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La musique et les musiciens

La fête de la musique est une création de Jack Lang quand il était le ministre de la culture de François Mitterand. Il y a 25 ans. Ce ministre a marqué son temps avec de nombreuses réalisations mais c'est la fête de la musique qui va toujours le caractériser. C'est un peu comme la littérature. Vous écrivez cinquante livres mais seul un titre vous survivra. Jack Lang a montré, on ne peut plus, comment doit se manifester un ministre durant son passage au gouvernement. Le seul objectif qui doit le guider c'est de perpétuer dans le temps une ou plusieurs actions. " Qu'ai-je fait dans mon ministère qui marquera des générations de mes compatriotes ? ". Cherchez. Cela est valable aussi pour un président de la République, un maire, un préfet, un journaliste, un ingénieur, un curé de paroisse. Et j'en passe. On ne doit pas venir dans ce monde pour accompagner les autres. On doit participer à la réalisation de magnifiques projets. C'est vrai aussi que ce n'est pas mal de regarder les autres inventer et innover. On ne peut pas tout faire. Dans ce cas, il sera regrettable de décourager ceux qui veulent se distinguer en les abreuvant de critiques malheureuses. Jack Lang peut-être fier de lui, de même que sa famille et ses compatriotes. Aujourd'hui, la fête de la musque c'est 110 pays dans 340 villes. La fête de la musique, tout comme la fête des mères ou des pères n'est pas une exigence fondamentale pour les pays africains. Chaque jour est un jour de fête pour les parents d'Africains. Notre proximité quotidienne avec nos parents nous convient à des fêtes permanentes pour les honorer. La fête de la musique. C'est tous les jours en Afrique. Pour sa première visite en Afrique noire, un ami belge en regardant nos télés et en écoutant nos radios a pensé que nous étions en fête. La musique est dans la vie quotidienne des Africains. Au champs, au bureau, dans les rues, les marchés, les voitures, les chambres à coucher, les visites officielles ou privées, les bars, partout et à toute heure on ne vit que de la musique. J'ai visité deux pays africains que je n'aimerais pas citer où les femmes dansent de leur maison jusqu'au marché. La musique sort de toutes les maisons, de tous les bureaux. Malgré une forte musique toute la journée à Abidjan, une dame d'un de ces pays m'a dit que notre ville est trop calme. C'est vrai que notre nouvelle fierté, la rue princesse, ne rentre en activité qu'à partir de 18heures. En dehors de ces heures, la rue princesse c'est la rue du monastère. Si la musique est aussi primée au quotidien dans la vie des Africains il va s'en dire que les musiciens sont des idoles. Le plus petit chanteur attire tous les regards. Nos grands musiciens sont des idoles. Il suffit d'être en compagnie de Gadji Céli Saint-Joseph, de Aïcha Koné, d'Alpha Blondy ou de Ismaël Isaac pour constater qu'une grande effervescence se produit dans la rue dès leur apparition. Tout le monde veut les toucher, les sentir et même leur demander de " verser l'argent " sur eux. Les journaux qui ont la plus grande audience sont réservés aux musiciens, pas pour parler de leur art, mais de leur vie privée. Le public en raffole et en redemande. C'est le débat de la semaine quand un journal écrit qu'un musicien a été vu en compagnie d'une femme. La fête de la musique c'est pour les Africains. On n'aurait pas dû nous laisser prendre par cette fête de la musique de Jack Lang. Qui mieux que nous peut fêter la musique ? Même les hommes politiques sont aux petits soins des musiciens et des chanteurs. Faire un meeting sans la participation des artistes c'est l'échec programmé, personne ne viendra vous écouter. L'artiste est le citoyen le plus célèbre de la cité. En principe, le chanteur africain doit être le plus riche de sa société. Et quand je vois la liste des vingt chanteurs les plus vendus au monde depuis des décades je ne vois le nom d'aucun musicien africain. Je vous cite quelques noms : Les Beatles (400000 millions de disques vendus) ; Michael Jackson (350 millions) ; Elvis Presley (300 millions) ; Madonna (275 millions) ; Nana Mouskouri (250 millions). Le quatorzième est Julio Iglesias avec 200 millions, Whitney Houston est en dix septième position avec 190 millions. Les derniers sont Les Jackson Fives qui n'existent plus et qui continuent de vendre. Comment se fait-il que ceux qui consomment le plus de musique dans le monde enregistrent les chanteurs les plus pauvres de la planète ? Tout le monde répondra la piraterie. C'est vrai. Mais la vraie réponse est celle-ci : " Nous ne voulons pas la réussite de nos frères ". C'est typiquement africain. Payer les droits d'auteur d'un artiste afin qu'il prenne la place qui lui revient, à savoir la première, est un sacrilège. Nos radios et télévisions jouent sans rien payer, de même que dans les maquis et autres lieux publics. Tout est cadeau. L'artiste doit devenir un mendiant. C'est la grande satisfaction des méchants. En Afrique, on veut être heureux tout seul. Toute solution pour faire retrouver leurs droits aux artistes est vouée à l'échec. C'est un plaisir de faire mal aux autres. On veut rire quand les autres pleurent. C'est ça notre bonheur. Méchants africains. Koumoué, vous avez un vrai chantier à mener afin de marquer votre passage à ce ministère et sur la terre. Ce n'est pas aussi compliqué. Ecoutez les artistes et usez de force et même de violence contre les assassins des artistes. Ainsi va l'Afrique. A samedi prochain.

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