Danger à l'horizon
On le voit venir, tel le dos d'un nageur qui, même de loin, est visible, très visible même. Laurent Gbagbo, à une question de nos confrères de Le Plateau de l'intégration relative aux chefs d'Etat qui modifient la Constitution de leur pays pour se présenter indéfiniment à la Présidence, a dit que ce n'est pas une forme de dictature cette pratique. Appelé à se prononcer sur des cas flagrants en la matière, tels que Paul Bya du Cameroun et autres, le chef de l'Etat ivoirien a dit qu'il ne saurait les juger arguant qu'ils sont encore en exercice comme lui. Ainsi donc, pour le Président Gbagbo, la Constitution peut être modifiée à tout moment. Et même le faire au bénéfice d'un seul individu ne serait pas une forme de dictature . Deux messages découlent de cette assertion de Gbagbo. D'un, il laisse entendre qu'il assume la guerre en Côte d'Ivoire dont tout le monde sait que le motif principal est d'ordre exclusionniste. Des dispositions ségrégationnistes inscrites dans la loi fondamentale ivoirienne en son article 35. En son temps, au Forum de la réconciliation, l'ex-opposant avait reconnu, devant la nation toute entière, que l'article 35 de la Constitution a été fait pour régler le cas Ouattara , en d'autres termes contre lui. Cette flagrante anomalie continue d'exister dans notre loi dite fondamentale avec les risques qu'elle comporte. Laurent Gbagbo sait pourquoi, il n'a pas voulu permettre de la retirer de notre Constitution. Deuxième message, le plus important, c'est que Gbagbo prépare l'opinion à une éventuelle révision de la Constitution qui ferait sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Et ce, si d'aventure il était élu à la prochaine présidentielle. C'est pourquoi, il affirme que le faire n'est pas une forme de dictature. Le piège est trop gros pour ne pas être perçu.
Ibrahima B. Kamagaté
Ibrahima B. Kamagaté