Venance Konan (Journaliste-écrivain): Affi gagnerait vraiment à se taire- Vous avez semé la haine, la violence, vous savez ce que vous récolterez
Un qui gagnerait vraiment à se taire est Affi N'guessan, l'ancien technicien supérieur des télécommunications devenu premier ministre de la Côte d'Ivoire par la magie de la Refondation. A ce poste, bien qu'ayant demandé et obtenu du peuple ivoirien une trêve sociale d'un an, il a fait montre d'une rare incompétence qui a conduit la Côte d'Ivoire à la ruine et à la guerre dont nous n'avons pas encore fini de payer les dégâts. Souvenez-vous. Lorsque des femmes voulurent le rencontrer pour protester contre la hausse des prix sur les marchés (déjà en 2001, on a tendance à l'oublier), il envoya les " sorbonnards " contre elles. Le premier ministre qu'il était préféra recevoir ces désoeuvré plutôt que les femmes qui soutiennent des familles entières et animent des pans très importants de notre économie. C'est sous son règne que l'on assista pour la première fois dans notre pays à une marche des magistrats. Et c'est son ministre de l'intérieur de l'époque, feu Boga Doudou, qui nous annonça qu'il savait où s'arrêtaient et se divertissaient les déserteurs de notre armée qui s'entraînaient au Burkina Faso en vue d'attaquer la Côte d'Ivoire. Que fit notre premier ministre, fort de ces informations ? C'est Lida Kouassi Moïse l'ancien ministre de la défense qui donna la réponse lorsqu'il fut débarqué de son poste. Il déclara qu'il avait tout fait pour que le pays soit doté en armes, mais que le premier ministre (Affi N'guessan) s'était assis sur le dossier pendant que les autres ministres se battaient pour toucher des commissions. Affi ne s'est jamais défendu sur ce point. Mais le plus grave est que lorsque la crise éclata le 19 septembre, c'est lui, en tant que premier ministre, qui nous apprit que l'auteur était Robert Guéï et qu'il avait été tué alors qu'il allait annoncer sa prise du pouvoir à la télévision. Plus tard les autorités catholiques ont révélé que le général s'était en réalité réfugié à la cathédrale et qu'il en avait été extrait par des militaires. Il n'avait donc pas été tué alors qu'il se rendait à la télévision. Ce que d'ailleurs tous les Ivoiriens savaient déjà. Interrogé par le journal " Nord-Sud quotidien " dans son édition du 10 octobre dernier, Affi N'guessan se contente de répondre : " il n'est pas opportun de ressortir les questions qui peuvent susciter une polémique inutile. Il vaut mieux en faire l'économie. Ce qui est important aujourd'hui, c'est le consensus autour de l'accord de Ouagadougou ; ce sont les actions en faveur de la paix et de la réconciliation. Au nom de ces principes, il faut éviter les questions qui fâchent." Cette question fâche peut-être M. Affi N'guessan, mais pas nous Ivoiriens. Au contraire elle nous intéresse au plus haut point. Parce qu'il s'agit de la mort d'un homme, et aussi de ce qui ressemble à un crime d'Etat. L'on se souvient qu'au moment des obsèques de Robert Guéï, le chef d'Etat avait dit qu'il fallait lui rendre les honneurs parce qu'il avait été chef d'Etat. Lui-même s'était incliné sur le corps de Robert Guéï. Comment peut-on tuer un ancien chef d'Etat, fut-il un putschiste, sa femme, son aide de camp, et d'autres membres de sa famille de cette façon et demander que l'on passe cela pour pertes et profits ? et le droit et la morale dans tout cela ? Dans un Etat normal, et nous osons croire que la Côte d'Ivoire est encore un Etat normal, une telle question ne saurait être éludée de cette manière. Alors, dites-nous M. Affi, pourquoi avez-vous dit que M. Robert Guéï avait été tué pendant qu'il allait à la télévision ? Que répondez-vous à la hiérarchie catholique qui affirme que Robert Guéï s'était réfugié à la cathédrale d'où il avait été conduit à sa mort ? Et si tant est qu'il allait prendre le pouvoir (tout seul et en jogging), qu'avaient sa femme et les autres personnes réfugiées dans sa maison et retrouvée tuées plus tard à voir avec cette affaire ? Non, M. Affi, ne croyez pas que vous échapperez ainsi au jugement des hommes et de l'histoire. Vous portez la responsabilité de la guerre en Côte d'Ivoire et celle de la mort de Robert Guéï et de sa famille. Et même si le procureur si prompt à lancer des convocations aux journalistes n'a pas encore trouvé le temps de vous entendre sur ces crimes, il existe un tribunal internationale devant lequel vous vous expliquerez tôt au tard, en attendant celui de l'histoire. Et M. Affi qui croit que le peuple ivoirien a la mémoire courte affirme pompeusement " ce sont ceux qui ont attaqué qui comptabilisent la guerre dans leur bilan. Et nous qui avons lutté pour neutraliser cette attaque, c'est nous qui comptabilisons cette action de résistance, ce combat en faveur de la légalité et de la démocratie. " (Nord-Sud quotidien du 10 octobre). Puisque M. Affi n'est pas un homme d'Etat, il ne sait probablement pas que ce que l'on attend d'un gouvernement n'est pas de résister, mais de faire en sorte qu'il n'y ait pas de guerre dans le pays. Surtout lorsque l'on a toutes les informations dont il disposait. Mais justement, quelle résistance, et face à qui ? Face à quelques déserteurs accompagnés de chasseurs dozo. Quelle gloire ! Quelle résistance ? Les infrastructures, l'économie et l'école de la zone tenue par le pouvoir détruites, non pas par les rebelles, mais par les Jeunes patriotes grassement entretenus par le pouvoir ? Les droits élémentaires de l'homme continuellement bafoués ? Le racket, la tricherie et la corruption institutionnalisés ? Le partage du pays entre Gbagbo et Soro pour son pillage systématique ? C'est cela la résistance selon Affi N'guessan ? Et il ajoute sans rire que Gbagbo Laurent ne peut pas perdre les élections. Parce que lui, Affi, a été dans le N'zi-Comoé et a vu les populations venir nombreux à ses meetings. A-t-il aussi vu la misère noire dans laquelle vivent ces populations ? A-t-il vu ces jeunes gens dans les villages qui se détruisent avec le koutoukou parce que le FPI a bouché leur horizon et leur a enlevé tout espoir ? Ils ne peuvent même plus s'adonner à la culture du cacao, puisque le FPI et ses barons leur volent le peu qu'ils en retirent. Affi déclare que " le pouvoir FPI bénéficie du soutien de la population et d'une forte légitimité. " Parce que cette population est heureuse de payer pour que ses enfants puissent obtenir des diplômes qui ne leur donnent rien ? Parce qu'elle est heureuse de devoir payer des millions pour accéder au plus petit emploi de la fonction publique ? M. Affi croit-il vraiment que les jeunes gens qui passent leurs journées à boucher les trous dans les rues pour que lui et les siens puissent circuler sans endommager leurs voitures luxueuses continueront de leur tendre la main pour de la menue monnaie, sans un jour leur demander des comptes ? Non M. Affi ! Vous n'avez plus le soutien de la population. Même dans vos propres rangs, les quelques rares compétences dont vous disposez ne supportent plus de voir des analphabètes nommés PCA ou ambassadrices avec pour seul CV l'appartenance au clan ou au harem des barons du FPI. Vous les insultez et rabaissez la Côte d'Ivoire. Vous avez plongé ce pays dans l'immoralité et l'incompétence. Et vous voulez transporter cette immoralité et cette incompétence à la BCEAO, la seule institution régionale qui marche encore ? Soyons sérieux !
Ne vous y trompez pas, Affi ! Seul Fologo qui ne connaît pas la honte et est ainsi devenu la honte du peuple sénoufo, un peuple qui sait ce que sont la dignité et l'honneur, vous fait encore croire que vous gagnerez les élections. Quant à vous, vous ne perdez rien pour attendre. Le jour de votre jugement n'est pas loin. Mais sachez une chose. Lorsque l'on sème du riz, on récolte du riz. Jamais du maïs. Aussi, lorsque l'on a semé la haine, la violence, l'impunité, l'immoralité, la corruption vous savez très bien ce que vous récolterez. Certainement pas la victoire et l'absolution du peuple.
Venance Konan, depuis Dakar
Email :venancekonan@yahoo.fr
Ne vous y trompez pas, Affi ! Seul Fologo qui ne connaît pas la honte et est ainsi devenu la honte du peuple sénoufo, un peuple qui sait ce que sont la dignité et l'honneur, vous fait encore croire que vous gagnerez les élections. Quant à vous, vous ne perdez rien pour attendre. Le jour de votre jugement n'est pas loin. Mais sachez une chose. Lorsque l'on sème du riz, on récolte du riz. Jamais du maïs. Aussi, lorsque l'on a semé la haine, la violence, l'impunité, l'immoralité, la corruption vous savez très bien ce que vous récolterez. Certainement pas la victoire et l'absolution du peuple.
Venance Konan, depuis Dakar
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