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Le Patriote
· 5 min de lecture

Interview - Olivier Laouchez (PDG de Trace TV) :La crise a démultiplié la créativité des artistes ivoiriens

Le boss de la chaîne musicale Trace TV était récemment à Abidjan pour nouer des contacts. Entre deux rendez-vous, il a bien voulu nous dévoiler les futures ambitions de sa télé.

Le Patriote : Que recherchez-vous en venant à Abidjan ?
Olivier Laouchez : L'histoire de Trace TV est liée à l'Afrique. Elle a commencé, il y a quatre ans. Nous avons d'abord racheté une chaîne de télévision qui s'appelait MCM Africa et nous avons acheté ensuite le magazine Trace qui avait été créé par un Togolais. C'est donc un peu un retour aux sources. L'Afrique est très importante dans la stratégie de Trace TV puisque nous sommes présents presque dans tous les pays. Nous venons d'ailleurs de lancer la chaîne en Afrique du Sud sur le bouquet DSTV. Donc, la Côte d'Ivoire a été traditionnellement un des hauts lieux culturels de l'Afrique de l'Ouest, avec une créativité musicale exceptionnelle, des artistes qui fonctionnent bien en Afrique et s'exportent aussi dans le reste du monde. Quand on a une chaîne musicale spécialisée sur les musiques urbaines, les musiques noires, les musiques tropicales, il est important de créer des liens discrets avec la scène musicale et artistique ivoirienne. C'est donc une des raisons pour lesquelles je suis venu ici. La deuxième raison, c'est qu'en cette période de sortie de crise, je crois que le gouvernement ivoirien souhaite rétablir l'image de la Côte d'Ivoire comme une destination où il fait bon de travailler. On a envie aussi que les touristes reviennent en Côte d'Ivoire. On va essayer de monter un certain nombre d'événements et faire en sorte que les médias occidentaux aient une perception de la Côte d'Ivoire autre que celle qui a été véhiculée pendant la période de la crise. Et puis, la troisième raison, on est distribué sur le bouquet numérique Canal Sat Horizons. On est vu dans la plupart des pays d'Afrique francophone. En venant ici, cela nous permet de nouer des relations très directes avec les équipes locales, voir avec elles comment on peut toujours améliorer la distribution de la chaîne.

L.P. : Prévoyez-vous ouvrir à moyen terme un bureau
à Abidjan ?
O.L. : C'est une possibilité. Là, c'est vraiment un premier contact. Il se trouve que la chaîne qui est diffusée en Afrique de l'Ouest est ouverte aussi à la publicité locale. Donc, quand on travaille avec des annonceurs, c'est important d'avoir une relation de proximité avec eux. Mais, si demain, on devait installer une antenne en Afrique de l'Ouest, il y a de grandes chances qu'on l'installe en Côte d'Ivoire.

L.P. : La musique ivoirienne, à l'exception de quelques artistes comme Magic System, passe très peu sur Trace TV. Pourquoi?
O.L. : La chaîne Trace TV est diffusée aujourd'hui dans 96 pays dans le monde, avec différentes antennes qui sont adaptées à des zones géographiques et linguistiques. On est la seule télévision à ma connaissance, qui soit diffusée dans autant de pays à avoir une émission africaine. Celle-ci s'appelle Trace Africa et est présentée par Maïmouna. C'est vrai que nous sommes extrêmement difficiles sur le niveau qualificatif des clips que nous diffusons sur l'antenne. Et malheureusement, beaucoup de clips ivoiriens sont tournés avec très peu de moyens et c'est plutôt, des chansons filmées que de vrais clips. Quand on est dans un environnement de clips fabriqué aux Etats-Unis, en Europe, au Canada, dans les Caraïbes, je ne pense pas que ça soit très valorisant pour des artistes africains de passer juste après ce type de clips. On peut être un très bon artiste, faire des tubes mais si derrière l'on n'a pas la bonne stratégie marketing, les bons clips, les bons réseaux de distribution, les bons clips, on peut malheureusement ne pas forcément exploser. Dans tous les cas, on a envie sur la chaîne de promouvoir les artistes locaux mais, ce n'est pas pour autant que nous accepterons de diffuser n'importe quel clip sur l'antenne de Trace TV.

L.P. : D'aucuns pensent aussi qu'il faut appartenir à une major pour espérer passer sur Trace TV.
L.P. : Non. Pas du tout. Ce n'est pas payant pour passer un clip sur Trace TV. On a toutes les semaines un comité qui visionne tous les clips et nous décidons de ceux qu'on ne va pas diffuser. C'est la première des choses. Ensuite, le fait qu'on appartienne à un major n'a absolument rien à avoir aujourd'hui dans le choix des titres. C'est vrai qu'on a de bonnes relations avec les majors, dont les clips ont beaucoup de valeur, mais ce n'est pas une obligation pour pouvoir passer sur Trace TV.

L.P. : Quel regard analytique jetez-vous sur la musique ivoirienne ?
O.L. : Ce qui est intéressant, c'est de voir que la crise a démultiplié la créativité des artistes. Ils se sont nourris de cette crise pour d'ailleurs parfois la tourner en dérision. Et à chaque fois que quelque chose s'est passé, comme par exemple l'épidémie de la grippe aviaire, les artistes en ont fait des tubes. C'est quelque chose de vraiment intéressant. Ce n'est pas un peuple qui s'est replié sur lui-même. Il y a aussi une variété de rythmes qui est extrêmement intéressante. C'est un pays qui vit avec la musique. Elle est présentée à toutes les étapes de la vie des gens. Je crois que les fondamentaux sont là. Maintenant, il y aura beaucoup d'appelés mais peu d'élus. On ne peut pas avoir cinquante Magic System, même si cinquante groupes ont la qualité de Magic System. Il y a beaucoup de travail. Il faut beaucoup de persévérance. On a un outil qui peut aider à se faire connaître, mais ce n'est pas nous qui faisons l'industrie de la musique dans le monde. Nos priorités en Afrique aujourd'hui, c'est le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le Gabon, l'Afrique du Sud et le Nigeria. Notre ambition est simple. Nous voulons et nous souhaitons à l'horizon être dans deux ou trois ans la première chaîne jeune musicale panafricaine. Nous avons aussi des projets de développement au Maroc qui pourraient aller jusqu'à la création d'une chaîne hertzienne marocaine gratuite.

L.P. : Qu'est-ce qui manque à Trace TV pour atteindre la notoriété de MTV ?
O.L. : MTV existe depuis 25 ans et a bénéficié des milliards de dollars d'investissement, avec derrière la puissance des Américains. Nous existons à peine depuis 4 ans. Et nous avons réussi à distribuer la chaîne dans près de 100 pays dans le monde. On est présent sur 22 plates formes satellites. On touche une dizaine de millions de foyers dans le monde. Aujourd'hui, nous sommes la seule chaîne francophone qui soit dirigée par des Noirs. Nous arrivons à travers une thématique urbaine à réunir des jeunes qui partagent des valeurs et des codes. Je pense qu'on a vraiment tous les outils pour réussir et faire en sorte que dans un temps, on soit encore plus connu que MTV.

Réalisée par Y. Sangaré

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Article publié par Le Patriote et référencé par 225.ci.