Un rescapé témoigne
Veuillez vous présenter à nos lecteurs et racontez les circonstances de votre calvaire.
Je suis Ladjibi Roméo déscolarisé, mais musicien. J'habite Yopougon Toits Rouges. C'était le 18 août 2008, j'étais à la maison quand, vers 22 heures, ma camarade est venue me chercher pour aller jouer dans un studio non loin de l'hôtel Bonafla. Aux environs de minuit, après le studio, je devais rentrer. Et comme il se faisait tard, ma camarade a demandé que je passe la nuit chez elle. J'ai refusé parce que j'étais convalescent et mon père était malade. Donc elle s'est résolue à m'accompagner jusqu'après le commissariat du 19ème arrondissement. Là, il y a un espace où les gens jouent au football. C'est là que j'avais l'habitude de passer. Nous avons donc emprunté un couloir. La nuit étant très avancée, elle a décidé de rebrousser chemin. Mais avant, nous nous sommes assis juste le temps d'une causerie. Soudain, nous avons vu venir deux hommes qui lui semblaient (m'a-t-elle dit) suspects. N'ayant jamais été victime d'une agression, j'ai minimisé leur présence. Soudain, un d'eux a bloqué l'entrée du couloir et le second est venu vers moi, il a fait sortir un couteau à vitesse. Il s'est assis près de moi quand ma copine a sur sauté de peur. Il m'a dit : "mon petit n'aie pas peur". Il m'a demandé ce que je faisais dehors à une heure aussi tardive. Puis après, il est allé se saisir de ma camarade. Il lui a demandé son nom. Il lui a aussi demandé si elle était chrétienne. Elle a répondu par l'affirmative. Après quelques moments d'hésitations, il lui a demandé de partir. Il a cherché à savoir si j'habitais dans les parages. J'ai dit oui. Et ils m'ont libéré, je suis reparti chez ma copine. Elle a encore insisté afin que je reste chez elle. J'ai une fois de plus refusé.
Que s'est-il passé après ?
En repartant, j'ai évité le couloir et j'ai emprunté la grande voie passant devant le 19ème arrondissement. Juste au tournant du Collège Ségbé, il y a un jardin public. Et manque de pot pour moi, les mêmes qui m'avaient laissé partir étaient assis là. Ils m'ont interpellé, et sont venus vers la lumière et ils m'ont reconnu. Ils ont insisté pour que je m'approche. J'ai dit non. " Donc tu nous avais menti lorsque tu disais que tu habitais de l'autre côté ? Viens, on va aller sous les manguiers pour causer ", m'a dit l'un d'eux. Face à mon refus, il a sorti le même couteau. J'ai fait sortir mon portable. Il m'a dit tout énervé : " Quand tu me regardes, est-ce que je ressemble à quelqu'un qui vole des portables ? Allons sous les manguiers, on va se voir ". Au début, j'ai pensé à une intimidation. Peu après, le second qui était tapi dans l'ombre s'est approché de moi avec un pistolet qu'il a mis sur mon ventre. Je ne sais pas comment j'ai fait pour me retrouver sous les manguiers. L'homme au couteau était derrière moi et celui qui tenait le révolver était devant moi. L'autre qui avait le pistolet a fait sortir son téléphone portable et a passé un coup de fil au cours duquel il a dit " Le boss vient vite, on a eu un. On va se gérer et puis on sera quitte ici. Car, on a beaucoup à faire ". En moins de cinq minutes, je vois un autre homme qui vient garer une voiture. Il descend et dit " Mes petits, est-ce que vous avez fini ?"
Vous vous rappelez encore la marque de la voiture ?
C'est une BMW grise avec des vitres tintées. Pas un 4x4, mais un modèle ordinaire. Je n'ai pas pu prendre le numéro d'immatriculation. Il est descendu de la voiture. Il avait un pantalon noir, un tee-shirt noir avec des lunettes noires. Il avait une mallette qu'il a posée sur le capot de la voiture. Il fumait une cigarette tout en manipulant son portable. C'est à ce moment-là que j'ai pris l'affaire au sérieux. J'ai donc commencé à les supplier. " Hé, mon petit, là où tu te trouves en ce moment, on ne peut rien pour toi. Cela fait 12 ans que je suis dans le métier. Donc, ta mine ne me dit absolument rien. Dis toi que où tu es là, c'est ton sang ou rien. Nous ne voulons ni argent, ni bijoux, ni portable. C'est ton sang ou rien pour aller faire quelque chose, c'est tout " a assené mon ravisseur.
A ton avis, ils voulaient ton sang pour quoi faire ?
Ils ont insisté pour dire que c'est le sang qu'ils veulent aujourd'hui. Et ils m'ont demandé de prier pour espérer aller au paradis. Et comme mon père est pasteur, j'ai commencé à prier en Gouro. J'ai dis, " Dieu avec tout ce que mon père fait pour toi, tu ne vas pas me laisser mourir comme ça ". C'est ainsi qu'il y a un d'entre eux qui était Gouro et il a compris ce que j'ai dit. Il m'a demandé j'étais Gouro d'où. J'ai dit de Bédiala. J'ai donné le nom de ma famille à Bédiala. Quand j'ai fini de parler, il a dit alors tu viens de Nanoufla. Il a même cité des personnes qui sont de ma famille. C'est ainsi qu'il m'a longuement regardé et il a rétorqué que je suis son frère, car nous avons la même grand-mère. Il a même vérifié ma carte d'identité. Nous avons échangé en Gouro. Il a avoué que cela faisait douze ans qu'il est en prison. Et la nuit, les gens vont le libérer pour des sales besognes. Le second étant las d'attendre s'est demandé pourquoi nous nous étendions dans la causerie. Le premier a rétorqué c'est mon petit. Et il a dit que s'il voulait faire du sentimentalisme, de lui laisser le soin de m'achever. C'est ainsi que mon frère Gouro m'a dit que l'homme qui est arrêté près du véhicule est un médecin et que c'est lui qui les aurait envoyer pour chercher du sang. " Ce sont ses affaires qu'il gère comme ça c'est pour te dire que le pays est dangereux. C'est dans la nuit que les gens agissent en général. Souvent, ils sont dans les taxis, wôrô-wôrô. Donne moi ton portable je vais donner à mon collègue pour le calmer. Ils m'ont pris à 24h pour me libérer à 3h du matin ", a-t-il continué.
Les faits se sont déroulés dans quelles périodes ?
C'est le 18 août 2008. Et quelques avant cette date, au même endroit où j'ai été arrêté, il y a eu un crime. Bien avant ça il y a eu une fille qui a été retrouvée morte avec une partie de ses organes génitaux et sa langue amputées. Le secteur se situe derrière le collège Ségbé. Vous pouvez aller vous renseigner.
Propos recueillis par
Foumséké Coulibaly
Je suis Ladjibi Roméo déscolarisé, mais musicien. J'habite Yopougon Toits Rouges. C'était le 18 août 2008, j'étais à la maison quand, vers 22 heures, ma camarade est venue me chercher pour aller jouer dans un studio non loin de l'hôtel Bonafla. Aux environs de minuit, après le studio, je devais rentrer. Et comme il se faisait tard, ma camarade a demandé que je passe la nuit chez elle. J'ai refusé parce que j'étais convalescent et mon père était malade. Donc elle s'est résolue à m'accompagner jusqu'après le commissariat du 19ème arrondissement. Là, il y a un espace où les gens jouent au football. C'est là que j'avais l'habitude de passer. Nous avons donc emprunté un couloir. La nuit étant très avancée, elle a décidé de rebrousser chemin. Mais avant, nous nous sommes assis juste le temps d'une causerie. Soudain, nous avons vu venir deux hommes qui lui semblaient (m'a-t-elle dit) suspects. N'ayant jamais été victime d'une agression, j'ai minimisé leur présence. Soudain, un d'eux a bloqué l'entrée du couloir et le second est venu vers moi, il a fait sortir un couteau à vitesse. Il s'est assis près de moi quand ma copine a sur sauté de peur. Il m'a dit : "mon petit n'aie pas peur". Il m'a demandé ce que je faisais dehors à une heure aussi tardive. Puis après, il est allé se saisir de ma camarade. Il lui a demandé son nom. Il lui a aussi demandé si elle était chrétienne. Elle a répondu par l'affirmative. Après quelques moments d'hésitations, il lui a demandé de partir. Il a cherché à savoir si j'habitais dans les parages. J'ai dit oui. Et ils m'ont libéré, je suis reparti chez ma copine. Elle a encore insisté afin que je reste chez elle. J'ai une fois de plus refusé.
Que s'est-il passé après ?
En repartant, j'ai évité le couloir et j'ai emprunté la grande voie passant devant le 19ème arrondissement. Juste au tournant du Collège Ségbé, il y a un jardin public. Et manque de pot pour moi, les mêmes qui m'avaient laissé partir étaient assis là. Ils m'ont interpellé, et sont venus vers la lumière et ils m'ont reconnu. Ils ont insisté pour que je m'approche. J'ai dit non. " Donc tu nous avais menti lorsque tu disais que tu habitais de l'autre côté ? Viens, on va aller sous les manguiers pour causer ", m'a dit l'un d'eux. Face à mon refus, il a sorti le même couteau. J'ai fait sortir mon portable. Il m'a dit tout énervé : " Quand tu me regardes, est-ce que je ressemble à quelqu'un qui vole des portables ? Allons sous les manguiers, on va se voir ". Au début, j'ai pensé à une intimidation. Peu après, le second qui était tapi dans l'ombre s'est approché de moi avec un pistolet qu'il a mis sur mon ventre. Je ne sais pas comment j'ai fait pour me retrouver sous les manguiers. L'homme au couteau était derrière moi et celui qui tenait le révolver était devant moi. L'autre qui avait le pistolet a fait sortir son téléphone portable et a passé un coup de fil au cours duquel il a dit " Le boss vient vite, on a eu un. On va se gérer et puis on sera quitte ici. Car, on a beaucoup à faire ". En moins de cinq minutes, je vois un autre homme qui vient garer une voiture. Il descend et dit " Mes petits, est-ce que vous avez fini ?"
Vous vous rappelez encore la marque de la voiture ?
C'est une BMW grise avec des vitres tintées. Pas un 4x4, mais un modèle ordinaire. Je n'ai pas pu prendre le numéro d'immatriculation. Il est descendu de la voiture. Il avait un pantalon noir, un tee-shirt noir avec des lunettes noires. Il avait une mallette qu'il a posée sur le capot de la voiture. Il fumait une cigarette tout en manipulant son portable. C'est à ce moment-là que j'ai pris l'affaire au sérieux. J'ai donc commencé à les supplier. " Hé, mon petit, là où tu te trouves en ce moment, on ne peut rien pour toi. Cela fait 12 ans que je suis dans le métier. Donc, ta mine ne me dit absolument rien. Dis toi que où tu es là, c'est ton sang ou rien. Nous ne voulons ni argent, ni bijoux, ni portable. C'est ton sang ou rien pour aller faire quelque chose, c'est tout " a assené mon ravisseur.
A ton avis, ils voulaient ton sang pour quoi faire ?
Ils ont insisté pour dire que c'est le sang qu'ils veulent aujourd'hui. Et ils m'ont demandé de prier pour espérer aller au paradis. Et comme mon père est pasteur, j'ai commencé à prier en Gouro. J'ai dis, " Dieu avec tout ce que mon père fait pour toi, tu ne vas pas me laisser mourir comme ça ". C'est ainsi qu'il y a un d'entre eux qui était Gouro et il a compris ce que j'ai dit. Il m'a demandé j'étais Gouro d'où. J'ai dit de Bédiala. J'ai donné le nom de ma famille à Bédiala. Quand j'ai fini de parler, il a dit alors tu viens de Nanoufla. Il a même cité des personnes qui sont de ma famille. C'est ainsi qu'il m'a longuement regardé et il a rétorqué que je suis son frère, car nous avons la même grand-mère. Il a même vérifié ma carte d'identité. Nous avons échangé en Gouro. Il a avoué que cela faisait douze ans qu'il est en prison. Et la nuit, les gens vont le libérer pour des sales besognes. Le second étant las d'attendre s'est demandé pourquoi nous nous étendions dans la causerie. Le premier a rétorqué c'est mon petit. Et il a dit que s'il voulait faire du sentimentalisme, de lui laisser le soin de m'achever. C'est ainsi que mon frère Gouro m'a dit que l'homme qui est arrêté près du véhicule est un médecin et que c'est lui qui les aurait envoyer pour chercher du sang. " Ce sont ses affaires qu'il gère comme ça c'est pour te dire que le pays est dangereux. C'est dans la nuit que les gens agissent en général. Souvent, ils sont dans les taxis, wôrô-wôrô. Donne moi ton portable je vais donner à mon collègue pour le calmer. Ils m'ont pris à 24h pour me libérer à 3h du matin ", a-t-il continué.
Les faits se sont déroulés dans quelles périodes ?
C'est le 18 août 2008. Et quelques avant cette date, au même endroit où j'ai été arrêté, il y a eu un crime. Bien avant ça il y a eu une fille qui a été retrouvée morte avec une partie de ses organes génitaux et sa langue amputées. Le secteur se situe derrière le collège Ségbé. Vous pouvez aller vous renseigner.
Propos recueillis par
Foumséké Coulibaly