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Éditorial : (Re) chute interdite -

Démantèlement des milices. S'il a commencé, il ne s'est pas poursuivi. Nul ne sait la date butoir de cette opération. Encore moins celle du processus DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion). Audiences foraines. Prévu pour s'étaler sur trois mois et prendre fin le 22 juillet 2007, ce programme n'a pas encore démarré. Il entraîne dans son retard l'enrôlement; autrement dit: et l'identification et les inscriptions sur les listes électorales. (Ré)unification des forces en présence. Peut-on y parvenir si l'harmonisation des grades reste un débat entier?
Etablissement des nouvelles cartes d'identité. Ce sujet n'est toujours pas à l'ordre du jour, bien que mentionné dans le chronogramme. Les sans-papiers ivoiriens ne se retrouvent pas qu'en Europe ou ailleurs. Ils sont aussi sur le sol ivoirien. Malheureusement. Et cela dure. Depuis au moins 10 ans.
Organisation des élections. Pas d'indication précise de date. Il faut retenir que la présidentielle se déroulera dans le courant du premier trimestre de 2008. Le mois? Le jour? Personne, pour le moment, n'ose s'aventurer plus loin. Le chronogramme en 10 points de l'Accord de Ouagadougou est malmené. Aussi le non-respect du calendrier d'exécution de l'accord de sortie de crise mérite-t-il de figurer, en toute première place, dans le pense-bête du Cadre permanent de concertation, CPC, de l'Accord de Ouagadougou. Dans une interview accordée récemment aux médias d'Etat (in Fraternité Matin du lundi 11 juin 2007), le Président du Burkina Faso, facilitateur du dialogue direct inter ivoirien, reconnaît que, sur le chemin de la paix, la Côte d'Ivoire va forcément rencontrer des difficultés et des obstacles. Mais, elle doit s'armer, recommande-t-il, de détermination pour franchir le cap de la guerre, renouer avec le redressement économique attendu par les Ivoiriens et les non Ivoiriens, retrouver la splendeur de la coopération ivoiro-burkinabé. Qu'est ce que ce serait formidable si les lendemains de la première réunion au sommet du Cadre permanent de concertation, qui s'est tenue le 12 juin 2007 à Yamoussoukro, et les engagements issus de cette séance de travail pouvaient (enfin !) redonner espoir à toutes celles et à tous ceux qui se reconnaissent dans la réaction de ce lecteur qui dit éprouver de la peine à voir sa Côte d'Ivoire comme une vaste plantation envahie à 80% de broussailles. Où seules les parties encore en production font l'objet de toute l'attention des héritiers. Où le reste du champ est abandonné. Où l'éducation, la poste, les artistes, la santé (avec le scandale des médicaments de la rue) sont laissés pour compte. Où un problème n'en est véritablement un que lorsqu'il menace directement les institutions, qui se résument généralement à une poignée de personnes. Où la paralysie de La Poste a duré plus de 2 mois. Impensable dans une régie financière! Parce que le problème aurait été résolu avant même le début de la grève !? Et dire que le feuilleton de La Poste a connu, la semaine dernière, un autre rebondissement. C'est tout simplement ahurissant! A qui peut bien profiter ces coups de théâtre successifs? Tout se passe comme si La Poste avait encore le monopole de la gestion des mandats, des télégrammes, des lettres, des paquets, de l'épargne, du téléphone. Alors que l'on sait qu'il y a belle lurette que ce n'est plus le cas. Par les mouvements intempestifs voire prolongés de ces derniers mois, La Poste renforce le désintérêt du public pour elle. Et l'amène à se tourner vers ses concurrents: les sociétés de transport, de distribution rapide de courriers, les caisses d'épargne et de crédit, les entreprises de transfert d'argent, l'internet. Depuis de longues semaines, La Poste continue donc de s'appauvrir et d'appauvrir davantage la Côte d'Ivoire. Sans que l'on sache quand tout ça finira. Tout comme, dans un autre domaine, la saison des pluies n'arrête pas d'occasionner des pleurs et des grincements de dents, chaque année, à la même période. Les grosses pluies de juin emportent les habitats précaires, qui emportent, à leur tour, ceux qui les habitent. La tradition a été respectée, en 2007. Onze pertes en vie humaine, tel est le bilan de la seule première semaine de juin. Et que dire des dégâts dont on ne parle pas? Ou si peu? Heureusement, le rythme de pluie s'est estompé. Heureusement, le conseil des ministres s'est saisi des conséquences malheureuses de ces pluies diluviennes dans la ville d'Abidjan. Inondations. Montées et stagnation des eaux. Eboulements de terrain. Affaissements de maison. Heureusement que trois départements à la fois se trouvent interpellés par cette question cruciale: les ministères de la Construction, de l'Urbanisme et de l'Habitat; de la Ville et de la Salubrité urbaine; de la Santé et de l'Hygiène publique. Heureusement qu'une communication est attendue, en conseil des ministres, sur la problématique de l'assainissement de la ville, du drainage des eaux, des habitations précaires construites de façon anarchique sur des terrains non viabilisés, pour la plupart. Cela a paru, jusque-là, normal. Ou presque. Parce que tout le monde a semblé, hélas, s'en accommoder. Comme tout le monde semble attendre, dans l'indifférence, que le groupe Fraternité Matin soit partiellement coupé du reste d'Abidjan, que de nombreux automobilistes aient à subir les désagréments de longues déviations De quoi s'agit-il au juste? Il y a qu'un fleuve a subitement et bêtement jailli à l'une des entrées du groupe Fraternité Matin. Lentement, mais sûrement, il y fait son lit. Du côté de la Caserne des sapeurs-pompiers. Juste une parenthèse, vite refermée. Bidonvilles d'Attécoubé, d'Abobo, de Yopougon, etc. Faire déguerpir les populations de ces quartiers, raser ces maisons en bois, en paille et en banco, y bâtir des logements économiques et reloger les ayants-droit : ce serait, peut-être, trop demander aux communes, aux villes et aux partenaires au développement. Tous semblent avoir plus peur des pleurs des déguerpis que de ceux des familles endeuillées par les pluies torrentielles. Comme pour dire, il en mourra, certes, mais ces quartiers ne seront jamais dépeuplés. Sinon, comment comprendre que l'on oublie si vite les dégâts des eaux et leurs tristes bilans? Comment comprendre que nul ne voit presque jamais venir la saison pluvieuse et que tout le monde se laisse donc surprendre, d'une année à l'autre, par les pluies diluviennes et leur cortège de malheurs. C'est pourtant dans les Sicobois?, dans les Mon mari m'a laissé?, dans les Zoé Bruno? que vit le peuple au nom duquel élus et autorités administratives parlent, à cause duquel les leaders disent courir dans tous les sens, de jour comme de nuit. Sortir de l'à peu près ou de la demi-mesure, voire carrément de l'illégalité, est recommandé. Et c'est là que réside l'avenir. Aussi revient-il au Président de la République et au Premier ministre d'en prendre l'initiative. De continuer de donner au peuple l'espoir né de l'Accord de Ouagadougou. C'est pourquoi Compaoré, Gbagbo, Soro, Bédié et Ouattara, à qui le Cadre permanent de concertation, CPC, de l'Accord a donné rendez-vous, mardi dernier, 12 juin 2007, à Yamousssoukro, doivent continuer de mesurer toute l'importance de pareilles rencontres. Chacune des séances de travail du CPC est aussi importante que les pourparlers ayant débouché sur l'Accord lui-même. D'abord, le Cadre permanent de concertation intègre deux des leaders ivoiriens qui n'avaient pas pris part à ces pourparlers et qui peuvent saisir l'occasion de ces rencontres pour poser leurs problèmes. Ensuite, il se réduit et se résume à un rendez-vous à cinq. Juste à cinq. Dès lors, il s'avère difficile de tenter de noyer le poisson. Parce qu'on ne peut, en pareille circonstance, couvrir? qui que ce soit. Situer les responsabilités devient la chose la plus aisée. A chacun d'assumer ses discours et ses actes.
Si elles continuent d'être indispensables, parce qu'elles sont, aussi, censées amener les leaders à cesser de voiler leurs desseins, les rencontres au sommet, à ce stade du processus, ne vont véritablement présenter de l'intérêt aux yeux des populations et recueillir leur adhésion qu'à trois conditions. Etre profondément ressenties, dans leur traduction sur le terrain, par Monsieur tout le monde, en ville comme au village, au campement comme au champ. Etre de moins en moins spectaculaires. Etre espacées.
Aller droit au but, aller vite et bien, constitue donc tout ce qui peut, en ce moment, rapprocher les dirigeants et les populations, faire adopter les premiers par les seconds. La moindre attitude susceptible de contribuer au pourrissement de la situation et d'accentuer la souffrance des habitants, même le temps d'une seule journée, ne pourra que braquer davantage ceux-ci contre ceux qui sont censés les diriger. Et pour cause!
Plus l'on se rapproche de ce qui est considéré comme une sortie de crise, plus le peuple de Côte d'Ivoire ressemble à une marmite d'eau bouillante hermétiquement fermée. De l'extérieur, personne ne peut se rendre compte du danger que représente ce peuple excédé par la classe politique, toutes tendances confondues. Et qui n'attend que consolation. Gare à celui dont le jeu fera sauter le couvercle. Tout ce qui paraît docile et courtois peut, à tout moment, surprendre par la révolte et l'irrévérence. Alors, il convient de retirer la marmite du feu, de lui enlever son couvercle et de laisser l'eau refroidir. Et pour de bon La patience et l'endurance observées depuis 2002 se sont converties en impatience et en hypersensibilité, en 2007. L'Accord de Ouaga, intervenu après cinq ans de tergiversations et mille et une résolutions et accords sans suite, est perçu par les populations comme une sorte de récompense, bien méritée. La barre de l'espoir est portée tellement haut qu'il convient de l'y maintenir. Donc, éviter tout ce qui peut entraîner une (re)chute inattendue et fracassante ! Eh oui! Qu'est-ce que ce serait formidable si les lendemains de la première réunion au sommet du Cadre permanent de concertation du 12 juin 2007 à Yamoussoukro, et les engagements issus de cette séance de travail pouvaient (enfin !) redonner espoir à toutes celles et à tous ceux qui se reconnaissent dans la réaction de ce lecteur qui dit éprouver de la peine à voir sa Côte d'Ivoire comme une vaste plantation envahie à 80% de broussailles. Où seules les parties encore en production font l'objet de toute l'attention des héritiers. Où le reste du champ est abandonné. Où l'éducation, la poste, les artistes, la santé (avec le scandale des médicaments de la rue) sont laissés pour compte. Où un problème n'en est véritablement un que lorsqu'il menace directement les institutions, qui se résument généralement à une poignée de personnes. Où la paralysie de La Poste a duré plus de 2 mois. Impensable dans une régie financière! Parce que le problème aurait été résolu avant même le début de la grève !? L'on a envie de faire partager que plus personne n'a droit ni à l'erreur, ni à la faute. Parce que nous avons, tous, épuisé nos stocks

Par Alfred Dan-Moussa
dangbeu@yahoo.fr

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