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Théâtre/ Ignace Alomo : Refusé par la mort mais devenu borgne

Un accident, qui aurait pu lui coûter la vie, lui arrache un ?il. Aujourd'hui, le comédien se remet de ses blessures et rêve déjà de remonter sur scène. Décembre 2007. En provenance de Centrafrique où il venait d'animer un atelier de formation lors de la sixième édition du festival de théâtre de Bangui et en route pour Abidjan, via Cotonou, Lomé, Accra, Ignace Alomo, à bord d'un car de transport en commun, ignorait que son destin allait prendre un virage dramatique. Dans la nuit noire du deuxième jour de ce mois de noël, sa vie va basculer dans l'horreur. Un accident. De nombreux morts. Des blessés graves. Lui, trois jours de coma dans un hôpital de Takoradi. Personne ne donnait chère de sa peau, le médecin traitant en premier. Quand il sort de cet état comateux, il réalise qu'il a la tête prise dans un bandage ensanglanté et son pied droit dans un plâtre. Seul dans ce monde froid et glacial qui transpire la mort, il ne sait à quel saint se vouer. Il avait tout perdu. Et même sa vie n'était plus certaine. Qui joindre ? Même sa mémoire l'avait abandonné. Puis le flash. Lui revient en mémoire le numéro de téléphone de son ami Anney Bosson. Un coup de fil du service médical. L'information est donnée à sa famille. Un des siens prend le chemin du Ghana. Alomo s'en souvient comme si c'était hier: j'étais dans une situation déplorable. J'avais tout perdu dans l'accident, surtout mes émoluments d'encadreur. Or, il fallait payer les frais d'hospitalisation. Au risque de ma santé qui était encore précaire, je décide de quitter l'hôpital, et cela, contre l'avis du médecin. Après douze jours de soins, un autre car. Un autre voyage. Takoradi-frontière du Ghana. Puis Aboisso-Abidjan. Le voyage dure une journée entière. Son état se dégrade. Forcément. Le lendemain (le 14 décembre), il est à nouveau interné. Cette fois, au septième étage du Chu de Cocody. Il y reste jusqu'au début de la Coupe d'Afrique des Nations, le 20 janvier. Conclusions médicales : l'?il droit est sorti de son orbite. La paupière avait été détruite. L'iris est infecté. Une opération urgente s'impose. Une seconde est à venir pour lui poser une prothèse. Ça, c'est pour l'esthétique. Mais il faut trouver de l'argent
Ignace Alomo vient de loin. De très loin même. Il aurait pu perdre la vie. Mais il a été refusé par la mort. Comme le héros de la pièce éponyme de la Rwandaise Yolande Mukagazana, il échappe à la mort. Pour lui, ce n'était pas un massacre, ce n'était pas un génocide. Mais un accident qui aurait pu briser l'élan de sa vie. Il perd son ?il droit. Sa cheville droite est touchée. Psychologiquement ? Je suis comme toute personne qui vient d'échapper à la mort et qui doit réapprendre à vivre et à se réinsérer socialement avec ses handicaps. Fragilisé mais pas abattu. Théâtralement? Je pourrais remonter sur scène : ma voix est restée intacte. Mon corps aussi, même si je me sens handicapé. Il y a des gens qui ont moins de chances que moi et qui vivent bien. Pierre Akédéngué est né voyant, depuis des années, il est devenu non-voyant et continue à vivre. Pourquoi moi ?. Oui. Et déjà, il a en tête la création de son troisième mono-théâtre, après Sandrofia de Anney Bosson et Mélédouman de Jean-Marie Adiaffi. Encore fragile mais déjà rêvant de scène. C'est qu'il ne sait faire que ça et c'est cela sa vie. Une vie entamée véritablement en 1977. En 1981, il tète aux mamelles de la griotique et se nourrit de l'art de dire du griot. Et depuis, il joue, met en scène, forme, encadre, dirige. Le théâtre, c'est toute sa vie. Sans le théâtre, il se sent comme un apatride, titre de la prochaine pièce de Anney Bosson qu'il se voit déjà en train de jouer. Ignace Alomo a été refusé par la mort. Mais la vie lui a arraché un ?il. Il garde l'autre vif et toujours curieux. Précieux organe qui lui permettra de lire des pièces et de les interpréter. Encore et encore.



A. Kraidy

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