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Editorial : La 48e heure

Depuis le début de cette semaine, le Marché des arts du spectacle africain (MASA) renaît progressivement à la vie. Sa 7ème édition, mille fois menacée, au même titre que le marché lui-même, connaîtra son apothéose dans deux semaines. A l'origine, l'engagement renouvelé de la Côte d'Ivoire à s'approprier à jamais le projet. Son projet. Ni avortement de la présente édition. Ni délocalisation du Masa. Ce qui aurait pu servir de raison (ou de prétexte) pour dessaisir la Côte d'Ivoire de la gestion de ce marché a plutôt été transformé en catalyseur. Qui garantit la survie du Masa. Processus de sortie de crise, en lieu et place de guerre meurtrière. Et les partenaires décident de soutenir cette édition, se laissant conduire par leur esprit de discernement. Le ministre de la Culture et de la Francophonie, Augustin Kouadio Komoé, soutenu en cela par l'ensemble du gouvernement et la Présidence de la République, aura ainsi réussi à soulever des montagnes. Comment amener les opérateurs économiques à investir en Côte d'Ivoire ? Comment inciter les bailleurs de fonds à appuyer le processus de reconstruction du tissu socio-économique et culturel déchiré depuis cinq ans ? Pour répondre à ces questions, le ministre des Affaires étrangères a convié celles et ceux qui sont les yeux, les oreilles et les lèvres de la Côte d'Ivoire à l'extérieur, à deux jours de recherche de stratégies post- crise. Les ambassadeurs ivoiriens en poste dans les pays frères et amis se sont ainsi retrouvés autour du ministre Youssouf Bakayoko, les 23 et 24 juillet 2007. Sans doute en ont-ils profité pour participer au débat initié dans le cadre du Masa.
Que dire de la tenue, au cours de la même semaine, de la 7ème Conférence ministérielle des Etats africains de l'Atlantique à propos de laquelle le ministre Alphonse Douati porte le témoignage suivant: Il y a deux ans que la Côte d'Ivoire aurait pu organiser cette réunion. Mais, à cause de la crise, elle a été délocalisée au Maroc. Nous avons mené des actions pour expliquer aux autres pays africains que la Côte d'Ivoire peut abriter cette importante rencontre. Aujourd'hui, nous sommes dans le secteur halieutique et nous réussissons à mobiliser 22 ministres africains à Abidjan...
Bien des rendez-vous, aussi importants et stratégiques les uns que les autres, attendent d'être confirmés. Il en sera ainsi, de plus en plus. Fort heureusement. La destination Côte d'Ivoire redevient un ensemble d'enjeux. Les taux de remplissage des hôtels et résidences passent d'un extrême à l'autre. Les salles de conférences renouent avec l'ambiance des débats et pauses-café. Les institutions se disputent les réservations de tables dans les restaurants et maquis. Les demandes de couverture médiatique des cérémonies d'ouverture et de clôture de congrès et colloques se relaient à un rythme effréné sur les bureaux des rédacteurs en chef et chefs de service. La Côte d'Ivoire renaît progressivement à la vie. Sans pouvoir rattraper le temps, les biens et la confiance perdus, la Côte d'Ivoire s'est engagée résolument à arrêter l'hécatombe. C'est, du moins, le sentiment réel qui se dégage, de plus en plus, du vécu de ses populations. Et celles-ci ne doivent aucunement, et sous aucun prétexte, être contrariées dans leur élan. C'est pourquoi les préparatifs de la Flamme de la paix de Bouaké, étalés sur six jours seulement, gagnent à descendre sur le terrain. Encore et encore. A occuper les coins et recoins de la ville et de ses environs. Encore et davantage. Les discours sont nécessaires et inévitables. Ils participent de la sensibilisation de l'opinion. Mais, que seraient des déclarations sans des actes ? C'est pourquoi, chaque instant des 48 heures qui séparent la Côte d'Ivoire de ce rendez-vous international doit être ponctué d'une succession de faits, de gestes et de comportements significatifs. A tous les niveaux. Et dans tous les compartiments. Il faut maintenir l'effort. C'est une obligation morale pour les esprits épris de paix. Pour tous les esprits. Il vaut mieux se préoccuper, même de choses apparemment insignifiantes, et paraître, au besoin, ridicules, que de sous-estimer jusqu'à l'essentiel. Rien n'est à négliger. Bouaké et ses multiples portes d'entrée et de sortie. Urgences médicales. Points d'eau. Toilettes publiques Il revient à chaque commission de travail d'exploiter au maximum les 48 prochaines heures que représentent ce samedi et ce dimanche. Dans l'intérêt bien compris de la nation. A chacune des commissions, son conducteur. Détaillé. A chaque membre de commission, également son conducteur. Ce qui n'a pu encore être exécuté peut toujours être sauvé, même dans la dernière demi-journée des préparatifs.
Autant la dernière minute de révision de ses cours et le dernier coup d'?il à son cahier peuvent sauver le candidat qui entre en salle d'examen, autant toute vérification d'exécution de consignes de dernière minute peut s'avérer très utile à l'organisation et à la réussite du rassemblement pour la paix. On ne le dira jamais assez, ce qui se prépare à Bouaké, dans le pays et au-delà de ses frontières, n'a rien d'ordinaire. Et pour cause.
Bouaké va accueillir le Premier ministre d'une Côte d'Ivoire dont les filles et fils ont passé cinq ans à s'entretuer. Soro Guillaume aura échappé à la mort durant cette période. Aussi bien en zone gouvernementale que sur la partie du territoire sous contrôle des Forces nouvelles, son fief. Bouaké va accueillir Laurent Gbagbo qui n'a guère retrouvé le sommeil réparateur depuis qu'il a accédé à la magistrature suprême. Pouvoir menacé. Vie menacée. Pour la première fois, depuis le début de la crise, il peut ? enfin ! ? se rendre dans la capitale du centre de son pays. Si le Président de la République et le Premier ministre sont soucieux de leurs sécurités respectives, ils ont en commun d'avoir à se préoccuper ? avant tout et surtout - de la sécurité de leurs hôtes de marque. Bouaké va accueillir des Chefs d'Etat de pays frères et amis de la Côte d'Ivoire et dont les ressortissants auront, tout naturellement, le regard tourné vers les Ivoiriens et vers tous ceux qui vivent sur le sol ivoirien. Bouaké va accueillir des citoyens de toutes origines et de toutes conditions. Tous répondent à l'appel des autorités à être témoins de ce grand événement. A Bouaké, le Président de la République va déclarer la fin de la guerre. Combien seront-ils, ces femmes et ces hommes, de tous âges, à effectuer le déplacement de Bouaké? Difficile à dire. Bouaké va accueillir des Forces de défense et de sécurité d'origines diverses : forces armées nationales de Côte d'Ivoire, Forces nouvelles de Côte d'Ivoire, forces armées de France, Casques bleus des Nations unies, gardes rapprochées des Présidents de la Côte d'Ivoire, du Burkina Faso, de l'Afrique du Sud, du Ghana, du Sénégal, du Mali, du Bénin, du Togo A première vue, l'on est tenté de soutenir que Bouaké sera bien servie au cours des prochaines 48 heures. Mais, suffit-il qu'il y ait de nombreux éléments de l'armée, de la gendarmerie et de la police pour que le dispositif sécuritaire offre des garanties de tranquillité? L'efficacité doit résider dans la coordination maîtrisée des différents unités et détachements. Entre les gardes rapprochées des personnalités et les forces généralistes, entre forces nationales et forces impartiales, entre Casques bleus et Licorne, entre polices, gendarmeries et armées - on en oublie - la fraternité d'armes doit primer. Si l'objectif est d'assurer la sécurité des lieux, des hommes et des biens, sans distinction aucune, il est évident que chaque entité a des missions précises et des obligations spécifiques. Permettre à chacune de s'acquitter de sa tâche en ce jour de grand rassemblement, doit être la préoccupation de tous les responsables. A quelque niveau qu'ils se situent. Point de place à quelque friction que ce soit. Bouaké est assez vaste pour que les uns et les autres ne trouvent aucune raison de se marcher sur les pieds. Si la délimitation physique et technique des zones de compétences est généralement sans reproche, en théorie; elle devient une préoccupation réelle dès que les habitudes sont bousculées. C'est-à-dire lorsque, par exemple, les unes et les autres sont en situation, comme ce sera le cas, dans un contexte et un environnement connus de tous.
Autant la forte présence de forces armées, toutes catégories confondues, ne doit pas empêcher les mouvements de foules et d'invités, autant elle ne doit pas, non plus, donner lieu à un excès de confiance, qui peut profiter à d'éventuels esprits malins. Dont Bouaké et la Côte d'Ivoire ne sauraient que faire, lundi prochain. La vigilance doit donc être de mise, sans pour autant oublier que la méfiance, poussée à l'extrême, est mauvaise conseillère. Et ne doit plus avoir de place, en Côte d'Ivoire. Les Ivoiriens, qui ont souvent fait la paix devant les caméras et les appareils photographiques, quitte à guerroyer dans les coulisses, sont très attendus: faire la paix et vivre en paix, de jour comme de nuit, sur la place publique comme dans les salons privés. Comme avant. Comme au bon vieux temps. Sans demi-mesure.
Avec Bouaké et après Bouaké, symbole de l'Accord de paix de Ouaga, il ne devrait plus y avoir de débat. Qui se prolonge indéfiniment. Qui divise sans cesse. Ni sur les grades, ni sur les milices et groupes d'autodéfense

Par Alfred Dan-Moussa
dangbeu@yahoo.fr / dangbeu@fratmat.info

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