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Zémogo Fofana à Boundiali : Retour triomphal

Samedi 17 novembre. Il est 15 h 45 minutes quand l'imposant cortège de Zémogo Fofana, composé d'une vingtaine de véhicules en majorité de type 4x4, sirènes et gyrophares à l'appui, fait son entrée triomphale dans la ville de Boundiali, en provenance de Korhogo. Tout le monde retient son souffle. Car plusieurs semaines avant, des militants du Rdr, son ancien parti, avaient annoncé que l'accès de cette commune dont il est le maire et président du conseil général, lui serait interdite. D'autres avaient prédit que les corridors lui seraient fermés. Mais ce samedi, aucun obstacle. Bien au contraire. C'est une cohorte de motocyclistes et des populations visiblement heureuses, qui accueillent le président de l'Alliance pour la nouvelle Côte d'Ivoire (ANCI). Alors, Zémogo Fofana et sa très forte délégation s'ébranlent dans la ville. Histoire d'y faire un tour d'honneur. Boundiali vibre littéralement sous le tintamarre des klaxons et autres cris de joie.
16 h. Le tour d'honneur connaît sa chute sur l'esplanade de l'ancienne préfecture (aujourd'hui état-major du commandement des Forces armées des Forces nouvelles de Boundiali), place de l'indépendance. Cette place bondée de monde bouge dans tous les sens. Un véritable brouhaha fait des tambours d'une multitude de danses, de cris de joie, d'applaudissements etc. y règne. La gaieté se lit sur tous les visages de la foule compacte. Certains jeunes accourus sur cette place sont perchés sur des arbres. Zémogo Fofana, en costume gris, prend un vrai bain de foule et crée l'émeute. Non sans esquisser quelques pas de danse ici et là. A la grande satisfaction de la foule. Tout le monde veut le toucher, le voir, le saluer. La sécurité des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN) est débordée. Mais parvient à contenir la forte bousculade. Le commandant de la zone, Gaoussou Ouattara alias Jah Gao, est présent et veille au grain. La scène dure 20 minutes. Puis, brusquement, le président de l'ANCI remonte dans sa voiture. La sécurité fait des mains et des pieds pour lui frayer un passage. Les visages se crispent et dégagent des sentiments de fortes interrogations, de peur. Le maître de cérémonie ne se fait pas prier pour annoncer que Zémogo Fofana, conformément à la tradition, doit obéir à une cérémonie de rite chez le chef de canton avant de s'installer sur la place publique. Les visages se décrispent aussitôt, la peur fait place au soulagement et à de larges sourires. Quelques véhicules du maire et président du conseil général de Boundiali l'accompagnent chez le chef de canton central, Koné Ténon. 16 h 45. Zémogo Fofana refait son entrée sur l'esplanade toujours à bord de la Mercedes et prend place sous l'une des nombreuses bâches des officiels. Les tambours redoublent d'ardeur. Mais le temps devient court. Il faut donc passer aux allocutions. 17 h 35, c'est le tour de parole du principal orateur. Successivement, M. Fofana s'adresse à la foule d'abord en Sénoufo (la langue locale), ensuite en Malinké (autre langue très parlée dans la région) et enfin en français. "Or donc, place de l'indépendance, sur l'esplanade de la préfecture de Boundiali, nous y sommes !", s'étonne-t-il. Pour narguer ceux qui avaient prédit que le ciel tomberait sur "sa" localité au cas où il y mettrait les pieds. Puis il expliquera à ses parents qu'il est venu avec ses amis et frères (les membres de la délégation) pour leur présenter son parti, l'ANCI. Et demander leurs bénédictions. Zémogo Fofana a notamment demandé aux populations du département de Boundiali de faire leur l'Alliance pour la nouvelle Côte d'Ivoire. De soutenir ce parti, autant elles ont soutenu, hier, le Pdci, le Fpi et le Rdr. Il a profité de cette tribune pour dire qu'il a quitté le parti d'Alassane Dramane Ouattara malgré lui-même. "Je n'ai pas quitté le Rdr avec plaisir. On ne quitte pas des amis, des frères avec la gaieté du c?ur", a avoué M. Fofana. Non sans justifier : "Mais, je l'ai quitté parce que je n'y avais plus d'intérêt". Pour lui, cela répond à l'ordre normal des choses et ne veut en rien dire qu'il a trahi le Rdr ou son président. "Il n'y a pas de problème entre Alassane Ouattara et moi", a-t-il d'ailleurs confié. Toutefois, le chef de l'ANCI a appelé ses anciens compagnons à la tolérance et à l'acceptation de la différence. Et surtout à comprendre qu'autant M. Ouattara a eu le droit de quitter le Pdci pour créer le Rdr, autant il (lui, Zémogo) a eu le droit de quitter le Rdr pour créer son propre parti. Il est 18 h quand Zémogo Fofana remercie ses parents et les nombreux invités et descend du podium sous les vives ovations des populations venues des quatre coins du département.

Pascal Soro
(Envoyé spécial à Boundiali)

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