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Dossier 1ère partie / Crise au Burida: Comment le ministre de la Culture sacrifie les artistes

Depuis quelques années, une crise profonde mine le secteur de la Culture ivoirienne. Elle est d'ailleurs loin de trouver un point de chute malgré le décret n°2006-39 du 15 mars 2006, pris par le chef de l'Etat SEM. Laurent Gbagbo pour la réorganisation du Bureau Ivoirien des Droits d'Auteurs (BURIDA). Conséquence, nos artistes, même ceux qu'on considère comme des stars (ils le sont), sont réduits à la mendicité. Pouvait-il en être ainsi si les différents ministres de la culture prenaient à bras le corps le véritable problème qui mine ce secteur ? Des révélations qui traduisent de loin les réalités de la guéguerre entre artistes, Burida et la tutelle dont les premiers perdants sont les premières cités.

On peut affirmer sans risque de se tromper, le succès de ce pays repose sur la Culture , que personne n'aura à crier au scandale. En plus de l'agriculture, la culture est un moyen de développement économique. Malheureusement, pour des raisons qui sont propres aux différents ministres qui se succèdent à la tête de la culture, aucun d'entre eux ne développe une politique saine pour valoriser ce secteur. Ils préfèrent diviser les artistes qui sont appelés à travailler de concert avec eux pour mieux les exploiter. En définitive, aucun artiste ivoirien ne vit véritablement de son art. Ceux qui ont un peu de chance, sont ceux qui ont réussi à se tisser des relations avec de hautes personnalités dans tous les secteurs d'activité (des chefs d'Etats, hommes d'affaires culturels, sportifs, économiques, etc.). Ils combien ceux qui ont cette chance en Côte d'Ivoire? Ils sont combien, ceux qui ont eu cette main généreuse de Dieu ? Pour la seconde classe, toujours ces artistes qui brillent de mille et un feu, qui n'arrivent à joindre les deux bouts, ils sont obligés d'user de leur connaissance pour être des dealers (trafic de drogue, faire des visas etc). Une fois le pot aux roses découverts, leur carrière est brisée. Il y a le milieu de la pédophilie que certains n'hésitent pas à exploiter pour se faire des sous. Tout ça parce qu'aucune politique de soutien à leurs ?uvre n'est développée par la tutelle. Résultat : les artistes culturelles ivoiriens vivent dans désolation et la galère ; s'ils ne meurent pas dans la misère totale. C'est pour pallier à tous ses torts, que le chef de l'Etat SEM. Laurent Gbagbo a signé un décret en 2006 afin que des reformes, portant réorganisation du Burida soient entreprises pour que les créateurs vivent de leurs arts. Malheureusement, la situation va de mal en pis et les artistes continuent de tirer le diable par la queue. On pourrait même dire que leur apparence (toujours bien tiré, voitures de luxe etc.) se résume par, mieux vaut faire plaisir à ses milliers d'admirateurs que de faire pitié . Et pour cause : une fois sortie des spectacles, c'est le perpétuel recommencent (les factures d'eau, l'électricité, la maison), le tout doublé par les misères que leur cause la tutelle, le Burida et la piraterie à grande échelle. C'est dans ce contexte pitoyable que nos artistes s'efforcent à faire plaisir à nombreux de leurs admirateurs en restant positif dans leurs créations.

La vraie plaie qui mine ce secteur

Dès la prise du décret présidentiel, les artistes réunis au sein de l'Union Nationale des Artistes de Côte d'Ivoire (UNARTCI) ne se sont pas fait prier pour ébaucher les problèmes qui minent leur secteur d'activité. Sous la supervision de leur président Gadji Celi Saint Joseph et sous la plume du musicologue Valen Guédé, un mémorandum dont des confrères cultureels ont publié de larges extraits en son temps, a été conçu. Dans le seul but d'aider la tutelle à être mieux outillé sur ce qu'il est convenu d'appeler crise au sein du Burida. Malgré ce travail scientifique, de Zady Zarour à Comoé en passant par Mel Eg Théodore aucun ministre culture n'a osé attaquer le problème de front. Ils ont préféré semer le désordre et l'anarchie en s'accordant les violons de certains artistes qui luttent pour leur ventre et non pour la cause commune. Conséquence: les vrais problèmes sont floués au pied. Pourtant le mémorandum est clair. En certains points, M. Valen Guédé, qui a été Président du Conseil d'Administration du Bureau Ivoirien des Droits d'Auteur (BURIDA), donc mieux introduit dans le secret des Dieux est sans équivoque. Voici ce qu'il écrit il y a seulement quelques mois : Depuis quelques années, nul n'ignore que le Burida traverse une crise qui, chaque année prend des proportions inquiétantes. Plusieurs résolutions ont été prises pour venir à bout de ladite crise. Mais malgré cela, l'on constate que, pour des raisons diverses, le problème du fonctionnement du Burida, bute sur un mur d'incompréhension . Le mot est lâché. C'est d'ailleurs cette incompréhension donc source de division qui sera utilisée à bon escient par chaque ministre de la culture pour faire du calice jusqu'à la lie aux artistes culturelles, tout en faisant croire au Président de la République que tout baigne dans l'huile. Pourtant, les solutions proposées par les créateurs eux-mêmes n'ont jamais été pris en compte. En effet, selon l'ex PCA du Burida (qui a pris ses distances vis-à-vis de la lutte commune), ce mur d'incompréhensions relève de l'aspect juridique dès le départ en porte-à-faux avec les règles élémentaires de la gestion collective des droits d'auteurs et artistes . Et de s'interroger à travers le mémorandum, qui du ministère de la culture et des artistes, doit avoir entre ses mains les leviers de décision ? Pour mieux étayer la mauvaise interprétation de loi portant protection des ?uvres de l'esprit qui est à l'origine des crises qui perdurent depuis des décennies au Burida, il dira que, l'Etat crée les conditions de fonctionnement, de tout organisme de gestion collective des droits d'auteurs en s'appuyant non seulement sur les décisions des sociétaires en assemblée générale, mais en les transformant en instruments juridiques . Ce qui est en conformité avec le droit exclusif qu'accorde la loi au seul auteur en matière de protection de ses droits. En un mot, l'Etat n'est qu'arbitre. Il joue la carte de la sagesse parce que n'étant pas actionnaire encore moins dépositaire des droits d'auteur au Burida. Malheureusement, tous les ministres qui se sont succédés à la tête de la culture ont érigé le Burida en une caisse noire. L'administration étant une continuité, aucun ministre ne rêve de faire une réforme digne et sage comme l'exige la majorité des plus 4 500 sociétaires du Burida. Chaque ministre veut gérer les millions que font les artistes par jour sur les collectes font dans les maquis, à travers les radios et télévisions. A lecture de ce qui précède, il ne reste au ministre de faire sortir une ?uvre pour mieux contrôler le système, que de faire face à une réforme. Comme cela sera mal interprété, les plus intelligents font créer des syndicats au sein des artistes avec l'argent des artistes pour mener leur combat en violant les règles préetablies.

La création de l'ONADA ou le combat du ventre

Le combat que mènent certains artistes, de surcroit des intellectuels avertis, contre leurs biens collectifs peut s'expliquer par le simple fait que ces derniers sont en perte de notoriété. Dieu seul sait s'ils peuvent à ce jour remplir un cabaret à plus forte raison une salle de spectacle pour face à leurs pitances quotidiennes. A la lecture du double jeu qu'ils jouent contre la cause commune, cette autre parade, leur reste la seule porte de sortie pour joindre les deux bouts et préparer leurs vieux jours. Sinon comment comprendre que des gens qui écrivent des textes, sans pression aucune, pour le bonheur de la collectivité s'en prennent à leurs propres écrits quelques mois seulement après? Comme le dirait l'autre, les paroles s'envolent, mais les écrits restent. Et ces écrits ne sont pas loin de rattraper leurs auteurs. Qui, tapis dans l'ombre ou à visage découvert mènent un combat d'arrière garde contre la collectivité. En effet, concernant la propriété intellectuelle (les droits de propriété littéraire et artistique), il appartient aux seuls concernés, c'est-à dire les auteurs, les artistes, les producteurs de vidéogrammes et phonogrammes de définir le cadre de fonctionnement des structures devant gérer leur droit. Il en est de même pour les instances dirigeantes desdites structures. Ce qui précède est consigné dans le code de la Propriété Intellectuelle et la loi ivoirienne n°96-564 du 25 juillet 1996 portant protection des droits des auteurs, artistes interprètes ou exécutants, producteurs, producteurs de vidéogrammes et phonogrammes. La Côte d'Ivoire ayant ratifié la convention de Bernes de 1886 relative aux droits d'auteurs, il est clair qu'elle s'inscrit dans ce moule. Le Ministère en charge de la Culture tout comme le Burida ne sont pas étranger à cette loi. Déjà en 2006 dans un article publié par Frat-Mat n°12592 du vendredi 27 octobre 2006, sous la plume de Cyprien Tiessé, le confrère faisait cas du projet de décret portant de création et organisation de l'Office Nationale des Droits d'Auteurs et Droits Voisins (ONADA) en lieu et place du Burida. Qui est mort de sa propre mort. Mais la tutelle n'a pas lâché prise. En fait, les textes de l'ONADA et les lois qui régissent la gestion collective des droits d'auteurs, comme indiqué sous la plume du musicologue Valen Guédé plus haut, c'est le jour et la nuit. Ce sont ces mêmes lois tronquées pour lesquelles le musicologue, de surcroît ex-PCA du Burida a pris sa plume qui renaissent comme le phénix.

Un ministre juge, joueur et arbitre

Dans cette crise qui s'apparente plus à une organisation mafieuse bien organisée et huilée, le ministre de la culture est le chef bandit . Les raisons. Afin de mettre fin une fois pour toutes aux crises récurrentes dans le domaine de la gestion collective des droits d'auteurs, les artistes ont de tout temps réclamé l'organisation d'une assemblée générale extraordinaire. Ce pour faire le toilettage des textes conflictuels du Burida. Qui se résument à la nomination de certains membres du conseil d'administration non sociétaires qui plus, ont des voix délibératives. Celle du Directeur Général qui se trouve placé sous l'autorité directe du ministre à qui ce dernier rend compte. En somme, la mise sous l'éteignoir par le ministre de tutelle du conseil d'administration, émanation des sociétaires, est une source permanente de conflits. Or la loi ne donne pas de telles prérogatives à l'Etat. Au Burida, il est de plus en plus question de faillite. Et pourtant, M. Obou Armand, l'administrateur provisoire et son personnel se frottent les mains. Depuis la dissolution du Conseil d'Administration, il y a de cela près de deux ans et demi, aucun contrôle n'est fait. Sur plus de 45 00 sociétaires du Burida, aucun ne perçoit son droit d'auteur. Seul le ministre de tutelle est mis au parfum des entrées et des sorties des encaissements fait dans les maquis, bars, etc. C'est à lui et lui seul que M. Obou Armand rend compte. Drôle de gestion pour une réforme.

Seriba Koné
seriba67@yahoo.fr

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