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Notre Voie
· 6 min de lecture

Dire bien - C'est au pied du mur que l'on voit le vrai maçonDeux

Situations observées me suffisent pour exemplifier ce beau proverbe de l'épreuve et de l'évaluation. On dit aussi, pour pasticher le comédien camerounais, Jean-Michel Kankan, c'est aussi au pied du maçon que l'on voit le vrai mur... La première situation appartient au champ politique, la seconde au champ de la pédagogie. Lecteurs miens, mon indignation est grande pour la première, ma tristesse l'est pour la seconde. Pour me comprendre, lisez ce qui suit.
1/- Le premier triste spectacle en direct après le dialogue direct.
Pugilat?, rixe?, bagarre (de chiffonniers)?, avec coups de poings et de tête... et comme rien ne va sans dire gros mots? injures?, grossièretés? utilisés comme des pierres à lancer. On est où là ? Nous ne sommes ni dans une des rues des quartiers populaires d'Abidjan ni dans une de ces gares routières où des voyous et autres délinquants se battent à longueur de journée. Mais bien dans le hall d'un grand hôtel transformé en ring par deux rebelles ministres encore en fonction qui s'y donnent en spectacle : Issouf Soumahoro, ancien ministre de l'Enseignement technique et de la Formation professionnelle nouvellement nommé Ministre du Commerce contre Moussa Dosso, ancien Ministre du Commerce, nouvellement nommé Ministre de l'Enseignement technique et de la Formation Professionnelle par le nouveau Premier Ministre SKG. Deux ministres qui se bagarrent, se tapent dessus, se taclent, se coup-de-jambent et se coup-de-têtent... C'est vraiment pitiant pour la République (qui est loin d'être un Etat voyou). Les choses présentées ainsi ont l'avantage de montrer la compatibilité d'une permutation qui révèle le passage d'un commerce à un autre surtout que le premier nommé avait réussi (hélas) à transformer l'Enseignement Technique en fonds de commerce. Perdre un tel poste juteux au moment où on s'y attend le moins a de quoi réveiller les vieux démons qui assèchent le gosier et démangent les poings. Quelle histoire ! Lecteurs miens, retenons que le mot commerce? vient du latin commercium? qui signifie échange de marchandises, relations d'ordre commercial? et par extension échanges d'idées, de sentiments, de visites?, voire relations d'ordre intellectuel, amical?. Or jusque-là nos deux rebelles-ministres avaient un commerce (ou fréquentation) d'esprit, d'amitié ensemble, tous les deux étant membres du mouvement rebelle MPCI. Cette bagarre entre rebelles-ministres démontre au moins trois choses. Primo, que ces deux bagarreurs (ce qu'un Etat digne de ce nom ne peut tolérer) pensent plus à leurs poches qu'à l'image de la République et de la haute fonction qu'ils occupent. Deuzio, ils donnent la preuve qu'ils ne sont pas seulement d'origine rebelle mais qu'ils sont aussi pitoyablement d'origine nerveuse. Tercio, cette bagarre qui dénote indécence, je-m'en-foutisme, est la preuve selon laquelle une époque de crise n'est pas seulement ivre de violences, elle l'est aussi d'ignorance de la raison, d'irresponsabilité donc... d'imbécillités (mot qui n'a aucun caractère injurieux, du latin imbecillus?, qui n'est pas appuyé sur un bâton?, d'où faible, débile, frêle?, au physique comme au moral). Face à cette faute-bêtise intolérable voire incompatible avec la fonction ministérielle, que fit le Premier Ministre SKG ? Il prit des sanctions qui se mesurent en suspension de salaire et mise à pied pour un mois. Des sanctions qui ressemblent fort à des sanctions d'un Secrétaire Général du MPCI à l'encontre de deux de ses membres indisciplinés. Or SKG est désormais Chef de Gouvernement, Premier Ministre. En cette qualité il est devenu un pont et un pont est nécessairement (ou forcément) d'une autre nature que les deux rives qu'il relie (dixit l'écrivain Georg Simmel, dans Le Conflit). On ne sanctionne pas un ministre en fonction comme on sanctionne un fonctionnaire ordinaire ou un membre d'une association (en s'appuyant sur son règlement intérieur). On est ministre (avec tout ce que cela comporte de retenue, de sagesse, de contrainte de responsabilité...) ou on ne l'est pas. Nos deux rebelles-ministres bagarreurs n'ont guère tenu compte de la nature du pont (SKG) qui les a faits rois. Sur le sujet, le journaliste-écrivain italien, Dino Buzzati (déjà cité dans ces colonnes miennes) parle du concept du roi?, concept selon lequel, si l'on me fait ministre, je ne peux plus courir les putains. Il n'y a aucun mal à courir les putains, cependant, si on devient ministre on ne peut plus le faire... Or nos ministres continuent à courir les putains comme si rien n'avait changé dans leur vie. Alors, tout s'effondre. J'entends par courir les putains?, faire des choses qui sont permises à l'homme de la rue, à l'homme ordinaire car il ne s'est pas engagé?. Ces choses-là ne sont pas (ou plus) permises à ceux qui doivent donner l'exemple, à ceux qui ont en main des responsabilités gouvernementales et qui doivent commander. On ne saurait concevoir, dans un gouvernement, des ministres qui règlent leurs contradictions à coups de poings... comme de vulgaires individus (cf. Buzzati, mes déserts?. Entretiens avec Yves Panafieu, Ed. Laffont, Paris, 1973, P. 152).
Quand cela arrive, et c'est bien le cas de Dosso et Soumahoro, ce n'est pas un carton jaune (avertissement) que le Chef de Gouvernement doit brandir, mais le carton rouge (exclusion). Ce que fit, par exemple sans hésitation, l'arbitre de la finale du Mondial 2006 en Allemagne qui sortit le carton rouge contre le joueur français Zidane après son coup de tête au joueur italien Materrazzi. Il y a des choses que ceux qui donnent l'exemple ne doivent pas faire... Donner le carton qui sied à celui qui a fait la faute est signe autant de rigueur, de courage que d'honnêteté. Faire autrement révèle hésitation, manque de courage, états d'âme, mesquins calculs. Or SKG a donné le jaune à la place du rouge. C'est une faute et non un bon exemple. I en boira seul la soupe... devant les autres ministres. Bonne digession.
2/- L'adjectif médiocre?
Je viens de recevoir d'un lycée de l'intérieur du pays le bulletin scolaire du deuxième trimestre d'une nièce mienne, 25ème sur 81. La moyenne en mathématiques certes n'est pas bonne du tout (4 sur 20) mais l'observation du professeur qui qualifie cette moyenne de médiocre? n'est ni raisonnable ni appropriée. Qui, comme moi fait des critiques au chien doit en faire aussi à l'os... Je suis triste aussi bien pour le niveau de ma nièce que pour le niveau de français du collègue enseignant.
De fait, l'adjectif médiocre? signifie moyen, ordinaire (sans idée défavorable), qui est entre le grand et le petit, entre le bon et le mauvais? (cf. Le style médiocre?, un style qui est entre le sublime et le bas). Il tient ce sens favorable du latin médiocris?, c'est-à-dire qui tient le milieu, de la racine medius, moyen. Ainsi donc une production (ou une note) médiocre est une production (ou une note) qui est inférieur à la moyenne. Une moyenne franchement mauvaise de l'ordre de quatre à cinq sur vingt, cas de la nièce mienne, ne saurait être raisonnablement qualifiée de médiocre?. Mauvaise? telle est la qualification appropriée.
Le nom dérivé médiocrité? exprime la même nuance et se dit du juste milieu, de la juste mesure (cf. Il faut garder la médiocrité en toutes choses?)... Chacun aura compris aussi qu'appliquer par exemple cet adjectif à l'opposition politique ivoirienne qui se cherche n'est ni raisonnable ni approprié... tant elle est mauvaise et de mauvaise qualité. Autrement dit elle est au-dessous du médiocre. Que Dieu l'amaigrisse davantage. Amina.



Koné Dramane

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