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24 Heures
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Tracasseries routières - Le racket, un an de plus !

Le racket des forces de l'ordre et de sécurité n'a toujours pas trouvé de solution. Aucune trêve n'est observée pour les fêtes de fin d'année.

Les transporteurs de l'axe Abidjan-Daloa ne savent plus à quel saint se vouer en cette période de fin d'année. Ali T., chauffeur de minicar de type 18 places, appelé communément gbaka, témoigne : Les policiers et les gendarmes sont devenus plus sévères. Ils veulent se faire de l'argent pour préparer les fêtes. A certains barrages routiers où nous payions 500 Fcfa, il faut maintenant payer 1.000 Fcfa. Cet axe qui compte près de 19 points de contrôle pour 450 km, suscite bien d'interrogations. 32.500 Fcfa, c'est le minimum à payer aux Forces de défense et de sécurité (Fds) pour un véhicule de transport au cours d'un seul voyage , explique Ali T. Ce transporteur n'est pas le seul à subir ces extorsions. Le 10 décembre, 43 passagers du Groupement des transporteurs de l'Indénié (Gti) ont porté plainte au tribunal militaire pour extorsion de fonds et séquestration. La veille leur car en provenance de Séguéla a été arrêté au corridor de Daloa à 8 h 30. A la grande surprise des passagers, les agents des forces de l'ordre ont exigé que chaque passager paye la somme de 1.000 francs Cfa avant de retirer sa pièce d'identité confisquée. Ce calvaire causé par les agents de sécurité aux passagers va s'envenimer dans ces jours, si rien n'est fait. C'est le lieu de se demander ce que sont devenues tant de tentatives entreprises pour enrayer le phénomène du racket.

L'échec du ticket unique de l'OIC

La première véritable action menée contre le phénomène est le ticket unique de traverse. Il a été mis en application en 2006 sous le ministre Anaky Kobenan.

Le ticket est délivré après vérification de la validité des pièces du véhicule. Et chaque transporteur est prié de verser une somme forfaitaire, allant de 500 à 3 000 Fcfa en fonction du type de véhicule de transport, en échange d'un ticket valable sur tout le trajet. Il s'agit d'une carte renouvelable chaque mois dans le commissariat de la commune où le transporteur exerce et d'un sticker que doit acheter le transporteur auprès des agents de l'Oic chaque jour. Les véhicules concernés sont principalement les gbaka (véhicules de transport commun de 18 places) et les wôrô (taxis communaux). Mais, sur le terrain la réalité est triste. En plus du racket des Fds, va naître celui de quelques syndicats délégués par l'Oic pour vendre les stickers. Nous sommes d'abord confronté aux syndicats qui nous vendent de gré ou de force les stickers à 1.000 Fcfa. Si vous n'avez pas la carte Oic, ils vous vendent une fausse carte Oic à 3.000 Fcfa afin que vous puissiez acheter le sticker. Ensuite il y a les forces de l'ordre qui refusent de se conformer au ticket unique et qui nous rackettent malgré le document. Nous payons donc doublement, indique Beko Fofana chauffeur de Gbaka sur la ligne Adjamé Yopougon. Adama Touré, président de la Coordination des gares routières de Côte d'Ivoire, continue d'appeler les transporteurs à faire échec à cette opération qu'il qualifie de légalisation et de légitimation du racket des forces de défense et de sécurité. Notre ministère de tutelle s'est mal illustré en initiant le ticket unique de traverse. Aujourd'hui le racket a dépassé le seuil de tolérance en Côte d'Ivoire , regrette-t-il. Avec lui, Yacouba Diakité, président du Collectif des chauffeurs de Côte d'Ivoire n'hésite pas à demander au Directeur général de l'Oic de faire le bilan de cette opération. Mais ce bilan paraît évident. Même s'il a contribué quelque peu à atténuer le racket sur certaines voies d'Abidjan, il faut reconnaître au ticket unique d'être passé au travers de ses objectifs. Le président de la Chambre de commerce et d''industrie, Jean Louis Billon, a pris son bâton de pèlerin pour sensibiliser contre le racket. Mettons-nous ensemble pour combattre tous ces gens qui sont mandatés par l'Etat pour veiller à notre sécurité sur les routes et qui malheureusement se sont transformés en charognards pour vivre sur nos dos , recommandait-il le 27 juillet à Gagnoa. Avec son soutien, la Cngrci en collaboration avec le tribunal militaire et le collectif des transporteurs de véhicule Massa lance du 12 au 13 août une mission surprise de lutte contre le racket sur l'axe Abidjan-Daloa. L'opération est un succès. Le commissaire du gouvernement, Ange Kessi, a réussi à surprendre 12 policiers et gendarmes la main dans le sac. Par la même occasion une campagne est menée par Adama Touré à Yamoussoukro et Daloa pour dresser la population contre le racket. C'est dans cette fièvre de révolte des opérateurs économiques qu'est née l'idée de la Flamme économique nationale de lutte contre le racket. Un projet pilote est lancé sur l'axe Abidjan-Daloa, avec pour objectif de contraindre les Fds à respecter les usages du contrôle routier. Conformément aux recommandations de Grand-Bassam sur le racket, les véhicules ont été dotés de toutes leurs pièces administratives. Des tenues professionnelles ont été offertes aux chauffeurs, avant de les sensibiliser sur les conduites routières à tenir. Le projet est soutenu par le commissaire du gouvernement qui pose le cachet du Tm sur les véhicules du convoi.

Mais deux semaines après le lancement de l'opération, soit le 16 octobre, le projet est stoppé par les forces de défense et de sécurité. Ces derniers n'ont pas hésité à ôter les laissez-passer du Tribunal militaire sur les véhicules de transport. Avant d'affirmer qu'ils ne reconnaissaient pas ces macarons qui les empêchent de racketter. L'on change le fusil d'épaule. Désormais, le macaron est délivré par l'Action civilo-militaire (Acm).

L'indifférence de l'Etat

De nouvelles garanties sont données aux transporteurs. La flamme économique nationale reprend le 2 novembre. Les Fds ne baissent pas les bras, déterminées qu'elles sont à faire échouer le projet. Les agents verbalisent à tout vent les véhicules du convoi. Ils nous reprochent de ne pas mettre des numéros sur les sièges. Ils nous reprochent même le manque de machettes à bord du véhicule. Nous sommes obligés de payer pour retirer nos documents, témoigne un transporteur. La loi des Fds continue de régner sur les voies. Les opérateurs économiques expliquent l'échec des tentatives pour enrayer le racket par la passivité de l'Etat face à un problème qui engloutit des dizaines de milliards Fcfa chaque année. Tant qu'une décision politique ne sera pas prise, le racket persistera. La preuve, le chef de l'Etat n'a jamais parlé du racket. Le Premier ministre Soro Guillaume a parlé une fois du racket quand il était au Port autonome d'Abidjan. Nous, les transporteurs, sommes à 36 morts aujourd'hui à cause du racket , se plaint Adama Touré. Par ailleurs l'on se souvient qu'en 2006 le chef de l'Etat avait justifié le racket des Fds sur les voies, par le fait que ces derniers avaient défendu la patrie au prix de leur vie. Le président de l'Assemblée générale Mamadou Koulibaly a abondé dans le même sens, il y a peu. Recevant le 11 septembre, des parlementaires burundais il a soutenu: On ne peut pas se plaindre des policiers et des gendarmes qui rackettent sur nos routes parce qu'ils sont là pour assurer la sécurité. Le racket devient donc une annexe à la sécurité. Quand la paix reviendra et que les policiers et gendarmes seront dans les casernes, on pourra mieux les contrôler. On saura qui est dans tel barrage et qui fait quoi, etc. (In L'Inter du mercredi 12 septembre 2007).

Raphaël Tanoh

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Article publié par 24 Heures et référencé par 225.ci.