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Flashafrik
· 5 min de lecture

Habib Koité : Je ne compte pas mes spectacles

Il est spécial, cet artiste malien. Il s'appelle Habib Koité et fait partie de la trempe des rares artistes qui tournent. Toute une histoire! C'est venu comment, l'idée de faire des tournées partout en Europe, pour quelqu'un qui est tant rattaché à sa patrie? C'est la musique que j'ai faite au début de ma carrière qui a motivé certaines personnes, surtout des producteurs européens, à me produire. J'étais déjà parti en Europe avant, mais quand j'ai commencé à m'y rendre de façon officielle pour être produit par un européen, et être dans un circuit de production Européen cela s'est fait à partir d'Abidjan. C'est à Abidjan que j'ai rencontré mon producteur qui, jusqu'aujourd'hui, m'accompagne. Mais c'est bien Cigarette Habana qui vous a fait connaître ? Oui, Cigarette Habana est le premier titre qui m'a fait connaître vraiment. Mais c'est un prix que j'ai eu au tout premier festival que j'ai fait de ma vie. C'était en France à Perpignan où j'ai joué en solo. J'ai eu le premier prix là-bas et par la suite, j'ai pu enregistrer Cigarette Habana. C'est quand je suis arrivé ici qu'on a fait le clip. C'était la première fois que les gens voyaient à la télé, un artiste chanter Cigarette Habana. C'est à la suite de ça que j'ai eu le prix Rfi. Après quoi, je me suis rendu à Abidjan sur invitation de Souleymane Koly. C'est un Blanc qui t'a pistonné? Pas pistonné. Il faut être découvert par un Blanc qui est dans le circuit européen et qui penserait que ta musique a un auditoire dans son pays, dans sa zone culturelle. C'est vrai qu'il existe un public pour la world music, mais ce n'et pas le grand public. Vous avez un public à Abidjan? Les gens ont les échos. Je pense que j'ai un public à Abidjan. Des Maliens, des Burkinabés de la sous-région me connaissent. Qu'est-ce qui séduit dans ta musique? Je reste dans un style de musique qui utilise la musique du terroir malien. Toute ma musique est créée autour de ça. Je ne fais que ça, je pense à toute la musique. Ce sont des noms qui ne sont pas d'origine malienne. J'ai toujours dit que tous ces titres qu'on donne aux différentes musiques à travers le monde sont des choses qui ont été faites par ceux qui écrivent et qui ont catégorisé les musiques. Ce n'est pas nous. Nous n'avons pas de magazines pour le faire. Ce sont les Européens qui l'ont fait. Donc, le type de musique qu'ils n'ont pas et auquel ils ont accès par l'écoute, ils l'ont baptisé musique du monde. Votre musique a dû subir des changements pour s'adapter au public européen? Je n'ai rien changé. Là où je suis, j'ai constaté que j'ai fait une carrière. Parce que j'ai un passé lointain de scène et de concerts et de contacts de tout style. Je suis un homme normal, fruit de la société où je vis. Je ne fais pas de la musique parce que quelqu'un me l'a dit un jour. Si c'était le cas, ça ne viendrait pas de moi. Vous avez combien de dates par an? Je ne compte pas. Je suis sur le net, je ne sais pas combien évaluer. Michel, mon producteur, qui est Belge, pourrait vous le dire. On peut penser à 100 ou plus. J'ai entendu l'autre jour des milliers de concerts par an. Je bouge beaucoup et partout dans tous les coins du monde. Je ne compte donc pas mes spectacles. Vous n'avez pas peur que cela s'arrête un jour ? Non, parce que chaque fois, d'autres portes s'ouvrent pour moi. Les choses m'arrivent comme ça. Mon étoile, je dois la remercier mais en faisant tout ceci, ce n?est pas seulement mon concert à moi. C'est d'autres projets différents. Des projets de base avec mon groupe européen, sud-africain, ivoirien, Acoustic africa, 2RBlues et toujours, il y a un groupe à côté. Il y a beaucoup d'argent à tirer de tout ça Non,il n'y a pas beaucoup d'argent. Nous ne faisons pas de vente comme les Rihanna qui, eux, en faisant juste un morceau bien, gagnent leur vie pour 10 ans. Moi, ce ?est pas le cas, le même disc est vendu sur 10 ans. Donc vous voyez la marge. Le marché de la world musique est très petit. Dieu merci, la scène aussi m'aide à être toujours présent et après un concert , il y a un cachet. Mais on a aussi compris leur politique. Parce qu'aujourd'hui en Afrique, il y a beaucoup d'artistes qui ont la scène européenne et américaine. Pensant que les Européens ont les moyens, il y a des Africains qui vont avec beaucoup de personnes, ce qui demandent beaucoup de moyens. Car les billets Afrique-Europe sont les plus chers. Il ne faut pas l'oublier. C'est des hôtels, c'est une voiture qui vous transporte. Il faut trouver la voiture qu'il faut si vous êtes 10. Nous sommes six (6) dans mon groupe. Il y a tous les calculs comme ça. Et il faut accepter des petits cachets comme ça à côté de certains gros cachets. Vous vivez où exactement avec toutes les tournées européennes que vous faites ? Je vis ici au Mali, à Sébènikoro. Quand je suis parti, c'est pour une période bien déterminée. Et dès que ce temps là s'épuise, je reviens à Bamako. Vous êtes d'accord avec ces artistes qui demandent à la métropole d'ouvrir ses frontières ? Oui, je suis d'accord. Mais est-ce que cela suffirait d'ouvrir les frontières? Il faut que l'Afrique donne de l'espoir à ses enfants. Que la métropole sache qu'en Afrique on peut bien vivre. La famille reste là ? Ma femme travaille au Mali. Elle a un boulot qui lui prend le temps. Vous avez investi dans autre chose ? Je sais faire la musique mais j'ai investi dans autre chose. Parce qu'en pensant que sur les scènes ce sont les sauts, quand on prend de l'âge, on ne peut plus. Je ne fais pas une musique douce. Ça demande beaucoup d'effort physique souvent. Donc, je pense à ma retraite à ce niveau là. Il y a des choses en dessous qui sont en train de couver. Y a-t-il de l'espoir en quoi faisant ? C'est ça la grande question. C'est une introspection que je demande à tous les fils d'Afrique. Du bébé qui vient de naître aux gouvernants. Qu'est-ce qu'il faut faire pour que l'Afrique quitte ce marasme? Ce n'est pas quelque chose qui se fera en un jour. Mais il faut que chacun prenne conscience à son niveau.
Mam Camara à Bamako

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Article publié par Flashafrik et référencé par 225.ci.