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Point focal - L`indispensable reconversion

L'environnement politique national et international est en pleine mutation. La bipartition du monde rendue possible par la rivalité entre les grandes puissances, les Etats-Unis et l'Ex-URSS, s'est effondrée après l'explosion de l'Union Soviétique, donnant ainsi lieu à une redistribution des cartes et à un repositionnement des nations longtemps restées alignées sur les grands blocs de l'Ouest et de l'Est. L'atomisation de l'Union soviétique dont l'artisan principal se nomme Gorbatchev, l'homme de la Perestroïka, correspond à la fin d'un long règne de pouvoirs tyranniques de type stalinien, particulièrement, et à une sorte de redéfinition des rapports aussi bien interétatiques qu'intra-étatiques. D'une part, elle a entraîné la formation d'un triangle de domination du monde constitué des USA, de la Chine, de même que de l'Union Européenne. D'autre part, elle a sonné un temps d'espoir pour nombre de pays d'Afrique noire. ''Le vent de l'Est'' a provoqué en effet la remise en cause des dictatures locales structurées selon le modèle soviétique. Même si elles furent des échecs, dans la grande majorité des cas, les Conférences nationales organisées dans des pays africains, tels que le Congo-Brazzaville, l'Ex-Zaïre, le Mali, ont été des forums réclamant la Démocratie et la Liberté pour l'Afrique. Elles passaient surtout pour être des points de rupture avec l'ordre hybride du Néo-colonialisme-sangsue. C'est pourquoi l'Afrique attendait qu'elles coïncident avec le début de la reconversion des politiciens africains. Cette reconversion, il faut y insister, ne concerne pas que les gouvernants, elle intéresse aussi les opposants et le peuple. Au niveau des tenants du pouvoir, elle réside dans un processus de remise en cause de soi et d'élaboration de politiques sociales hardies. Cela signifie que les gouvernants doivent avoir le souci d'opérer une introspection, en vue d'extirper de leurs actions politiques, tous les actes qui nuisent à la stabilité de leurs peuples respectifs. Par ailleurs, dans la mesure où la sécurité, le développement de l'Etat et le bonheur collectif restent (en théorie, nous devons le reconnaître) leurs objectifs majeurs, ils ont l'obligation d'asseoir la gestion des affaires publiques sur des considérations non sectaires, encore moins, sectorielles et tribales, mais sur des principes ainsi que des pratiques de refondation globale de la société. L'Afrique n'a plus besoin de marionnettes qui prolongent le règne sauvage de l'ordre colonial. En revanche, l'heure est à la politique de rupture intelligente avec cet ordre. Tel est le cas du régime de Laurent Gbagbo qui se bat, à travers la politique de la décentralisation (et cela, malgré la guerre) pour assurer aux Ivoiriens un mieux-être dans tous les domaines. Tel est aussi le sens de notre résistance à la tentative française d'asservir éternellement cette terre d'espérance promise à l'humanité, comme l'ont écrit les auteurs de notre hymne national. Au niveau de l'opposition, il est important de comprendre qu'un opposant n'est ni un crieur public, ni un insulteur public. Une opposition est plutôt une organisation de contre-proposition aux actions du pouvoir en place, si elle estime que lesdites actions ne conviennent pas à sa vision des choses ; autant qu'elle demeure une force de construction nationale. Dans ce rôle, elle permet au débat politique de se construire autour des questions essentielles d'intérêt national, bien que, dans son essence, elle reste une organisation privée visant à prendre le pouvoir et à l'exercer. C'est un exercice auquel sont habitués les opposants dans les pays démocratiques ou aspirant à être démocratiques. L'opposition y aide à construire la Démocratie par ses contributions positives, par ses propositions qui donnent aux électeurs réels et/ou potentiels la mesure de sa capacité de gouverner d'une façon tout à fait différente par rapport au régime qu'elle combat loyalement. Or, dans les pays africains, son rôle est souvent effarant. L'opposant, comme un maître de cirque, semble revendiquer les titres de déstabilisateur de l'Etat et d'insulteur public du Président de la République. En Côte d'Ivoire, il s'est visiblement donné pour mission de marquer sa présence sur l'échiquier politique, à travers des prises de position pour le moins saugrenues. C'est le cas de Bédié qui estime qu'il est possible d'organiser des élections sans désarmement total, pour répondre peut-être à Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères suggérant que les élections soient repoussées de deux (2) mois. Il reste qu'il ne définit pas les critères à remplir pour réussir la prouesse d'aller à des élections transparentes, crédibles dans ces conditions. Oublie-t-il les recommandations de l'accord de Linas-Marcoussis ou extériorise-t-il ainsi son empressement de revenir au pouvoir? Contrairement à lui, le Président du RDR s'est réservé de toute réaction à ce sujet. Peut-être le fera-t-il au cours du 2ème Congrès de son parti qui s'ouvre aujourd'hui. Dans tous les cas, le Président Gbagbo attend de ses opposants qu'ils fassent la politique aux fins de soumettre aux Ivoiriens des propositions pertinentes de gouvernement. Au niveau du peuple, enfin, il est intéressant que la reconversion se fasse du point de vue mental et intellectuel pour mieux déceler les pièges tendus par nos ennemis. En particulier, la jeunesse est appelée à se construire un état d'âme fort, une conscience nationale, dans le but de se faire une opinion personnelle sur un problème politique donné, et de défendre sa patrie contre l'imposture. Avec ce qui est arrivé à la Côte d'Ivoire, il est urgent que les autorités ivoiriennes offrent aux jeunes des orientations claires sur la politique nationale en matière de civisme. Si nous savons que nous nous trouvons à une époque charnière de notre existence, à une période où tout reste encore fragile, cela est plus qu'une exigence.

Par Dr Lobli Armand

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