Edito - Mépris et sarcasmes
Le chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, a profité de la célébration de la fête du travail, le 1er mai dernier, pour asséner certaines vérités au corps enseignant. Il a traité de ?' dangereux rêveurs'' les animateurs de la Coordination Nationale des enseignants du supérieur et chercheurs (CNEC) qui ont décrété un mot d'ordre de grève pour la revalorisation de leurs salaires. L'enseignant- président n'a pas du tout été tendre avec ses pairs. Il a estimé que leur revendication est excessive puisqu'elle fait passer le salaire d'un assistant à 2 millions de Fcfa et celui d'un professeur titulaire à 4 millions. Il aurait plutôt préféré augmenter les salaires des hommes en armes puisque ce sont eux qui défendent le pays. Si on suit donc le raisonnement du chef de l'Etat, aucun autre corps, outre les FDS, bien sûr, n'est fondé à réclamer une revalorisation salariale. Mais, c'est un raisonnement qui est à la fois simpliste et dangereux. Le chef de l'Etat semble avoir des yeux de Chimène pour les hommes en armes, parce que le pays est en crise. Mais qu'en sera-t-il demain, lorsque la paix sera revenue ? C'est alors que le pouvoir se souviendra que c'est avec l'apport de tous ses fils que se construit un pays et se consolide une Nation. Il ne sert donc à rien de vouloir ségréger ceux-ci en faisant valoir les uns au détriment des autres. Les frustrations ne naissent pas autrement. Et c'est à ce niveau qu'il y a danger.
Le pouvoir FPI doit, il est vrai, une fière chandelle aux hommes en armes qui ont payé un lourd tribut au conflit qui a opposé des Ivoiriens à d'autres Ivoiriens. Il est donc normal que le chef de l'Etat témoigne sa gratitude à ces hommes qui ont sauvé son régime un certain 19 septembre 2002. Mais, cela ne devrait pas l'autoriser à traiter par le mépris et les sarcasmes un corps, les enseignants, dont il est lui-même issu et qui est loin d'être la 5e roue du carrosse du développement. Il est généralement admis que la route précède le développement, mais il eut été plus juste de dire que c'est l'éducation qui précède la politique et le développement, car, il a fallu former ceux qui construisent les routes. Les enseignants qui donnent corps et vie à cette éducation mériteraient donc, on l'aura compris, d'être traités, au moins avec autant de considération que les hommes en armes. Si, du fait de la crise, ceux-ci sont, aujourd'hui, portés aux nues, il ne faut pas oublier que c'est à ceux-là, à ces silencieux ?'soldats'' du développement qui n'ont tiré aucun coup de feu que la Côte d'Ivoire doit son rayonnement. Ils ont formé et ils continuent de former les intellectuels, les cadres et la majorité de ceux qui produisent la richesse et le développement de ce pays. Le chef de l'Etat devrait, au demeurant, savoir qu'on ne sert pas plus son pays qu'un autre parce qu'on est militaire, gendarme, policier, marin, douanier ou agent des eaux et forêts.
Le développement est la résultante de la mobilisation des intelligences et des forces qui composent un pays. Même si certains ont plus de talent que d'autres, il n'est pas moins vrai que le développement est un travail d'ensemble fondé sur la convivialité, la fraternité et la solidarité. Il n'y a donc pas lieu, comme l'a malheureusement fait le chef de l'Etat, de minimiser les légitimes (qu'elles soient excessives est une autre affaire) revendications des enseignants en opposant ceux-ci aux FDS. C'est une sortie qui pourrait donner des idées à celles-ci. Et il serait bien avancé !
Honoré Sépé
Le pouvoir FPI doit, il est vrai, une fière chandelle aux hommes en armes qui ont payé un lourd tribut au conflit qui a opposé des Ivoiriens à d'autres Ivoiriens. Il est donc normal que le chef de l'Etat témoigne sa gratitude à ces hommes qui ont sauvé son régime un certain 19 septembre 2002. Mais, cela ne devrait pas l'autoriser à traiter par le mépris et les sarcasmes un corps, les enseignants, dont il est lui-même issu et qui est loin d'être la 5e roue du carrosse du développement. Il est généralement admis que la route précède le développement, mais il eut été plus juste de dire que c'est l'éducation qui précède la politique et le développement, car, il a fallu former ceux qui construisent les routes. Les enseignants qui donnent corps et vie à cette éducation mériteraient donc, on l'aura compris, d'être traités, au moins avec autant de considération que les hommes en armes. Si, du fait de la crise, ceux-ci sont, aujourd'hui, portés aux nues, il ne faut pas oublier que c'est à ceux-là, à ces silencieux ?'soldats'' du développement qui n'ont tiré aucun coup de feu que la Côte d'Ivoire doit son rayonnement. Ils ont formé et ils continuent de former les intellectuels, les cadres et la majorité de ceux qui produisent la richesse et le développement de ce pays. Le chef de l'Etat devrait, au demeurant, savoir qu'on ne sert pas plus son pays qu'un autre parce qu'on est militaire, gendarme, policier, marin, douanier ou agent des eaux et forêts.
Le développement est la résultante de la mobilisation des intelligences et des forces qui composent un pays. Même si certains ont plus de talent que d'autres, il n'est pas moins vrai que le développement est un travail d'ensemble fondé sur la convivialité, la fraternité et la solidarité. Il n'y a donc pas lieu, comme l'a malheureusement fait le chef de l'Etat, de minimiser les légitimes (qu'elles soient excessives est une autre affaire) revendications des enseignants en opposant ceux-ci aux FDS. C'est une sortie qui pourrait donner des idées à celles-ci. Et il serait bien avancé !
Honoré Sépé