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Soro démantèle son administration

Le redéploiement du corps préfectoral, annoncé il y a peu dans un tintamarre médiatique, est enfin entré dans sa phase effective hier, avec l'installation des préfets de la Vallée du Bandama par le Premier ministre Guillaume Soro. Juste une semaine après la réunion du Cadre permanent de concertation (CPC), tenue à Yamoussoukro sous la présidence de Blaise Compaoré, Chef de l'Etat burkinabé et facilitateur dans la crise ivoirienne. Faut-il pour les plus optimistes des Ivoiriens, induire que la guerre est bel et bien finie et que la paix se substitue à elle ? On entonnerait un alléluia, quand bien même on ne saurait pousser la puérilité jusqu'à croire qu'elle ne puisse être rallumée. A la vérité, avec le redéploiement des préfets à Bouaké, et dans une moindre mesure l'exhibitionnisme d'un couple (nous ne disons pas tandem) Gbagbo-Soro nous obligeant quotidiennement à un voyeurisme des plus délurés à travers la boîte cathodique, nous assistons au désarmement politique des FN, à la dénégation de l'autorité administrative des Forces nouvelles (FN). Dès lors, la réunification du pays devient de plus en plus une réalité tangible. Et l'hypothèque qui pesait sur les audiences foraines, s'en trouve levée : sous Charles Konan Banny, nombre d'observateurs pensaient que ces audiences foraines ne permettraient pas de connaître la vraie configuration de la population électorale parce que les rebelles en armes auraient empêché les populations de faire des témoignages vrais, et les magistrats de travailler dans la sérénité. Il s'en est suivi une guéguerre qui aura eu finalement raison du tandem Gbagbo-Banny. Aujourd'hui, point n'est besoin de conditionner les audiences foraines par le désarmement des rebelles. De ce désarmement, on ne fait plus une tartine. Ce n'est plus une revendication majeure. Parce que les personnes averties savent qu'il n'y a plus d'armes redoutables à Bouaké. Même le communiqué du CPC a fait l'impasse sur la question, à moins qu'il ait placé les Forces armées des FN sur le même diapason que les milices. En septembre 2002, Guillaume Soro qui n'avait pas totalement terminé ses études, et qui n'était même pas en quête d'un premier emploi, ne pouvait avoir accumulé des millions de nos francs pour acheter ces armes "redoutables" qui auraient mis les Fanci en déroute et favorisé le kyste de Bouaké. Moins encore ses acolytes, dont le sergent-chef Ibrahim Coulibaly, qui ne pouvaient eux aussi avoir économisé leur solde pour les besoins de la cause. Sauf à nous expliquer que la rébellion avait des parrains solides qui ont pu acheter ces armes ou les ont louées au Mpci et à ses satellites. Des parrains qui ont su se camoufler, ne voulant être surpris comme des hommes en soutane dans un bordel ! Et comme les armes portent généralement la marque de ceux qui les ont fournies, il ne faut point s'étonner qu'elles aient été retirées par lesdits parrains, depuis que la belligérance a vraiment pris fin et que la paix a commencé à se dessiner en pointillé. Dans cette hypothèse, l'observateur est en droit de se poser cette question fondamentale : quelles armes Gbagbo ira-t-il brûler à Bouaké le 30 juin ? Mais rappelons-nous, la rébellion ayant opéré par surprise, elle a pu récupérer les armes des Fanci entreposées dans les arsenaux de Bouaké, ou celles trouvées sur des soldats ennemis assassinés ou ralliés par reddition. Sont-ce ces armes-là qui seront symboliquement détruites le 30 juin ? Le fait est plus plausible ! Sur la question, nous serions curieux et édifiés de voir le président Gbagbo mettre le feu aux orgues de Staline, aux Milans ou Stingers que d'aucuns auraient vus ou entendus à Bouaké, au plus fort de la crise politico-militaire.
Le processus démobilisation-réinsertion, lui, aura bien lieu, mais avec quels soldats ? Ces paysans, mécaniciens, ouvriers, frigoristes, chauffeurs de gbaka ou de wôrô-wôrô, chômeurs à la peau tannée, et toute cette engeance qui se sont improvisés soldats ? Dieu seul sait s'ils sont nombreux dans les ex-zones occupées, et c'est à juste titre que les FN revendiquaient des dizaines de milliers de combattants. Quant aux vrais soldats ayant combattu aux heures chaudes de la crise contre les soldats restés fidèles à la république (les fameux "loyalistes"), on peut les ranger en deux catégories : les uns, estimés à quelques centaines, sont des déserteurs de l'armée régulière, à l'image de Wattao, Chérif Ousmane, Tuo Fozié, Zaga Zaga, Jean Baptiste Kouamé, N'Dri N'Guessan Saint-Clair alias Félix Doh, etc. Si dans ce groupe, certains ont, depuis, mangé les pissenlits par la racine, le gros du contingent est bien en place. Le second groupe était (nous utilisons bien l'imparfait de l'indicatif) composé de vrais guérilleros recrutés dans la sous-région et conduits par des professionnels de la guerre comme le tristement célèbre Sam Bockary, ou même par des officiers issus dit-on des armées de certains pays voisins. Il faut bien douter que des éléments de ce groupe soient encore dans les rangs des FN. Les pseudos soldats, seront donc bien "démobilisés" et réinsérés au service civique d'inspiration gbagboïenne, aguichés qu'ils sont, par ce que les éternels négativistes et autres ivoiro-pessimistes présentent comme un miroir aux alouettes. Pour ce qu'il en reste comme soldats de métiers au sein des FN, que reviendraient-ils chercher dans l'armée régulière de Côte d'Ivoire, à supposer même qu'ils ne se soient pas tous enrichis grâce à cette rébellion ?
Dans ces conditions, que dire de ces pseudos grades qui semblent constituer un à-coup dans la mise en ?uvre de l'Accord politique de Ouagadougou ? Tout simplement qu'ils ne serviront qu'à être brandis comme "trophées" de guerre. Des "trophées" exhibés certainement loin de la Côte d'Ivoire, dans un exil qu'on peut présumer doré, pour un temps.
Jacques MIAN
http://mian225.blogs.nouvelobs.com

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