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Point focal - Halte a la conscience régressive !

Les propos du Président Laurent Gbagbo, tenus le Mercredi 20 décembre 2008 au siège du Congrès National de Résistance pour la Démocratie (CNRD), fondent notre conviction sur l'émergence d'une conscience régressive et ses conséquences néfastes sur la construction de la démocratie en Côte d'Ivoire. En d'autres termes, ils dénoncent un ensemble de comportements et d'actions traduisant, chez une partie des Ivoiriens, à la fois une perte de la rationalité et une tendance à vivre dans une société où l'anomie semble prise comme la règle. Par ''conscience régressive'', nous voulons justement désigner la naissance de valeurs asociales, anti-démocratiques dans une période où la plupart des Ivoiriens, déstabilisés par une crise profonde, essaient de créer les moyens de leur équilibre. Elle se révèle fondamentalement par le désir d'un groupe de compatriotes de procéder à la subversion des principes régissant la cohabitation pacifique et civilisée. Ses modes d'expression privilégiés sont donc la violence, l'incohérence des réactions tout comme celle des discours de l'individu, l'abandon de l'idéal pour lequel celui-ci s'est battu à un moment donné de sa vie. La conscience régressive refuse l'ordre normal des choses, la légalité institutionnelle, ainsi que les hommes qui l'incarnent ; elle n'admet pas la paix, son ennemie. Voyons comment elle se manifeste dans le cadre du processus de sortie de crise en Côte d'Ivoire. La manifestation la plus ostensible de cette conscience est la ''nuée de coups d'Etat'', selon l'ironie de son excellence Laurent Gbagbo, qui n'a cessé de s'abattre sur le peuple ivoirien (nous paraphrasons Ahmadou Kourouma) avec une frénésie déconcertante. Les coups d'Etat, c'est une certitude, constituent la preuve tangible que leurs commanditaires et faiseurs n'apparaissent pas uniquement comme des opposants à une alternative démocratique ; ils agissent à la manière d'individus dont le caractère primitif résiste plus fortement à la socialisation. Sous le masque humain du chercheur du pouvoir présidentiel par les armes, se cache une véritable nature animale. Le faiseur de coup d'Etat ou son commanditaire a tout en commun avec un vampire, parce qu'il vit du sang, dans la mesure où il reste insensible devant la mort des autres. En plus de ne pas être une personne normale, il se moque de la vision manichéenne du monde. Le mal et le bien appartiennent, dans son entendement, à la même échelle de valeurs : seul le chaos social demeure sa quête permanente et sa raison d'exister. Quel sort devons-nous réserver à ce type d'homme ? En puisant dans l'Histoire, le Chef de l'Etat ivoirien rappelle la solution choisie par De Gaulle dans une France sous occupation allemande, en 1945. ''J'ai effrayé la fois dernière certains de mes ministres. Je leur ai expliqué que quand la France a été libérée de l'occupation allemande, et que le général De Gaulle est rentré d'Alger, il a fait exécuter tous ceux qui s'opposaient à l'avènement de la paix.'' Ô la grande France de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme nous donne un exemple épatant ! Il n'y a pas si longtemps. Et croire qu'elle peut nous proposer une autre façon de sortir de notre crise ! Mais nous sommes sur la terre des hommes, et le sang appelle le sang, il ne faut pas l'oublier. C'est pourquoi nous n'avons pas le droit de la suivre. Tendons plutôt une oreille méprisante aux spécialistes des putschs ou dénonçons-les simplement pour les mettre hors d'état de nuire. L'adoption d'une telle attitude, on ne doit pas le perdre de vue, sera d'autant plus difficile dans le contexte actuel de la politique ivoirienne que trop d'hommes restent attachés non à des idéaux, à des idéologies, mais à la politique du ventre. Le problème de la Côte d'Ivoire, comme de l'Afrique, réside dans l'attachement de l'homo-politicus au ventre, à l'argent et, finalement, à l'inessentiel. Les Ivoiriens se détourneraient-ils trop facilement de leurs convictions politiques pour se laisser manipuler par des déstabilisateurs ? Les grognes et les jérémiades qui montent de plus en plus à l'encontre du régime de Gbagbo, les accusations de trahison et de méchanceté portées contre les proches de ce dernier, semblent donner des raisons de répondre que nous nous trouvons encore à une époque où seule compte ''la politique alimentaire''. Nous en sommes à un moment où chacun va à la politique pour soi-même, pour satisfaire ses envies de richesse, et non pas pour défendre véritablement sa patrie ou pour participer au développement. Une conception politique de cette nature facilite les coups d'Etat, elle complique justement la sortie de crise, l'allié devenant l'ennemi consciemment ou inconsciemment. Aussi incohérentes qu'elles puissent paraître, les réactions des hommes et des femmes de ce pays, notamment des personnes qui se sont réclamées patriotes aux heures chaudes de la guerre, sont la conséquence d'une campagne aussi insidieuse que malsaine menée par les ennemis. Ceux-ci utilisent avec le Président Gbagbo la même technique d'affaiblissement du pouvoir qui a abouti, le 24 décembre 1999, à la chute de Bédié. Ils noircissent le régime en n'exposant que ''les affaires sales'' de la République. Jamais, les points positifs marqués par les gouvernants ne les intéressent. Ainsi, sous Bédié, ils se sont concentrés sur les détournements des deniers publics et l'affairisme du Chef de l'Etat lui-même. Sous Gbagbo, ils reconduisent les mêmes critiques, non sans avoir accusé la refondation d'être à la base de la guerre. Ils parlent de refondateurs devenus les nouveaux riches du pays. Ils désignent les leaders de la jeunesse patriotique comme des filous. Ils insinuent que le président Laurent Gbagbo n'est pas un homme de parole. Il est certain qu'avec un autre Président ivoirien, qui ne serait pas de leur bord, ils continueront le même travail, jusqu'à ce qu'ils parviennent un jour à leur fin (touchons plusieurs fois du bois). En somme, les déstabilisateurs plantent toujours le même décor avant de tenter un coup funeste. Ne dit-on pas que '' Quand on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage''? Quand les Ivoiriens comprendront-ils enfin cela ? A quel moment se rendront-ils compte des intentions iniques de ceux qui ne se sentent pas hommes, tant qu'ils ne sont pas devenus leurs Présidents ? Quand sauront-ils qu'il faut arrêter de participer à la régression sociale ?

Par Dr Lobli Armand

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