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L'éditorial d'Eddy Péhé : Trop parler

En Afrique, il est dit que c'est la parole qui fait le Chef. Parce que sa parole doit faire autorité et son autorité doit être traduite par sa parole. Un Chef doit parler. Fermement, mais très peu. Mieux, il doit parler peu, juste et bien. Si le Chef parle plus qu'il ne faut, sa parole devient de la routine avant d'être ennuyeuse. L'autorité, du coup, s'effrite et la parole du Chef ne vaut plus un clou. Il en va ainsi des Présidents, Chefs modernes des Etats modernes. Les Présidents de la république se doivent de parler à leur peuple, mais très peu et bien. Dans un état dit démocratique, où la parole est libérée, dit-on, celle du Président doit être le dernier recours. C'est-à-dire la parole de référence. Si le Président est le premier à parler, il va sans dire que les citoyens lui répondent comme il se doit. A défaut de ne pas l'écouter. Ainsi, quand nous étions tout petits, les rares discours ou adresses du Président Félix Houphouët-Boigny étaient des moments de solennité et des occasions de communion totale. Quand Houphouët-Boigny devait parler à 18H à la radio et à la télévision, dès 16H déjà chacun s'empressait de regagner son domicile pour écouter le vieux. Quant au Président Bédié Henri Konan Bédié, il ne parlait qu'à trois principales occasions dans l'année. Le 31 décembre, pour son message de v?ux à la Nation, le jour de l'anniversaire de l'indépendance pour son message à la Nation et à l'occasion d'une importante inauguration, ou d'un sujet capital de la vie du pays. Le Président Houphouët et le Président Bédié ne se donnaient jamais en spectacle, et ne se prononçaient jamais à tout vent devant n'importe quel groupuscule ou au moindre anniversaire de quartier. De fait, ces Présidents étaient écoutés, parce que leurs discours qu'attendus et instructifs. Arriva la réfondation. La première idée de cette réfondation fut la désacralisation de la fonction de Président de la République.
Le Chef de l'Etat arrive désormais au palais en des tenues décontractées qui ne confère nulle personnalité. Il va dans tous les coins au rendez-vous d'anniversaire des gamins de 4 ans, à des soirées dansantes, à la rue princesse, lieux de la perversion et de la débauche. La parole a dépassé la porte de la liberté pour se retrouver dans le jardin du libertinage. Le Président parle au moins chaque jour que Dieu fait. Il dit, se dédit en l'espace de 24heures. Dans deux discours en 48 heures, il défend une thèse et son contraire. Au début, il se trouvait des Ivoiriens pour applaudir cette façon de mettre par terre l'autorité de l'Etat. En huit ans de règne, le Président a fait au moins 1750 discours. C'est trop. Le Président a trop parlé. D'aucuns diraient qu'il parle trop et donc ne se fait plus entendre, encore moins comprendre. Combien d'Ivoiriens, en effet, n'ont rien d'autre à faire chaque soir pour se scotcher devant le poste téléviseur pour suivre les interminables discours improvisés du Président ? En fin de compte, la parole du Président ne dit plus rien à personne. Dans tous les cas, " il parle tous les jours. Si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera demain ", disent avec ironie les Ivoiriens, s'ils ne s'interrogent à chacune de ses apparition sur les antennes " Il va dire quoi encore celui-là ? ". Les discours se suivent et se ressemblent, improvisés, pleins de mépris, de provocations, souvent décousus et sans enseignements réels. Plus de 8 ivoiriens sur dix aujourd'hui ne suivent plus les discours du Président que la télévision nationale s'évertue à produire chaque soir en édition spéciale. Aucune différence entre les allocutions de campagne et les interventions républicaines. " ()
Là où nous sommes aujourd'hui, je crois qu'il y a des choses très simples, et nous arrivons à un Etat qui est dans un état de déliquescence absolue. On a l'impression qu'il n'y a plus de président. On a l'impression qu'il n'y a que de la désinvolture, sur le plan langagier. On a l'impression qu'il y a vraiment un laisser-aller en parole. Laissant croire que tout le monde est capable de maîtriser la parole () ". S'offusque un éminent professeur, qui a milité au sein de la gauche Ivoirienne, au PIT. Il a le courage de dire haut et fort ce que des millions d'Ivoiriens pensent bas. Car en fait, un chef qui parle trop finit toujours par sortir de la vérité. Que chacun observe ce qui se passe.

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Article publié par Le Repère et référencé par 225.ci.