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Soro comme Banny

Dans la grisaille de la situation de ni paix ni guerre qui prévaut, les deux hommes du sommet de l'Etat, à savoir le Chef de l'Etat Gbagbo Laurent et le Premier Ministre Guillaume Soro sont dans une sorte de théorie des jeux. Chacun tient à démontrer à l'autre qu'il tient le bon bout et qu'il est prêt à aller jusqu'au bout, mais en fait chacun a son idée de la sortie de crise. Sept (7) mois après la signature de l'accord de Ouagadougou qui aura réussi à faire manger dans la même assiette les deux ennemis d'hier (c'est trop beau), les piétinements dans l'application dudit accord ne sont pas sans rappeler que la plaie des rancoeurs a du mal à se cicatriser. Soro, "le cadavre ambulant", selon les termes de Blé Goudé, est le Premier Ministre de Gbagbo, à qui le camp présidentiel rend honneur et grâce. Tous ceux qui, dans la bataille d'hier, étaient pour la guerre totale sont aujourd'hui désignés faiseurs de paix. Dieu soit loué. Seulement voilà, à y réfléchir, les paroles du chef de l'Etat reviennent toujours à l'esprit des observateurs. "Je voulais dire aux uns et aux autres que ma démarche est toujours politique. Quand je pose un acte, ne recherchez pas autre chose que de la politique. C'est le seul travail que je fais.", a-t-il dit le mardi 13 février 2007, au terme du protocole d'accord entre Trafigura et l'Etat de Côte-d'Ivoire. Sur la base de ce qu'il a été donné de voir depuis sous le règne des refondateurs, on est tenté d'ajouter que tout acte politique doit profiter à celui qui le pose. De fait, l'acte politique posé par le Chef de l'Etat en initiant l'accord de Ouagadougou doit absolument lui profiter. Comment ? Lui seul pourra le dire, mais de plus en plus d'observateurs commencent à s'interroger. Et si le premier objectif de l'accord de Ouagadougou était d'endormir Soro et les Forces Nouvelles ? Et si le Chef de l'Etat ne fait que semblant de faire confiance à Soro ? Et si le Président Gbagbo n'avait pas dit son dernier mot ? Au moment où les Forces Nouvelles s'affichent de plus en plus comme les plus prolixes, il serait loisible au camp présidentiel de les tirer beaucoup plus hors de leurs bases et de leur domaine de compétence, pour mieux les désarçonner. Et puis, le moment venu, quand on verra qu'elles ont perdu tous les repères, on pousse tranquillement Soro Guillaume à la porte, pour prendre un autre Premier Ministre moins marqué. A ce moment, ayant déjà coupé tout lien autour d'elles, les Forces Nouvelles seraient seules contre tous. L'issue d'un tel bras de fer est connue d'avance. "Nul ne gagne une guerre contre la Communauté internationale", a conseillé le Sénégalais Moustapha Niass aux patriotes Ivoiriens. Le Camp présidentiel le comprend tant et si bien qu'il est prêt à tout, y compris sacrifier Soro pour maintenir ne serait-ce qu'une infime attention de la Communauté internationale. Pour l'instant, toute la complicité semble bien marcher. Mais qui dit que dès le moment venu et les conditions réunies, Gbagbo, sans état d'âme, ne frapperait pas et ne viderait plus Soro de la Primature ?
Eddy PEHE

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