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Processus de paix : Le difficile chemin vers la paix

Dix-neuf septembre 2002- Dix-neuf septembre 2007. Déjà 5 ans, exactement, que le pays a été confronté à la plus grave crise militaro-politique de sa jeune histoire. Une tentative de coup d'Etat déclenchée dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 qui s'est muée, par la suite, en une rébellion armée revendiquée quelques jours après par M. Guillaume Kigbafori Soro. Une crise marquée par la division du pays en deux parties, le nord et le sud, séparées par une ligne verte imaginaire appelée zone de confiance et non franchissable par les ex-belligérants quand ils sont en armes. Cette zone étant sous le contrôle des forces impartiales, ONUCI et Licorne. Autres effets néfastes de ce drame, ce sont les nombreuses pertes en vie humaine au nombre desquelles, l'ex-Chef d'Etat, le général de brigade, Robert Guéi, l'ex-ministre d'Etat, Emile Boga Doudou, des officiers supérieurs, officiers et sous-officiers mais aussi de nombreux civils. La sale guerre, comme l'appellent beaucoup d'Ivoiriens, c'est aussi les nombreux blessés, les déplacés de guerre et la fermeture de plusieurs entreprises appartenant à des nationaux et à des étrangers. D'abord, dans la partie nord du pays, puis dans la partie sud après les événements de novembre 2004 ayant opposé les patriotes à la force française Licorne à la suite du bombardement de Bouaké, fief de l'ex-rébellion, par l'armée ivoirienne ayant fait 9 morts parmi les soldats français.
Pour sortir de cette crise, la communauté internationale s'est impliquée depuis le début, avec à la clef, plusieurs accords, dans le cadre de la CEDEAO, de l'Union africaine et de l'ONU. Le Conseil de sécurité a même adopté une vingtaine de résolutions dont l'application n'a pas toujours été aisée et n'a pas donné les résultats escomptés même si ces accords et résolutions ont permis de mettre fin aux affrontements entre ex-belligérants et de faire baisser la tension au niveau politique.
Face à l'impasse, les Ivoiriens ont décidé de recourir à une solution interne, à travers le dialogue direct proposé par le Président de la République, Laurent Gbagbo au secrétaire général de l'ex-rébellion devenue Forces nouvelles, Guillaume Soro. Ces négociations ont été facilitées par le Président du Burkina Faso et président en exercice de la CEDEAO, Blaise Compaoré. Après un mois de pourparlers (5 février-3 mars), les représentants des deux autorités ont abouti à un accord signé le 4 mars par Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. Une issue qui a permis, non seulement, de décrisper totalement la situation socio-politique, mais aussi de booster le processus de paix. Premier résultat, la nomination de Guillaume Soro comme Premier ministre, le 3ème dans ce processus de paix, après Seydou Elimane Diarra et Charles Konan Banny. La CEDEAO, l'UA et l'ONU ont entériné l'Accord politique de Ouaga à travers la résolution 1765 du Conseil de sécurité des Nations unies. Les principaux problèmes ont été abordés et des solutions proposées dans 8 chapitres et leur exécution inscrites dans des délais. Il s'agit de l'identification générale des populations, du processus électoral, des forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire, de la restauration de l'autorité de l'Etat et du redéploiement de l'administration sur l'ensemble du territoire, du cadre institutionnel d'exécution, des mesures visant à consolider la réconciliation nationale, la paix, la sécurité et la libre circulation des personnes et des biens, des mécanismes de suivi et de concertation, des dispositions diverses et finales. Même si le chronogramme n'a pas été suivi à la lettre, toutes les parties et les observateurs reconnaissent qu'il y a eu des avancées réelles. Elles ont trait à la suppression de la zone de confiance, le redéploiement de l'administration, le retour progressif des déplacés de guerre dans les zones centre, nord et ouest, la création du Centre de commandement intégré chargé de sécuriser tout le processus électoral et le processus de paix et réfléchir, avec le soutien de l'ONU et de la Licorne, et à terme, à la refonte de l'armée. Par ailleurs, le gouvernement a bénéficié de l'engagement des bailleurs de fonds pour le financement du programme de sortie de crise à hauteur de 193 milliards. Le 25 septembre, débutent les audiences foraines, processus qui va s'achever par l'organisation des élections en 2008. D'ici là, les victimes de guerre espèrent que le Chef de l'Etat prendra une ordonnance en vue de leur indemnisation. De même, les ex-combattants sont impatients d'être réinsérés dans la société et les opérateurs économiques préparent la relance des affaires.

Paulin N. Zobo



Patience, patience...

Entre fétichisme des dates auquel on ne s'accroche pas (le Premier ministre, Guillaume Soro) et il faut aller aux élections vite, vite (Laurent Gbagbo), les Ivoiriens qui piaffent d'impatience de voir s'effectuer les élections, devront encore patienter. Même si l'Accord de Ouaga donne des raisons de croire au retour de la paix, donc de la fin de cette crise de ni guerre ni paix, il ne faut pas se leurrer. Le chronogramme souffrira encore de retards. Cela donnera évidemment lieu à des interprétations qui prendront les visages des options politiques des uns et des autres.
De dix mois, après la signature de l'Accord, pour les élections, on est passé de janvier à mars (trois mois supplémentaires). Récemment, le président de la Commission électorale indépendante, Mambé Beugré, a fait cette projection : octobre 2008. C'est-à-dire, dix mois, après la fin des audiences foraines devant commencer, si on en croit la date de la Primature, le 25 septembre. Elles dureront trois mois. Il va falloir s'armer de patience, même si on est pressé, pour atterrir sur la lune des élections. Même si l'optimisme baigne les coeurs en quatre mois, le gouvernement Soro a fait plus que les précédents (ceux de Diarra Seydou et de Charles Konan Banny qui ont duré quatre ans), le chemin est encore long. Qui exigera, à tous les niveaux, encore de la patience, davantage de patience, loin des querelles partisanes. La vraie guerre ne fait que commencer. Contre nous-mêmes. Contre notre impatience. Comme si la vie de ce pays se résumait seulement à des élections. Tout le monde est en campagne. Pour la victoire d'un tel. Et les mots pour flamber les c?urs des militants, sans aurore, réveillent les réflexes qu'on croyait à jamais enfouis du fonds des âges de la crise que nous venons de vivre. Ce temps qui passe invite à faire un choix, pour ne pas hypothéquer l'immense parcelle d'espoir de l'Accord de Ouaga. Des élections précipitées qui nous plongeraient dans une autre crise, peut-être plus grave que la première ? ou le chemin de la patience ?. L'avenir de ce pays à reconstruire, à tous les niveaux, exige, de nous, il nous semble, de la patience.
On ne sort pas d'une telle guerre comme on sortirait d'un dîner-gala, avait aussi dit le Chef de l'Etat.

Michel Koffi

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