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Éditorial : Fiers ivoiriens...

Jean de la Fontaine nous l'avait pourtant enseigné: tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute dans sa fable intitulée Le corbeau et le renard. Devenue un petit village, du fait de la mondialisation, notre planète ressemble fort curieusement aux personnages de cette fable. On a d'un côté huit grands renards réunis en G8 et une armée de corbeaux rassemblés au sein des pays sous-développés. Les pays sous-développés sont un paradoxe et une honte pour l'intelligence. En dehors de certains qu'on a baptisés les PMA (pays les moins avancés) qui ont le malheur de cumuler toutes les calamités (pauvreté, enclavement, sécheresse, manque de ressources minières), bon nombre d'entre eux sont des réservoirs de toutes les matières premières indispensables aux industries et au train de vie des pays développés. Et pourtant, les pays producteurs de pétrole, de café, de cacao, d'uranium, de phosphate, de diamant, d'or continuent de s'appauvrir, tandis que ceux qu'ils ravitaillent engrangent des performances et des richesses incalculables. C'est que les renards (du G8) ont su flatter l'orgueil et l'imbécillité des corbeaux (des pays sous-développés). Exactement comme dans la fable. Après la traite des esclaves, au-delà de la mission civilisatrice à travers la colonisation rythmée par le fouet et les travaux forcés, l'Occident a toujours su exploiter à la fois la naïveté, la cupidité et parfois l'incompétence avérée de nos élites dirigeantes pour piller nos richesses à vil prix. Se contentant de faire de belles promesses jamais tenues. Tout le monde se rappelle qu'au début des indépendances, les pays européens ont volontairement décidé d'allouer 0,7 % de leur BNP à l'aide au développement. Plus de 40 ans après avoir pris librement cet engagement, très peu d'entre eux ont honoré la parole donnée. Lors du sommet de Gleneagles, en écosse, le G8 avait pris l'engagement de doubler son aide à l'Afrique, par rapport à son niveau de 2004, qui était de 25 milliards de dollars. Soit environ 10 000 milliards de francs CFA !
Les pays africains se sont mis à rêver, à fantasmer à l'idée de recevoir 20 000 milliards de francs CFA d'aide. Ils ont dû bâtir des budgets ajustés, projeter des réalisations, envisager des stratégies d'enrichissement personnel Patatras! Tout s'est écroulé comme un château de cartes. En trois ans, le G8 n'a débloqué que moins du quart du montant promis. Il est bien évident que d'ici à 2010, on n'aura pas atteint la moitié de l'engagement pris solennellement. Faut-il s'en offusquer et s'en émouvoir? Non, non et non! car, depuis plus de 40 ans, les corbeaux devaient savoir que les renards (les flatteurs) vivent aux dépens de ceux qui les écoutent. Ces deux dernières années, quatre graves crises ont montré et démontré en suffisance que le G8 a atteint son niveau d'incompétence. Il s'agit des crises de l'énergie, des finances, de l'alimentation et du climat. Il est privé d'efficacité; il n'a plus de recettes. Il n'a plus de munitions. Il est désarmé, désemparé. C'est pourquoi, il fuit tous ceux qui ont cru en lui, qu'il a fascinés hier et qu'il a profondément déçus aujourd'hui. Le G8 se réfugie désormais sur des îles lointaines ou montagnes inaccessibles pour la tenue de ses sommets. Exit les journalistes, les manifestants! L'actuelle rencontre au Japon a coûté 283 millions de dollars. uniquement pour la sécurité: 21 000 policiers ont été déployés sur l'île d'Hokkaïdo, site du sommet ; 20 000 ont été placés en alerte à Tokyo; surveillance d'avions?radars Awacs; patrouilles de F.15; les 3000 journalistes ont été parqués à... 50 km de là; les manifestants ont été repoussés à 156 km. Ainsi va le G8, maître du monde, qui a désormais peur de son ombre. Prompt à promettre, mais peu enclin à tenir parole. C'est en réalité toute la communauté internationale qui a la maladie d'Alzheimer diplomatique, c'est-à-dire une fâcheuse tendance à devenir amnésique. Dès la fin des agapes et des ripailles qui rythment leurs sommets, les maîtres du monde oublient et l'ordre du jour, et les résolutions, et les promesses faites lors des réunions, sommets, assemblées générales
N'est-ce pas que l'ONU continue de courir après les objectifs du millénaire dont l'échéance est bien l'an 2015?
Depuis huit ans, presque rien n'a été fait. Tout cela devrait interpeller les Ivoiriens qui ont toujours une propension maladive à rechercher une tutelle extérieure, un parrain, un maître à penser. Après six ans d'une crise qui a perduré à cause de la mauvaise foi manifeste et de l'arbitraire du Président français Jacques Chirac. Comme dans l'affaire du mystérieux bombardement du camp de Bouaké, l'ancien Président français a toujours travesti la vérité, rejeté des enquêtes indépendantes. Cette crise aurait dû enseigner aux Ivoiriens à ne compter que sur eux-mêmes. Au lieu de tout accepter par paresse intellectuelle, mesquinerie, calculs politiciens ou par méchanceté. Hier, quand le GTI faisait la pluie et le beau temps, des députés n'ont pas eu honte de se déclarer dissous parce que le maître à penser, qui visait d'autres objectifs, avait décrété la dissolution de l'Assemblée nationale. Nos honorables ont bêtement entonné l'hymne de l'humiliation. Aujourd'hui, ils sont pourtant fiers d'arborer l'écharpe et la cocarde. Depuis que, par le dialogue direct, le Président Gbagbo a mis fin aux injonctions maladroites, malintentionnées et au diktat d'un belligérant déguisé en médiateur, il doit payer le prix de sa témérité. La phrase de l'ambassadeur de France, disant que celui qui organise paye a beau faire jaser, elle a le mérite de la clarté et de la vérité. La liberté, la souveraineté ont un prix. Lorsque le 18 juillet 2007, les partenaires au développement avaient promis 193, 9 milliards pour financer la sortie de crise et le programme d'urgence, on avait pensé au retour de la confiance. Un an après, la désillusion est à la hauteur des espoirs suscités. Dans leur déception, les Ivoiriens doivent, une fois de plus, se faire confiance et se dire que l'indépendance n'a pas de prix. Liberté, souveraineté, indépendance, confiance: c'est au nom de ces principes que les Ivoiriens doivent cultiver le bon patriotisme, le vrai nationalisme. D'où sort cette idée saugrenue de certification (ISO combien?) des élections ivoiriennes? Dans quel pays a-t-on procédé de la sorte? Pourquoi cette légèreté consistant à mettre, à travers la liste électorale, tout l'état civil ivoirien sur l'internet?
En dehors de vouloir faire plaisir à un organisme international, quel peut être l'impact réel de cette mesure? Combien d'électeurs ont-ils accès à l'internet? Combien savent-ils lire leurs noms sur les listes qui seront affichées dans leurs lieux de résidence? Combien d'Ivoiriens seraient-ils réellement intéressés par le vote, s'ils n'y étaient presque pas contraints par les états-majors des différents candidats? A force de douter d'eux-mêmes, de leurs compétences ; à force de disqualifier les structures nationales en charge des élections depuis plus de 20 ans, les Ivoiriens se sont imposé un lourd fardeau de plus de 60 milliards appelé Sagem. Qui, au plan éthique, a son blason terni par la présence, dans son staff managérial, d'un ancien dirigeant de LCCI actuellement en liquidation. (Voir Fraternité Matin du vendredi 4 juillet 2008 pages 8-9-10-11). Les Ivoiriens, qui adorent fouiner dans le passé récent ou lointain de leurs compatriotes pour les salir et les disqualifier, gardent un mutisme assourdissant quand il s'agit d'étrangers. Qui ose parler de xénophobie dans un pays où l'étranger est ainsi célébré et adulé?
La docilité a déjà coûté cher aux Ivoiriens. Hier, sur injonction de la Banque mondiale et du FMI, les travaux publics ont été privatisés. L'on se rend compte aujourd'hui que ce fut une décision catastrophique: il n'y a plus d'entretien routier et plus de routes reliant les villages aux sous-préfectures. Sous le prétexte de la mondialisation, on s'apprête aujourd'hui à offrir le marché des livres et de l'édition aux imprimeries étrangères à travers des appels d'offres internationalisés. Au Bénin, au Maroc, en Tunisie, les imprimeries nationales ont des marchés protégés. S'il y a une seule chose à retenir de la guerre, c'est d'avoir forgé un nouvel esprit. Fiers ivoiriens, le pays nous appelle...? chacun doit avoir ce couplet de notre hymne national à l'esprit. Le patriotisme doit s'exercer partout. en accordant la priorité aux Ivoiriens!



Par Jean-Baptiste Akrou

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