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La chute du mur de Berlin

Le v?u de Didier Drogba, ambassadeur de la paix et capitaine des Eléphants, sera exaucé. Dimanche, le stade municipal de Bouaké accueille le match retour Côte d'Ivoire-Madagascar. Pour ce faire, le ministère de la Jeunesse, du Sport et des Loisirs et la Fédération ivoirienne de football ont mis les bouchées doubles pour la réussite de cette manifestation sportive. La Côte d'Ivoire va, en effet, vivre un grand et historique événement. Car, au-delà de l'aspect purement sportif, l'enjeu et la teneur hautement politiques de cette rencontre n'échappent à personne. Depuis le déclenchement de la rébellion armée en septembre 2002, aucune compétition sportive officielle ne s'est déroulée dans l'ex-zone assiégée. Et les équipes locales, notamment Bouna, Odienné, Korhogo et Man, qui ont participé ou prennent part au championnat national, n'ont eu d'autre choix que de délocaliser dans l'ex-zone gouvernementale.
De ce fait, ce match de dimanche en éliminatoires de la coupe d'Afrique des nations de football 2008, dans le fief de l'ex-rébellion, consacre définitivement, au plan national, la fin du rideau de fer et la chute de notre mur de Berlin?. Les supporters viendront, sans nul doute, de toute la Côte d'Ivoire pour vivre intensément ce moment unique dans la voie du retour à la normalité. De sorte qu'après le démantèlement de la zone dite de confiance et l'installation du Centre de commandement intégré (CCI), la réunification du pays devient une réalité tangible avec ce match symbole pour célébrer, à guichets fermés, la paix et la réconciliation nationales.
C'est pour cette raison qu'à l'instar de la communauté internationale, qui accompagne et encadre le processus de paix, les instances mondiales du football ont accédé à la requête de Drogba et donné leur feu vert. Sans poser de conditions particulières et sans se montrer regardantes sur toutes les commodités entourant l'organisation d'une compétition internationale. La solidarité internationale est en train de se manifester ainsi à l'effet d'encourager les Ivoiriens, en général, et les ex-belligérants, en particulier, à respecter scrupuleusement les engagements pris à Ouaga pour la sortie de crise.
Car, après un démarrage en fanfare et une exécution, à la lettre, du chronogramme, le compromis politique marque le pas depuis un moment. Prenant à défaut le ministre burkinabé de la Sécurité intérieure et facilitateur adjoint de l'accord de Ouaga, Djibril Bassolé, qui, à la mi-mai, se montrait très optimiste dans ses déclarations: Nous pensons qu'au 1er juin, tous ces actes-là devraient avoir connu un début d'exécution. Il s'agit du regroupement des anciens combattants, du stockage de leurs armes, du démantèlement des milices, du redéploiement de l'administration sur toute l'étendue du territoire, du début des audiences foraines?.
En dehors du démantèlement des milices ou groupes d'auto-défense de l'ouest qui s'est déroulé le 19 mai dernier en présence du Chef de l'Etat, l'exécution de ces gros chantiers de Ouaga n'est pas encore entrée dans sa phase active. Et, en ce jour butoir du 1er juin, c'est encore et toujours le calme plat.
Le chemin de la guerre pour gagner la paix semble encore long et surtout semé d'embûches; au point de susciter l'arrivée imminente en Côte d'Ivoire du Président Blaise Compaoré, facilitateur de l'arrangement politique. La pomme de discorde est connue: les grades dits Soro, c'est-à-dire l'élévation des combattants de l'ex-rébellion aux grades supérieurs de l'armée par le secrétaire général des Forces nouvelles, chef suprême des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN). Le traitement de cette question, très sensible, demande beaucoup de tact d'autant plus que le sujet défraie la chronique et oppose les états-majors des deux armées.
Aussi, après avoir annoncé aux journalistes, dans l'euphorie, que cette semaine (du 14 au 17 mai dernier), je vous le dis, ce sujet (des grades) sera débattu et tranché?, le ministre de la Défense a-t-il dû se raviser. Je le répète, pour cette sortie de crise, il ne s'agit pas de se presser. Mais il s'agit de bien faire les choses. Donc, je ne veux rien précipiter pour échouer. () J'avais espéré que les deux parties allaient s'accorder sur un certain nombre de choses, mais il faut un peu plus de temps?, a confessé Michel Amani N'Guessan, pour exprimer son désarroi et reconnaître sa défaite.
Il n'y a pas, il faut le souhaiter, péril en la demeure. Le processus de paix engagé semble être irréversible en raison de l'adhésion populaire. Toutefois, le déphasage entre les ailes politiques et militaires des deux camps est assez flagrant dans la gestion de la feuille de route. Et cette dichotomie ne dit rien qui vaille. Elle est même de nature à jeter le trouble dans les esprits. Tous les points concernant l'aspect purement politique de la sortie de crise ont été aisement appliqués dans les délais. Ceux qui ne l'ont pas encore été, comme le redéploiement du corps préfectoral (qui boucle la boucle de l'exercice de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire) et le démarrage des audiences foraines, sont en relation avec les aspects militaires du chronogramme (désarmement des combattants et unification des deux armées, notamment).

Les fortes réserves? des deux états-majors, apparemment figés sur leurs positions de principe en ce qui concerne les grades, jurent manifestement avec la belle harmonie qu'affichent Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, les deux chefs suprêmes des deux armées. Car, à la différence de ces deux politiques qui ont, au nom de l'intérêt national, tu leur orgueil et leur amour-propre pour sceller la paix des braves à travers des concessions aussi importantes qu'inimaginables il y a peu, les frères d'armes ne veulent pas lâcher du lest. De peur sans doute de perdre la face dans la gestion de ce dossier. Et comme si, malgré tous les discours, la volonté politique fait défaut ou ne peut s'imposer, le CCI a du plomb dans l'aile. Et chaque état-major continue de contester les grades de l'autre. Au risque de pourrir davantage une situation politique qui reste, malgré tout, volatile et précaire.
Car, la situation militaire est, à l'évidence, très complexe et même explosive. En dehors de l'impact financier que cela va induire, les grades Soro? posent de sérieux problèmes. Parce qu'aucune armée n'a été vaincue. Maintenir ces nouveaux grades des FAFN, surtout pour nombre de soldats déserteurs qui sont devenus officiers pour faits de guerre, pourrait ouvrir la boîte de Pandore de mutineries au sein des Forces de défense et de sécurité (FDS). Au point de conduire notre pays à se doter d'une armée, non seulement vieillie, mais aussi mexicaine qui ne comprendra plus que des officiers et pas (ou presque) de soldats. Remettre en cause ces acquis? conduirait, sans aucun doute, les FAFN à se rebiffer pour rejeter les promotions opérées en zone gouvernementale.
Gbagbo et Soro sont, de ce fait, au pied du mur. Le dilemme cornélien auquel ils sont confrontés, traduit toute la nécessité de reconstituer, au plus vite et sans état d'âme, une véritable armée de métier, loin des chapelles politiques et des considérations partisanes. Tout le monde le sait, on ne fait pas d'omelette sans casser des ?ufs.

Par
Ferro M. Bally

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