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Notre Voie
· 3 min de lecture

Le piège

Le 2ème congrès ordinaire du Rassemblement Des Républicains (RDR) a pris une résolution demandant aux Forces Nouvelles du Premier ministre Soro Guillaume de se fondre dans le RDR. Le président du RDR explique cet appel par le fait que raison que les préoccupations politiques des F.N rejoindraient celles du RDR. Noble démarche.
Pourtant cette invitation pourrait comporter visiblement quelques pièges.
En effet, si Guillaume Soro accepte de fondre son mouvement dans le RDR, il aura alors signé sa mort politique. En passant directement sous la coupe de Ouattara, il devra attendre le temps qu'il faudra pour espérer succéder à ce dernier. Mais là encore, il sera obligé d'affronter l'adversité de tous les caciques du RDR qui pensent légitimement que ce sera leur tour au cas où il viendrait un jour l'esprit de Ouattara de passer la main. Au fond, Soro aurait tort de croire qu'il pourrait gagner dans un deal où Ouattara lui proposerait sa succession. Il se poserait forcément à lui un problème de légitimité vis-à-vis des figures connues du RDR. Le corollaire d'une acceptation serait que Soro donne officiellement raison à tous ceux qui soutiennent qu'il n'a toujours qu'un leader par procuration. Alassane Ouattara étant en réalité le véritable père de la rébellion ivoirienne. Mais en plus, il perdrait toute crédibilité dans la conduite du processus électoral. Dans la mesure où il s'est toujours présenté comme l'arbitre impartial du jeu électoral, n'étant pas lui-même candidat. C'est d'ailleurs en invoquant cet argument qu'il est pratiquement le seul à contrôler tous les leviers du processus électoral. Si demain, il devait se proclamer numéro deux du RDR ou alors si tous ses collaborateurs devaient montrer leur appartenance à ce parti, la confiance serait totalement rompue avec les autres parties prenantes au processus. Particulièrement avec le camp présidentiel.
Mais, si Soro refuse l'offre de Ouattara, il prendrait l'énorme risque de se mettre à dos le gros lot des membres des Forces Nouvelles qui sont en réalité, majoritairement des militants du RDR. Et ce n'est pas sans arrière-pensée que le président du RDR a lancé cet appel solennel. Il est conscient que beaucoup de membres des F.N continuent de se réclamer du RDR. Parce que c'est sur cette base qu'ils se sont engagés. On leur a dit que la rébellion travaillait pour Ouattara. Des chefs militaires de la rébellion ont publiquement expliqué aux populations qu'ils avaient pris les armes pour le compte d'Alassane Ouattara. Même si c'est seulement maintenant que Ouattara admet que les préoccupations politiques des Forces nouvelles rejoignent celles du RDR. En fait, il évite de peu d'avouer ce dont on le soupçonne depuis toujours. A savoir que la rébellion a fait le sale boulot pour lui.
Alors quelle explication donner demain à tous ces jeunes qui croyaient se battre pour Ouattara et qui apprendront que Soro se bat pour sa propre gloire ?
Les choses sont, cependant, bien claires dans l'esprit d'Alassane Ouattara. Il a des militants qui se sont engagés dans la rébellion. Au moment où la paix s'installe et qu'on parle d'élections, il a besoin de ces derniers pas seulement pour voter, mais pour faire campagne. Dans ce cas, Soro pourrait faire face à de nombreuses défections.
Que faire alors ? Guillaume Soro devrait-il faire comme s'il n'avait pas entendu l'appel d'Alassane Ouattara ? Evidemment, ce serait politiquement incorrect. Et comme Ouattara ne peut se contenter ni de la réponse de Wattao qui soutient qu'ils ne pourront faire leur choix qu'après les élections, ni de celle de Louis André Dacoury-Tabley qui affirme parler en son nom propre, il faut réponse.
Pour tout dire, le président du RDR a mis Guillaume Soro dans un vrai embarras.

Augustin Kouyo et Boga Sivori

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Article publié par Notre Voie et référencé par 225.ci.