La vérité qui confond André Janier
L'ONG Action pour la France? initiée par le député PDCI, Gouali Dodo Junior, poursuit sa caravane pour sauver l'image gravement écornée de la France dans l'opinion publique ivoirienne. Vendredi dernier, elle a organisé un séminaire de réflexion et d'échanges autour du thème : Les entreprises françaises en Côte d'Ivoire, les défis du développement et de l'emploi : état des lieux et perspectives. Au cours de cette rencontre, l'ambassadeur de France en Côte d'Ivoire, SEM. André Janier, a fait un long exposé émaillé de ranc?ur dans lequel il s'est évertué à démontrer que la Côte d'Ivoire ne vaut pas un clou pour la France. Le pays de Sarkozy peut aisément se passer du pays de Gbagbo au plan économique et, évidemment, au plan politique. La part de la Côte d'Ivoire a représenté en 2006, 0,1% du volume global des échanges économiques et commerciaux de la France vers l'extérieur () Pillage, monopole, prédation, autant d'idées qui ne correspondent pas à la réalité et que je devais dénoncer () Mais de là à dire que l'économie française s'effondrerait si le marché ivoirien lui était fermé, il y a un pas difficile à franchir () Oui, vous avez bien entendu, la France achète à la Côte d'Ivoire davantage qu'elle ne lui vend. La balance commerciale entre les deux pays a penché en 2006 largement en faveur de la Côte d'Ivoire qui a enregistré cette année-là, un excédent significatif de 98 millions d'euros (environ 64 milliards de fcfa). Je ne suis pas certain que ses principaux concurrents puissent en dire autant?, a-t-il soutenu. Comme pour dire que c'est la Côte d'Ivoire qui a le plus besoin de la France, pas le contraire. A preuve, poursuivra André Janier : () les entreprises françaises ont contribué au PIB ivoirien à hauteur de 30% l'an dernier (2006), à peu près 1/3. Elles ont alimenté, toujours en 2006, environ 50% des recettes fiscales de l'Etat ivoirien, c'est-à-dire la moitié. Elles emploient directement des milliers d'Ivoiriens et d'Ivoiriennes. Sur ces 40.000 employés, 350 seulement sont expatriés ()?. Au-delà des propos de l'ambassadeur de France, il est important de préciser une série de vérités inéluctables qu'on ne saurait occulter au risque d'être taxé de démagogue. Si la France se targue d'être si solidement ancrée dans l'économie ivoirienne, elle le doit au pacte colonial que les Ivoiriens qui se battent pour une Côte d'Ivoire libre voudraient voir supprimé. Ce pacte colonial connu sous le nom générique d'accord de coopération et de défense, a été signé le 24 août 1961 entre Houphouët et De Gaulle (représenté pour la signature par son Premier ministre Michel Debré). Il donnait à la France, le contrôle sur toutes les richesses du sous-sol découvertes en Côte d'Ivoire. C'est ce qui explique, par exemple, la solide présence de la France dans l'exploitation de l'or en Côte d'Ivoire. Le tissu industriel ivoirien, quant à lui, a été quasiment conçu par la France sous le parrainage de Jacques Foccart, homme d'affaires occulte et tout puissant Conseiller Afrique de Charles De Gaulle. C'est à Jacques Foccart que Bouygues, Bolloré, CfAO doivent leur présence et leur monopole dans divers secteurs de la vie économique de la Côte d'Ivoire depuis la longue présidence de Félix Houphouët-Boigny. De Foccart, d'anciens collaborateurs de Houphouët-Boigny retiennent qu'il était le véritable président de la République de Côte d'Ivoire tant il régentait tout. Il lui arrivait même de sermonner des ministres lors de ses visites régulières à Abidjan. C'est à cause de Foccart qu'Adama Tounkara (actuel maire d'Abobo), alors DG de la Petroci, a été limogé par Houphouët pour n'avoir pas donné les travaux d'aménagement de la SIR à une société française proche du conseiller-Afrique de De Gaulle?. Depuis le fameux miracle ivoirien que la France a concocté de toutes pièces pour faire regretter à Ahmed Sékou Touré le fait d'avoir dit non à De Gaulle en 1958 et la création du franc CFA (Communauté financière africaine), la Côte d'Ivoire dépose plus de 70% de ses recettes d'exportation dans le trésor français. Selon la France, c'est pour garantir la convertibilité du Fcfa. Le taux aurait chuté, a-t-on appris. Toutefois, la France continue d'être la banque de la Côte d'Ivoire et de nombreux autres pays africains francophones. Sans oublier que les entreprises françaises continuent de faire de très gros chiffres en Afrique où elles agissent en quasi monopole depuis plus de 40 ans. Dire donc que la Côte d'Ivoire qui totalise, à elle seule, environ 42% de la masse financière de la zone UEMOA joue un rôle incongru dans l'économie de la France, tutrice du Fcfa, apparaît comme une contrevérité grossière. Selon des spécialistes, le plus grand marché de la France où elle paie moins d'impôts et où les Etats sont moins regardants, c'est l'Afrique. Et la Côte d'Ivoire figure en bonne place sur la liste de ces pays africains. En 2005, les exportations de la France vers la Côte d'Ivoire étaient de 555 millions d'euros (environ 364 milliards de fcfa) et celles de la Côte d'Ivoire vers la France ont atteint 538 millions d'euros (environ 353 milliards de fcfa).
Comme on le constate, la Côte d'Ivoire a acheté à la France plus qu'elle ne lui a vendu. C'est seulement en 2006 que la balance s'est un peu inversée. Nul n'ignore que la France doit sa place de puissance diplomatique et économique à l'Afrique où elle contrôle plusieurs Etats. Surtout ceux de la zone francophone. Un pays a des intérêts, pas d'amis?, disait De Gaulle. C'est au nom de ce principe que la France possède encore des bases militaires sur le continent. Des bases qu'elle se refuse à supprimer en dépit du vent d'indignation qui gagne de plus en plus les opinions publiques des pays où ses bases sont stationnées. Depuis Jacques Chirac, la France parle de l'éventualité du départ du 43ème BIMA d'Abidjan et ses 1000 hommes sans y croire en réalité. Pareil pour l'opération Licorne dont elle a consenti à réduire l'effectif en août 2007. Aujourd'hui, il est passé de 4000 hommes en 2002 à 2400 hommes. La France est présente à Djibouti (corne de l'Afrique) avec 2800 hommes, Dakar (Sénégal) 1100 hommes et Libreville (Gabon) 800 hommes. Tous ces soldats français sont-ils en villégiature en Afrique ou tiennent-ils ces positions pour les intérêts stratégiques et économiques des pays africains? Assurément non. Ils y sont pour la France et ses intérêts. Rien d'autre, monsieur l'ambassadeur.
Didier Depry didierdepri@yahoo.fr
Comme on le constate, la Côte d'Ivoire a acheté à la France plus qu'elle ne lui a vendu. C'est seulement en 2006 que la balance s'est un peu inversée. Nul n'ignore que la France doit sa place de puissance diplomatique et économique à l'Afrique où elle contrôle plusieurs Etats. Surtout ceux de la zone francophone. Un pays a des intérêts, pas d'amis?, disait De Gaulle. C'est au nom de ce principe que la France possède encore des bases militaires sur le continent. Des bases qu'elle se refuse à supprimer en dépit du vent d'indignation qui gagne de plus en plus les opinions publiques des pays où ses bases sont stationnées. Depuis Jacques Chirac, la France parle de l'éventualité du départ du 43ème BIMA d'Abidjan et ses 1000 hommes sans y croire en réalité. Pareil pour l'opération Licorne dont elle a consenti à réduire l'effectif en août 2007. Aujourd'hui, il est passé de 4000 hommes en 2002 à 2400 hommes. La France est présente à Djibouti (corne de l'Afrique) avec 2800 hommes, Dakar (Sénégal) 1100 hommes et Libreville (Gabon) 800 hommes. Tous ces soldats français sont-ils en villégiature en Afrique ou tiennent-ils ces positions pour les intérêts stratégiques et économiques des pays africains? Assurément non. Ils y sont pour la France et ses intérêts. Rien d'autre, monsieur l'ambassadeur.
Didier Depry didierdepri@yahoo.fr