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Notre Voie
· 2 min de lecture

Ça me révolte: Barrages policiers

Cette nouvelle devrait réjouir le ministre de l'Intérieur. C'est une confidence d'un flic qui a bien voulu nous la donner. Les nombreux barrages policiers qui encombrent la circulation à Abidjan et sur les routes de l'intérieur du pays ont une raison cachée. Outre la raison officielle qui est que les forces de l'ordre cherchent à joindre les deux bouts pour assurer la popote familiale, il y a aussi, nous apprend un flic, le fait que l'Etat n'assure plus ses missions régaliennes. A savoir, par exemple, fournir aux forces de l'ordre, du matériel de bureau (ordinateurs, stylos à bille, crayons, papiers, encre, bureaux, etc.), la tenue militaire (treillis, chaussures, casquettes, gourdes, sacs, sous-corps, etc.). Pour les flics, il y a belle lurette que l'Etat s'est désengagé et l'achat de toutes ces fournitures revient aux militaires eux-mêmes. Comme ils ne sont pas spécialement riches pour se procurer aussi facilement ces objets somme toute importants pour l'efficacité de leur mission, surtout qu'ils ne peuvent pas revendiquer comme des syndicalistes le feraient, ils ont trouvé une formule qui arrange toutes les parties (sauf peut-être les populations vulnérables) : le racket. Comme il semble que le nouveau ministre de l'Intérieur s'apprête à prendre des mesures pour arrêter la prolifération des barrages dans le District d'Abidjan, il serait intéressant pour lui d'avoir cette information pour en tenir compte dans les grandes mesures qu'il envisage. Peut-être serait-il plus judicieux pour l'Etat de régler d'abord ces problèmes avant de frapper dans le tas des commissariats de police qui encouragent et pilotent même les opérations de racket. Même si l'argument avancé pour racketter est fallacieux, il est toujours bon de l'analyser. Et interroger les flics racketteurs sur la situation de ceux des Ivoiriens qui sont dans le même cas qu'eux et qui ne procèdent pas au racket pour joindre les deux bouts. Que diront-ils de leurs frères d'armes des FANCI qui sont dans les casernes, qui sortent l'argent de leurs poches pour acheter ce que l'Etat achetait et qui n'ont pas la possibilité de racketter ?
Le plus troublant dans cette scabreuse affaire de racket planifié, c'est que les flics sont plus que certains que leurs autorités de tutelle ne voient pas d'un mauvais ?il le racket. C'est pourquoi, disent-ils, aucun ministre n'a pu, jusque-là, arrêter ce fléau lors même qu'ils savent bien les tenants et les aboutissants.
Que faire pour arrêter le racket ? Réussira-t-on un jour à mettre fin à cette pratique révoltante ? Oui, si l'on prend son courage à deux mains en minimisant les risques électoraux que pareille décision pourrait induire.



Abdoulaye Villard Sanogo

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