La lettre de l'ex 1er Ministre aux ivoiriens - Les graves contrevérités de Banny
Il pêche par omission. Dans sa lettre publiée avant-hier, l'ancien Premier ministre tente d'abuser de l'opinion. Charles Konan Banny entreprend sciemment de se présenter comme le doux agneau ?'mangé'' par les méchants loups du bois politique ivoirien. Lui qui, assure-t-il, est venu de Dakar dans une parfaite unanimité , pour conduire une mission onusienne de pacification, a dû faire face à des obstacles. Banny falsifie l'histoire récente de la Côte d'Ivoire à son seul profit. Celui qui prétend être resté à équidistance de toutes les chapelles et de toutes les factions n'arrête pas de se donner le beau rôle. Il impute, pince sans rire, son échec aux autres. Ceux qui, décrit-il, ont la propension à vouloir imposer la pensée unique, ainsi que le droit du plus fort ou du plus rusé. Et pourtant, notent bien d'observateurs, Banny devrait avoir la conscience chargée. Lui qui, dès sa prise de fonction, s'est évertué à se départir de sa mission et mettre en place sa propre machine électorale post crise. Fort de la résolution 1721, il entreprend de ?'nettoyer'' tout ce qui ne cadre pas avec ses futures ambitions. Mais sa lettre reste muette sur le sujet. Il préfère s'étendre sur des adversaires qu'il ne peut nommer. Lui, le humble , se désole-t-il, a dû croiser le fer avec un environnement des plus hostiles. Malheureusement, notre tradition de l'honneur a connu un net relâchement, car dans certaines circonstances, les calomnies, les insultes, les demi vérités et les mensonges se sont répandus. Ils ne m'ont pas épargné moi-même. J'ai accepté sans mot dire. Je souhaite que ceux d'entre vous qui se sont livrés à cet exercice favori comprennent qu'ils doivent emprunter un autre chemin , dénigre celui qui se proclame le ?'sage'' de la maison ivoire. Il ne s'en cache pas, conseillant à tout vent de mettre un terme définitif à la prospérité de ces vilains sentiments qui détruisent l'harmonie construite à coups de compromis et concessions mutuelles. Dans son adresse qui frise l'autocélébration, l'ancien Premier ministre affirme qu'il part de la Primature sans aucun ressentiment. Mais, ceux qui sont coutumiers de sa cour révèlent en lui une ranc?ur tenace. Les principaux acteurs du dialogue direct n'ont plus droit de cité dans son cercle. La rumeur prête même à Banny d'avoir raccroché le téléphone au nez de Djibril Bassolé, le ministre burkinabé de la Sécurité, qui a piloté les pourparlers inter ivoiriens. C'était, assurent ces indiscrétions, au lendemain de la signature de l'accord de Ouaga. Ceci dit, il se propose de jouer sa partition dans le processus de sortie de crise, en tant que citoyen engagé au service de la Côte d'Ivoire. Un autre point de la lettre devrait édifier plus d'un. La paix est un bien public précieux. Elle ne s'accommode pas de haine. Elle n'exclut pas. Elle enveloppe et inclut. Elle ne fait pas bon ménage avec les discriminations , instruit celui qui n'a eu de cesse d'exacerber les tensions tribales aux dernières heures de son mandat. C'est de fraîche mémoire. Konan Banny a tant bien que mal misé sur son clan, pour mener son combat contre le chef de l'Etat. Le péché de Gbagbo, avoir mis fin, en conformité avec la loi, aux sanctions administratives de personnalités que Banny a incriminées dans l'affaire des déchets toxiques. Yamoussoukro, en ces temps là, était devenu son bastion. Il s'est emmuré dans son village d'où, à coups de mallettes d'argent, il recevait presque sans discontinuer, la notabilité Baoulé. Il a tant embastillé la capitale politique que le Président Gbagbo a dû reporter à plusieurs reprises, des rendez-vous dans la cité des Lacs. Et pour ne rien arranger, quelque temps avant son limogeage, ses partisans chauffés à blancs, ont publiquement appelé le grand groupe ethnique Akan, notamment les Agni et les Baoulé, à s'opposer au départ de celui qui a été victime de ses actes de défiance. Pire, Banny et les siens ont estimé que seuls les Baoulé, et dans une moindre mesure les Agni, sont aptes à diriger la Côte d'Ivoire. En clair, toute la stratégie du banquier venu de Dakar s'est bâtie autour de cette ?'norme''. En tout état de cause, il ne s'en laisse pas conter. Charles Konan Banny entend revenir avec ou sans l'onction de la communauté internationale. Aussi se console-t-il des expériences dont il s'est enrichi et qui lui seront utiles plus tard. Un come back qui mérite sans doute qu'il se fasse une virginité politique, à travers une lettre à forte senteur propagandiste.
Guillaume N'Guettia
Guillaume N'Guettia