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Point focal - Les maux du processus de sortie de crise

Au lendemain de la signature de l'Accord politique de Ouagadougou, la majorité des Ivoiriens a pensé légitimement à la fin de ses souffrances. Elle a cru à une restauration rapide et définitive de sa terre balafrée, pendant cinq ans, par tant d'actes de barbarie. Avait-elle des raisons de ne pas y croire, surtout que, pour une fois, l'ex-rébellion avait accepté la main tendue par Laurent Gbagbo ? Au nom de la paix, pour la préservation des vies humaines et par souci d'épargner à la Côte d'Ivoire les situations de chaos vécues par des pays africains, les Ivoiriens ont pardonné les errements de certains de leurs frères qui ont renoncé, à un moment donné, à la fraternité, à la patrie et à leur droit d'êtres humains. Aujourd'hui, alors qu'ils attendent que le processus de sortie de crise engagé concrétise leur espoir de liberté reconquise, des signes de péril collectif apparaissent dans le paysage politique avec des coups qui avortent. Avant qu'il ne soit trop tard, il est important que chaque Ivoirien exerce son devoir de citoyen, c'est-à-dire de patriote, en dénonçant les méthodes par lesquelles des individus tentent, consciemment, de réduire à néant tous les efforts déployés pour aller à la paix. Tout au moins, il importe qu'il prenne conscience, dès à présent, de la façon dont les ennemis poursuivent le projet de déstabilisation de son pays, afin qu'il échappe au piège de leur jeu diabolique. De cette manière, il parviendra certainement à achever la symphonie de la résistance contre l'impérialisme. Pour notre part, relevons deux formes de procédés constamment et simultanément utilisés par tous ceux qui n'ont pas intérêt à voir la Côte d'Ivoire sortir de l'enfer de la guerre. Il s'agit de la méthode de déstabilisation par les rumeurs et celle du blocage subtil de la mise en ?uvre de l'Accord politique de Ouagadougou. En période de crise, les rumeurs constituent une arme redoutable à laquelle des parties en conflit ont souvent recours pour organiser la chute de leurs adversaires. Fondées sur des informations tendancieuses, des propos non objectifs, des affirmations fabriquées et manipulées, elles relèvent de la subjectivité. Les rumeurs restent imprécises, vagues, non rationnelles. Elles riment parfois avec mensonge. C'est pourquoi leurs sources sont difficilement identifiables ou vérifiables. Les expressions qui les véhiculent contiennent d?ailleurs, elles-mêmes, des substantifs ainsi que des syntagmes traduisant l'incertitude de la source de l'information. ?'On dit'', ?'il semble que'', ?'les gens racontent que'', ?'tel homme politique aurait'', voilà quelques unes des parties de phrases par lesquelles les rumeurs commencent avant de se propager dans la société. Elles montrent que le locuteur demeure étranger aux propos qu'il rapporte, et il n'est point sûr de l'exactitude du contenu de son discours. Par ailleurs, les rumeurs procèdent aussi bien par insistance que par amplification. Et quand l'on y prend garde, elles tendent à s'établir comme la vérité dans l'esprit de ceux à qui elles profitent. Si elles partent quelquefois d'un fait avéré, c'est pour le déformer, le grossir, l'exagérer et ainsi provoquer l'adhésion de leurs récepteurs à une cause. Il en va ainsi de l'affaire de ?'Haut les c?urs''. Dans l'armée, la police et la gendarmerie ivoiriennes, nos hommes en tenue ont failli croire, un temps, que le Président Gbagbo avait promis à chacun d'eux trois millions à la fin de la guerre. ?'Les Haut les c?urs'' existent (c'est un fait avéré), mais ils ne concernent pas toutes les promotions de la police, de la gendarmerie, de l'armée, selon les responsables des Forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire. Hier encore, Didier Kéi de Notre Voie écrivait, à propos du même fait, que ?'des rumeurs polluent l'atmosphère à la police''. Elles sont accentuées, ces rumeurs, par celles qui font état de manifestations de policiers mécontents. C'est bien leur intention première, l'enjeu restant le soulèvement des hommes en armes contre le pouvoir en place. Les rumeurs perturbent aussi la sérénité de la population civile pour les mêmes objectifs. On se rappelle comment une partie de la presse ivoirienne a voulu faire admettre la démission du FPI du Président de l'Assemblée nationale, Monsieur Mamadou Koulibaly, au moyen d'insinuations ridicules. A travers ce monsieur, l'on a bien senti que les pourfendeurs cherchaient à atteindre le Président Gbagbo et tous les responsables du FPI. Ils voulaient en particulier les présenter comme des êtres moralement laids, des hommes iniques, disqualifiés à diriger la Côte d'Ivoire. Mais nous ne devons pas ignorer que les rumeurs font partie des armes de guerre ayant pour fonction de créer des doutes et des découragements dans l'opinion. Peu importe donc, pour leurs manipulateurs, qu'elles touchent à l'intégrité morale de la personnalité attaquée. En même temps que le travail de sape qu'ils organisent par le biais des rumeurs se poursuit, les ennemis agissent concrètement pour faire échouer l'application de l'Accord de Ouagadoudou. Sur le plan interne, une partie de l'ex-rébellion s'oppose subtilement au désarmement. Mais le problème se trouve du côté de la communauté internationale qui ruse avec le peuple ivoirien. Les Etats-Unis, la France et tous les autres pays intéressés par notre crise réclament les élections. La Côte d'Ivoire répond qu'elle veut bien y parvenir. Toutefois, elle a besoin de réunir les moyens matériels et financiers pour réaliser le regroupement suivi du désarmement des ex-rebelles. Pourquoi le financement promis par la communauté internationale tarde-t-il à être perçu totalement par les autorités ivoiriennes ? Pourquoi cette communauté est-elle si pressée de financer les élections ? Et si celles-ci ne l'intéressaient pas vraiment, parce qu'elle voudrait voir Gbagbo et Soro montrer les limites de leur détermination à conduire le processus de paix ? Il ne faut pas se le cacher : certains pays sont certainement contents que les Ivoiriens demeurent dans cette situation. Plus nous éprouvons des difficultés à effectuer le désarmement des Ex-rebelles, mieux ils trouvent le temps de préparer les coups d'Etat. Aussi le Premier ministre, en particulier, doit-il agir avec diligence pour traduire en acte sa promesse de ?' faire en sorte que le processus militaire avance pour rassurer et mettre tous les Ivoiriens d'accord sur la qualité de l'environnement électoral. ?' Avec les professionnels de la déstabilisation, ne sait-on jamais.

Par Dr Lobli Armand

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