de nouvelle loi d`amnistie. Ce même jour, les forces impartiales et les forces ivoiriennes signent la suppression effective de la zone de confiance à compter du 16 avril (soit aujourd`hui). Voilà pour la partie théorique.
La pratique s`annonce un peu moins facile, du fait de certaines réalités jusque-là omises.
-D`abord, aucun état des lieux n`a été fait. Pendant que le pouvoir multipliait décrets et déclarations de bonne foi, aucune mission d`évaluation des besoins n`a été effectuée sur le terrain. De fait, au moment où on sera à inaugurer le Cci et à démanteler le Checkpoint de Tiébissou, nul ne sait exactement le besoin en effectif et en matériel des hommes des forces ivoiriennes appelés à remplacer les forces françaises et onusiennes qui lèvent leurs différents camps, ce midi.
-Le Centre de commandement intégré qu`on inaugure n`est pas encore suffisamment expliqué aux Ivoiriens. Est-ce une structure autonome où agira-t-il sous les ordres de l`Etat-major d`Abidjan, du ministère de la Défense, de la Primature ou de la Présidence ? On sait que normalement, le chef de l`Etat est le chef suprême des armées, mais on est dans une situation exceptionnelle qui est présidée par un accord politique. Ce qui repose la primauté entre la Constitution et l`accord de Ouaga dans la gestion de la sortie de crise. Qui commandera le Cci ? Et qui devra faire quoi ?
-Le chef de l`Etat disait récemment, à Bocanda, qu`il irait bientôt brûler à Bouaké, à Man, à Korhogo les armes. Une belle façon de dire que le désarmement sera bientôt effectif. Ce qui revient aussi à dire que bientôt, il n`y aura plus de Forces armées de Forces nouvelles et que bientôt les ex-rebelles ne devront plus porter des armes. Alors question : Si le CCI est inauguré ce matin et que la zone de confiance doit revenir aux mains des Forces ivoiriennes, avec quelles armes les éléments choisis chez les Forces nouvelles viendront-ils travailler ? S`ils viennent avec leurs armes à eux, alors ne seront-ils pas désarmés au même moment que les autres ? S`ils doivent venir les bras ballants pour recevoir des armes d`Abidjan, est-ce à dire qu`ils sont intégrés d`office avant les autres ? Et puis le CCI a-t-il un droit de regard sur le choix des éléments ? On nous a dit que seulement 750 combattants des Forces nouvelles sont partis des rangs de l`armée régulière. Est-ce seulement sur ce chiffre qu`on s`appuiera pour choisir les éléments à mettre en mission dans le cadre du CCI ?
A voir la situation de près, on a l`impression que la politique est en train de prendre le pas, sur la conception technique de l`application de l`accord de Ouagadougou. Ce qui ne présage rien de bon, parce que le chef de l`Etat, en fin stratège politique pourrait, là encore, capitaliser l`opération en réduisant les autres, notamment les Forces nouvelles, en simples spectateurs. En suivant le chef de l`Etat, dans la précipitation, sans se donner la peine de cerner et de maîtriser tous les aspects techniques de l`opération, les Forces nouvelles peuvent être aussi comptables du cafouillage qui pourrait en découler.
Eddy Péhé
Si l`accord de Ouagadougou préconise la suppression de ladite zone de confiance et le remplacement des éléments des forces onusiennes et françaises par des militaires issus des troupes gouvernementales et des Forces nouvelles, cela suppose que ce sont les signataires qui mettent en place toutes les conditions pour la mise en ?uvre sans heurts. Prenant appui sur l`accord de Ouaga, le chef de l`Etat qui entend rapidement se débarrasser des forces étrangères et surtout françaises, organise une sorte de course contre la montre. L`accord de Ouaga est signé le 04 mars. Le 16 mars, le décret instaurant le Cci est signé. Le Cci doit concevoir et réaliser la nouvelle armée dans la fusion des deux armées (FANCI et FAFN). Les 22 et 23 mars, s`est tenu le séminaire de Yamoussoukro pour mettre en forme le Cci et partager le commandement entre les deux ex-belligérants. Le 29 mars, un décret nomme Soro Guillaume comme 1er ministre. Le 07 avril, le gouvernement dit de mission est formé. Le 12 avril, une ordonnance est signée par le chef de l`Etat avec valeur de nouvelle loi d`amnistie. Ce même jour, les forces impartiales et les forces ivoiriennes signent la suppression effective de la zone de confiance à compter du 16 avril (soit aujourd`hui). Voilà pour la partie théorique.
La pratique s`annonce un peu moins facile, du fait de certaines réalités jusque-là omises.
-D`abord, aucun état des lieux n`a été fait. Pendant que le pouvoir multipliait décrets et déclarations de bonne foi, aucune mission d`évaluation des besoins n`a été effectuée sur le terrain. De fait, au moment où on sera à inaugurer le Cci et à démanteler le Checkpoint de Tiébissou, nul ne sait exactement le besoin en effectif et en matériel des hommes des forces ivoiriennes appelés à remplacer les forces françaises et onusiennes qui lèvent leurs différents camps, ce midi.
-Le Centre de commandement intégré qu`on inaugure n`est pas encore suffisamment expliqué aux Ivoiriens. Est-ce une structure autonome où agira-t-il sous les ordres de l`Etat-major d`Abidjan, du ministère de la Défense, de la Primature ou de la Présidence ? On sait que normalement, le chef de l`Etat est le chef suprême des armées, mais on est dans une situation exceptionnelle qui est présidée par un accord politique. Ce qui repose la primauté entre la Constitution et l`accord de Ouaga dans la gestion de la sortie de crise. Qui commandera le Cci ? Et qui devra faire quoi ?
-Le chef de l`Etat disait récemment, à Bocanda, qu`il irait bientôt brûler à Bouaké, à Man, à Korhogo les armes. Une belle façon de dire que le désarmement sera bientôt effectif. Ce qui revient aussi à dire que bientôt, il n`y aura plus de Forces armées de Forces nouvelles et que bientôt les ex-rebelles ne devront plus porter des armes. Alors question : Si le CCI est inauguré ce matin et que la zone de confiance doit revenir aux mains des Forces ivoiriennes, avec quelles armes les éléments choisis chez les Forces nouvelles viendront-ils travailler ? S`ils viennent avec leurs armes à eux, alors ne seront-ils pas désarmés au même moment que les autres ? S`ils doivent venir les bras ballants pour recevoir des armes d`Abidjan, est-ce à dire qu`ils sont intégrés d`office avant les autres ? Et puis le CCI a-t-il un droit de regard sur le choix des éléments ? On nous a dit que seulement 750 combattants des Forces nouvelles sont partis des rangs de l`armée régulière. Est-ce seulement sur ce chiffre qu`on s`appuiera pour choisir les éléments à mettre en mission dans le cadre du CCI ?
A voir la situation de près, on a l`impression que la politique est en train de prendre le pas, sur la conception technique de l`application de l`accord de Ouagadougou. Ce qui ne présage rien de bon, parce que le chef de l`Etat, en fin stratège politique pourrait, là encore, capitaliser l`opération en réduisant les autres, notamment les Forces nouvelles, en simples spectateurs. En suivant le chef de l`Etat, dans la précipitation, sans se donner la peine de cerner et de maîtriser tous les aspects techniques de l`opération, les Forces nouvelles peuvent être aussi comptables du cafouillage qui pourrait en découler.
Eddy Péhé