Cuba sans Fidel
LA HAVANE - La page Fidel se referme, la transition Raul s'ouvre. Après un demi-siècle de pouvoir ininterrompu à Cuba, après avoir instauré un régime communiste à moins de 150km des côtes de Floride, après avoir nargué et épuisé dix administrations américaines, le Lider Maximo a annoncé mardi son départ du pouvoir, laissant le champ libre à son frère Raul Castro, âgé de 76 ans.
Dans une longue lettre publiée sur le site Internet de "Granma", l'organe officiel du Parti communiste cubain, Fidel Castro annonce qu'il ne sollicitera pas de nouveau mandat à la tête de l'île communiste. Agé de 81 ans, toujours pas remis de sa grave opération intestinale de l'été 2006, le vieux révolutionnaire tire donc les conséquences de son "état de santé critique".
"A mes très chers compatriotes (...), j'annonce que je n'aspirerai ni n'accepterai -je répète, je n'aspirerai ni n'accepterai- la charge de président du Conseil d'Etat et commandant en chef", écrit-il au huitième paragraphe de cette lettre intitulée "Message du commandant en chef", alors que la nouvelle Assemblée nationale issue des élections du mois dernier se réunit dimanche pour désigner les membres du Conseil d'Etat et son président.
"Mon désir a toujours été d'accomplir mon devoir jusqu'au dernier souffle", reconnaît-il. Toutefois, "je trahirais ma conscience en occupant une responsabilité qui exige de la mobilité et un investissement total que je ne suis pas en état physique d'offrir. Je le dis sans dramatiser."
Aux commandes de Cuba depuis le 1er janvier 1959, Fidel Castro incarnait à lui seul, tel un monument, un demi-siècle de l'histoire mouvementée de l'île et sa révolution devenue pour ses détracteurs une dictature tropicale.
Toutefois, depuis un an et demi, il s'était mis en retrait du pouvoir à la suite d'une grave intervention chirurgicale à l'intestin, consécutif à un mal non précisé. Ainsi, le 31 juillet 2006, il avait cédé "temporairement" le pouvoir à son frère.
Depuis lors, il n'était plus apparu en public, le régime se contentant de diffuser des photos et vidéos officielles le montrant convalescent, en survêtement, souvent à l'occasion de visites rendues par des dirigeants étrangers amis. Il publiait aussi régulièrement des tribunes et réflexions, souvent liées à l'actualité internationale.
A l'exception de quelques monarques, comme la reine d'Angleterre, Fidel Castro était le dirigeant qui exerçait le pouvoir depuis le plus grand nombre d'années dans le monde. L'ancien guérillero devenu homme d'Etat a survécu à plusieurs tentatives d'assassinat, à la désastreuse invasion de la Baie des Cochons fomentée par la CIA en avril 1961 et à la crise des missiles qui a conduit la planète au bord d'une guerre nucléaire en octobre 1962.
Son régime a même surmonté la chute de l'Union soviétique. Si l'arrêt de l'aide financière de Moscou a effectivement plongé Cuba dans une crise financière, l'économie de l'île s'est lentement rétablie à la fin des années 90 grâce au boom du tourisme. Avec la fin de la Guerre froide, Castro a également renoué des relations avec nombre de gouvernements qui avaient mis son régime en quarantaine. L'exemple le plus frappant est venu du Vatican avec la visite historique du pape Jean Paul II sur l'île communiste en janvier 1998.
Les Etats-Unis, en revanche, ne se sont jamais départis de leur ligne intransigeante vis-à-vis de ce régime communiste installé à quelques encablures de leurs côtes. Le président George W. Bush, en voyage en Afrique, a exprimé l'espoir mardi que la fin du règne de Fidel Castro ouvre la voie à une "transition démocratique" à Cuba.
Et le chef de la Maison Blanche ne semble pas faire confiance à Raul Castro pour mener à bien cette évolution du régime. "Au bout du compte, cette transition devrait conduire à des élections libres et justes -et je dis bien libres et justes-, et pas le genre d'élections mises en scène que les frères Castro tentent d'imposer comme une vraie démocratie", a déclaré M. Bush lors d'une conférence de presse à Kigali (Rwanda).
Le retrait de Fidel Castro ouvre effectivement la voie à l'accession de Raul Castro à la présidence dès dimanche et devrait lui donner la légitimité et l'autonomie suffisantes pour lancer les réformes, même modestes, qu'il a appelées de ses voeux, parlant l'an dernier de "changements structurels" nécessaires sans plus de précisions.
Raul Castro, lui-même septuagénaire, est le dauphin désigné de son frère en tant que premier vice-président du Conseil d'Etat. Toutefois, Fidel Castro conservera le poste très influent de premier secrétaire du Parti communiste cubain. AP
Par Anita Snow
Dans une longue lettre publiée sur le site Internet de "Granma", l'organe officiel du Parti communiste cubain, Fidel Castro annonce qu'il ne sollicitera pas de nouveau mandat à la tête de l'île communiste. Agé de 81 ans, toujours pas remis de sa grave opération intestinale de l'été 2006, le vieux révolutionnaire tire donc les conséquences de son "état de santé critique".
"A mes très chers compatriotes (...), j'annonce que je n'aspirerai ni n'accepterai -je répète, je n'aspirerai ni n'accepterai- la charge de président du Conseil d'Etat et commandant en chef", écrit-il au huitième paragraphe de cette lettre intitulée "Message du commandant en chef", alors que la nouvelle Assemblée nationale issue des élections du mois dernier se réunit dimanche pour désigner les membres du Conseil d'Etat et son président.
"Mon désir a toujours été d'accomplir mon devoir jusqu'au dernier souffle", reconnaît-il. Toutefois, "je trahirais ma conscience en occupant une responsabilité qui exige de la mobilité et un investissement total que je ne suis pas en état physique d'offrir. Je le dis sans dramatiser."
Aux commandes de Cuba depuis le 1er janvier 1959, Fidel Castro incarnait à lui seul, tel un monument, un demi-siècle de l'histoire mouvementée de l'île et sa révolution devenue pour ses détracteurs une dictature tropicale.
Toutefois, depuis un an et demi, il s'était mis en retrait du pouvoir à la suite d'une grave intervention chirurgicale à l'intestin, consécutif à un mal non précisé. Ainsi, le 31 juillet 2006, il avait cédé "temporairement" le pouvoir à son frère.
Depuis lors, il n'était plus apparu en public, le régime se contentant de diffuser des photos et vidéos officielles le montrant convalescent, en survêtement, souvent à l'occasion de visites rendues par des dirigeants étrangers amis. Il publiait aussi régulièrement des tribunes et réflexions, souvent liées à l'actualité internationale.
A l'exception de quelques monarques, comme la reine d'Angleterre, Fidel Castro était le dirigeant qui exerçait le pouvoir depuis le plus grand nombre d'années dans le monde. L'ancien guérillero devenu homme d'Etat a survécu à plusieurs tentatives d'assassinat, à la désastreuse invasion de la Baie des Cochons fomentée par la CIA en avril 1961 et à la crise des missiles qui a conduit la planète au bord d'une guerre nucléaire en octobre 1962.
Son régime a même surmonté la chute de l'Union soviétique. Si l'arrêt de l'aide financière de Moscou a effectivement plongé Cuba dans une crise financière, l'économie de l'île s'est lentement rétablie à la fin des années 90 grâce au boom du tourisme. Avec la fin de la Guerre froide, Castro a également renoué des relations avec nombre de gouvernements qui avaient mis son régime en quarantaine. L'exemple le plus frappant est venu du Vatican avec la visite historique du pape Jean Paul II sur l'île communiste en janvier 1998.
Les Etats-Unis, en revanche, ne se sont jamais départis de leur ligne intransigeante vis-à-vis de ce régime communiste installé à quelques encablures de leurs côtes. Le président George W. Bush, en voyage en Afrique, a exprimé l'espoir mardi que la fin du règne de Fidel Castro ouvre la voie à une "transition démocratique" à Cuba.
Et le chef de la Maison Blanche ne semble pas faire confiance à Raul Castro pour mener à bien cette évolution du régime. "Au bout du compte, cette transition devrait conduire à des élections libres et justes -et je dis bien libres et justes-, et pas le genre d'élections mises en scène que les frères Castro tentent d'imposer comme une vraie démocratie", a déclaré M. Bush lors d'une conférence de presse à Kigali (Rwanda).
Le retrait de Fidel Castro ouvre effectivement la voie à l'accession de Raul Castro à la présidence dès dimanche et devrait lui donner la légitimité et l'autonomie suffisantes pour lancer les réformes, même modestes, qu'il a appelées de ses voeux, parlant l'an dernier de "changements structurels" nécessaires sans plus de précisions.
Raul Castro, lui-même septuagénaire, est le dauphin désigné de son frère en tant que premier vice-président du Conseil d'Etat. Toutefois, Fidel Castro conservera le poste très influent de premier secrétaire du Parti communiste cubain. AP
Par Anita Snow